Verlaine 4537

Déconfinement dans l'enseignement : " on pense qu'on n'aura pas les masques de la Communauté française lundi, on a pris les devants "

Ce lundi 18 mai, les élèves des 6ème primaire, 6ème et 7ème secondaire doivent reprendre le chemin de l’école. Selon la circulaire 7571 de la Communauté française, les établissements scolaires auront le matériel de sécurité (masques et gels) au plus tard ce dimanche. Retards, manque d’informations et complications annoncées dans la réception et distribution poussent déjà certains directeurs à s’équiper en conséquence.

Distribuer en double les masques à chaque élève et à chaque professeur dès l’entrée dans l’établissement ce lundi matin, ils sont de nombreux directeurs à ne pas y croire.

En cause, l’absence possible des masques offerts et fournis par la Communauté française. Face à la situation générale et suite à la demande qui a explosé, la disponibilité réelle, lundi matin des masques en tissus prévus pour les élèves de la Communauté française, pose question au corps enseignant.

On apprenait ce mardi qu’ils n’arriveraient chez les inspecteurs qu’en fin de semaine et qu’ils seraient distribués à travers les 95 points de collecte seulement ce dimanche.

Un casse-tête pour le service concerné et ses destinataires impatients. Une situation qui a poussé de nombreux directeurs et directrices d’écoles à prendre les devants, quitte à piocher dans les deniers de l’asbl qui gère parfois l’établissement. Quand ils le peuvent.

« On n’a rien reçu à l’heure actuelle, les convoyeurs attendent »

C’est une stratégie qui a été choisie par Béatrice Brees. La Coordonnatrice du Cefa Ixelles-Schaerbeek n’a pas attendu la confirmation de l’attribution de masques pour commander le matériel nécessaire dont 18.000 masques chirurgicaux agréés CE pour les professeurs et leurs élèves. " La première circulaire qui concerne les masques et le gel ne date que du 8 mai. De notre côté dès le 20 avril, on a pris le pli de se dire qu’on ne recommencerait pas sans mettre tout le monde en sécurité. Il était indispensable que chacun puisse travailler dans des circonstances sanitaires correctes. Très vite, on s’est dit qu’au vu de la demande et du flux tendu dans lequel tout le monde se trouve à l’heure actuelle, on se devait de commander tout le matériel nécessaire au plus vite. Clairement, nous ne sommes toujours pas certains d’avoir les masques de la Communauté française pour ce lundi. C’était également impensable de dire à tout le monde ce dimanche soir, alors qu’on parle de la rentrée depuis 2 semaines : ‘’finalement on n’ouvre pas’’. On a donc pris les devants ", explique Béatrice Brees.

Les différentes implantations bruxelloises du CEFA ont donc passé commande pour près de 18.000 masques, des centaines de sprays désinfectants… En transit actuellement à l’aéroport de Liège, ils devraient être livrés sous peu.

Une manœuvre que l’établissement au vu de son statut peut se permettre. Mais ce n’est pas le cas de tous, en fonction des réseaux. Certains sans levier financier, doivent donc se contenter d’attendre. Avec la perspective peut-être de ne pas redémarrer lundi 18 mai.

« On n’est pas dans le ‘parler vrai’, ça a conduit à un manque d’anticipation et de créativité

" D’autorité, à la sortie des vacances de Pâques nous nous sommes organisés pour réfléchir, évaluer et implémenter un plan de déconfinement dans nos établissements. Nous avons fait le topo des espaces dans les classes, des besoins, de la capacité d’accueil globale, de la gestion quotidienne de l’entretien… Afin de tenir nos objectifs et les exigences de la situation, nous n’ouvrons finalement qu’un seul des deux établissements. Ce travail a été énorme, tout le monde s’est investi et sincèrement, je peux le dire, nous sommes prêts, il ne manque que les masques... Mais si on avait été dans le parler vrai, dans l’annonce de la situation réelle dès le départ, on y aurait tous gagné du temps. Si on nous avait dit on souhaiterait vous livrer ça et ça, mais on n’est pas sûr d’être dans les délais " organisez-vous " en conséquence, si ça avait été dit clairement, tout le monde se serait retourné en amont. Aujourd’hui, on ne sait sincèrement pas si on aura ces masques promis à temps. Heureusement qu’ici on a pris les devants ", explique Béatrice Brees, la Coordonnatrice du Cefa Ixelles-Schaerbeek.

La douloureuse question du bien-être mental

A leur retour, les élèves trouveront un plan d’apprentissage individuel qu’ils devront suivre jusqu’à la fin du mois de juin. " On les fait revenir en cours, mais ce n’est pas pour la beauté du geste. Il y a une ambition derrière ", explique la coordinatrice.

Mais ce qui inquiète beaucoup Béatrice Brees, c’est la santé mentale de ses élèves et du personnel. " On sait que le confinement a été plus difficile à vivre pour certains. Nous ne savons pas dans quel état nous allons retrouver tout le monde lundi matin. Et j’ai été extrêmement surprise d’apprendre que l’agent PMS ainsi que la Médiation restaient en télétravail, alors qu’on sait que dans ces circonstances exceptionnelles, leur présence sera nécessaire et rassurante pour de nombreux élèves. Je pense qu’on s’est trop soucié du bien-être organisationnel mais psychologique des étudiants et de leurs professeurs ".

Et de déplorer que l’école qui redémarrera lundi, ne sera pas celle dont un chef d’établissement rêve : fini les pauses ensemble dans la cour de récréation, des éducateurs plus sollicités pour faire du répressif en faveur des mesures de distanciation sociale que du pédagogique, quid du besoin de contact social…

La coordinatrice s’inquiète aussi pour le futur, en septembre et avant, car toutes les mesures en place seront-elles réellement tenables à long terme ?

" On envisage déjà la rentrée scolaire de septembre, et pour les inscriptions, nous avons déjà réfléchi à nous fournir en vitre plexy ", dit-elle.

Aurore PEIGNOIS