Bütgenbach 4750

Installer des ruches dans son jardin, c'est possible?

Les abeilles sont des animaux importants dans la chaîne alimentaire. Sans elles, pas de pollinisation, et donc il n'y aurait plus de fleurs, de fruits, ni de légumes sur terre. 80% de notre alimentation disparaîtrait. Cet insecte est le seul au monde qui produit six produits différents, utiles aux hommes : du miel, de la cire, de la propolis, de la gelée royale, du pollen et du venin. C'est d'ailleurs tendance d'installer des ruches sur son toit ou dans son jardin. Mais est-ce compliqué? Faut-il suivre des cours? Combien ça coûte? Quelles sont les règles urbanistiques par rapport à ses voisins? Nous avons rencontré deux femmes passionnées par les abeilles. Géraldine, pour qui s'occuper de ses ruches, c'est un peu faire son yoga et Nathalie, c'est un retour aux sources, à la nature.

Géraldine Meeus vit et travaille entourée d'animaux dans un grand espace à la périphérie bruxelloise où elle a planté une dizaine d'arbres fruitiers. Installer des ruches pour la pollinisation, c'était une évidence mais aussi car la vie des abeilles l'intéressait. Décoratrice et mère de famille nombreuse, il lui était impossible de suivre une formation. C'est son oncle, lui aussi autodidacte, qui lui a appris le b.a.-ba de l'apiculture.

Géraldine possède six ruches aujourd'hui et elle s'en occupe pendant une heure par semaine avec beaucoup d'attention durant la haute saison, qui s'étend du printemps à l'automne. " On se prend vite au jeu. On commence avec une ruche que l'on divise et ensuite une deuxième et puis une troisième et ensuite, on récolte le miel et c'est très satisfaisant ".

Dangereux?

" Non, je ne dirais pas dangereux, mais il faut être délicat et faire des gestes calmes. Ce sont des animaux qui piquent et si on est allergique, cela peut être grave. Je suis vigilante. Je suis la seule à m'approcher des ruches avec ma combinaison et mes gants. Aucun de mes enfants ne peut venir rôder par ici. Je me suis fait piquer une fois mais c'est de ma faute, j'avais oublié de porter mes gants ".


Un investissement

C'est un certain coût, avoue Géraldine : " La boîte de base avec des cadres et les feuilles de cire, il faut compter 80 à 100 euros. Si on ajoute la combinaison, les gants, un enfumoir, un essaim. On arrive à un petit 300 euros. Mon essaim m'a été donné et je l'ai divisé pour en donner à mon père qui a deux ruches dont je m'occupe aussi. Si vous voulez acheter un extracteur, c'est 500 à 600 euros mais ce genre de matériel se loue ou se prête entre apiculteurs ".

Une bonne récolte

Ici, lorsqu'il faut récolter le miel toute la famille s'y met, les enfants adorent. " Ce sont mes trois filles qui retirent l'opercule de cire et qui extraient le miel. C'est assez simple. On le passe au tamis plusieurs fois et on les met en pot ". Cette année la récolte a été très bonne : 120 pots au total. Géraldine d'habitude les offre à ses amis mais aujourd'hui vu la quantité, elle les vend pour réinvestir dans sa ruche : 7 euros le pot de 350 grammes. Elle a bâti une petite boite à miel près de chez elle et les passants déposent le montant dans une boite. Les pots de miel partent très vite.

En ville

C'est en pleine ville, à Boisfort, que Nathalie Da Costa Maya a des ruches depuis une dizaine d'années et ce malgré la proximité de ses voisins. " Ma voisine au départ en avait peur mais finalement, elle s'est rendu compte que ses arbres fruitiers étaient bien pollinisés et du coup, elle est ravie. Mon autre voisin est heureux de voir son potager magnifique. Je leurs offre des pots de miel chaque année car quelque part, ce miel provient de leurs jardins ".

Formation?

Nathalie a suivi une formation il y a dix ans chez Bruxelles m'abeille. Cette formation dure deux ans et coûte 75 euros par an. Et pour Nathalie c'est indispensable d'avoir les bases car c'est très technique : " On n'arrête pas d'apprendre mais l'important surtout c'est de rester calme. Ce ne sont pas des animaux domestiques, elles défendent leur nourriture et leur nid. Elles peuvent donc devenir agressives ". Sans protection, Sébastien notre cameraman lors du tournage a été piqué sur le nez et a du se rendre aux urgences...

Il y a toujours à faire

Entre avril et juillet, Nathalie va dans son rucher une fois par semaine. Ça correspond à la saison de l'essaimage et des récoltes (récolte de printemps début mai et récolte d'été vers le 21 juillet). En août-septembre, une ou deux visites suffisent pour vérifier les provisions et faire le traitement anti-varroa d'été. Ensuite, elle n'ouvre plus les ruches jusqu'en mars pour la première visite de printemps. Mais en dehors de cette haute saison, il faut nettoyer et vérifier le matériel, préparer les cadres, faire sa propre cire gaufrées, aller aux cours de perfectionnement, etc. On est toujours avec les abeilles!

Législation bruxelloise

Nathalie est graphiste et a participé à un livret sur les règles à respecter : " Chaque Région a ses propres règles en la matière. À Bruxelles, aucune autorisation n’est requise jusqu’à trois ruches. Au-delà, un permis d’environnement est nécessaire (environ 60 euros mais le prix varie en fonction des communes)... Il existe néanmoins des prescriptions légales à respecter; une distance minimale de vingt mètres entre le rucher et une habitation, distance ramenée à dix mètres s’il y a un obstacle plein de deux mètres de haut devant le rucher. Vous devez aussi vous inscrire à l'Afsca (165 euros ) ". Plus de trois ruches et cela vous coûte.

Fausse idée reçue

Nathalie aime tordre le cou aux idées reçues : " Beaucoup de futurs apiculteurs pensent qu'avoir une ruche dans son jardin augmente la biodiversité. Mais c'est faux. Cette sentinelle de l'environnement est surtout une merveilleuse porte d'entrée pour mieux comprendre les interactions complexes de la nature, les liens étroits qui lient les insectes, les plantes, les animaux, le climat, les hommes et nous rappelle que nous faisons partie d'elle ".

En Wallonie

La législation est un peu différente. Tout dépend de l'implantation de vos ruches par rapport au plan de secteur, explique-t-on à l'asbl le Cari : " Si votre zone d'habitat est un 'ruban' de 50 mètres de part et d'autre de la voirie, et que votre rucher à plus de 50 mètres de la route, alors vos ruches sont en zone agricole et il ne vous faut pas de déclaration. Si votre rucher est situé en zone d'habitat, une déclaration sera à introduire auprès de votre commune (validité dix ans). Le site de la Région wallonne vous apporte plus d'informations.

Pas d'improvisation

Une abeille n'est pas comme un chat que l'on adopte. Il y a des règles pour les installer au mieux et protéger vos voisins et votre entourage aussi. Certaines sociétés vous proposent des essaims, qu’on peut installer sur votre balcon ou dans votre jardin... Réfléchissez à deux fois car vivre et s'occuper des abeilles, ce n'est pas un jeu d'enfant, cela ne s'improvise pas, cela s'apprend.

Vivacité