Saint-Georges-sur-Meuse 4470

The Sorority, l'app qui lutte contre le harcèlement sexiste

Qu’il ait lieu au travail, dans les transports en commun, en ligne ou dans la rue, tout le monde peut être victime de harcèlement, quel que soit le genre auquel nous nous identifions. Alors, certaines personnes cherchent des solutions. C’est le cas avec The Sorority, une application qui connecte les femmes et personnes issues des minorités de genre entre elles pour leur permettre de lutter contre ces formes de violence

Sifflements, regards insistants, remarques sur l’apparence, tentatives d’approche oppressantes, attouchements, agressions sexuelles… Le harcèlement sexiste a lieu sous différents aspects et ampleur. Qu’il soit physique ou verbal, le harcèlement reste inacceptable. En Belgique, d’après une enquête de Plan International, neuf filles de quinze à 24 ans sur dix ont déjà subi du harcèlement sexiste, contre seulement 28% des garçons.

Sur la Grand-Place de Mons, il n’a pas été difficile de trouver des jeunes femmes pour témoigner de leur expérience de harcèlement de rue. "Des bruits un peu obscènes, des insultes…", commence Romane (26 ans), "quand j’étais avec ma sœur, on nous a déjà dit qu’on avait de beaux petits culs puis on nous a soufflé dans la nuque". Son amie, Oriane (25 ans) renchérit : "On nous klaxonne, on nous siffle, c’est assez régulier et j’ai l’impression qu’après le confinement c’est encore pire". Un peu plus loin, Ilona (23 ans) raconte aussi s’être déjà fait klaxonner à un arrêt de bus : "j’étais toute seule… Ce n’était pas très rassurant". La peur, c’est généralement le premier sentiment que l’on ressent dans ce genre de moment. Et si la parole commence à se libérer autour du sujet, des solutions aussi voient le jour, en mettant notamment la technologie au service des personnes concernées.

"Comme un ange gardien dans ma poche"

Zélie a téléchargé l’application The Sorority il y a quelques mois, après une mauvaise expérience. "J’ai commencé à avoir peur de me retrouver seule dans la rue, le soir comme en journée d’ailleurs", explique-t-elle. Pour elle, le harcèlement de rue va plus loin que des phrases ou des mots importunants. C’est surtout l’attitude des hommes qui la met mal à l’aise. "C’est le fait d’être proche, trop proche de notre corps, de pas nous lâcher." Alors, savoir qu’elle n’est pas seule en rue, ça lui a permis d’envisager ses déplacements de façon plus libre : "c’est comme un ange gardien dans ma poche… Au cas où".

Pour l’instant, elle n’a pas encore eu besoin d’utiliser l’application pour elle. Mais elle a déjà eu quelques fois l’occasion d’apporter son soutien à d’autres utilisatrices. Encore trop peu selon elle. Mais elle explique cela par le fait que l’application est encore peu implémentée en Wallonie, là où elle vit. "C’est surtout à Bruxelles qu’il y a des utilisateurs. Donc j’essaie de faire un peu de promo pour l’application autour de moi. En espérant qu’elle se développe de plus en plus, parce que je trouve que c’est important."

Faire changer la honte de camp

Depuis presque un an, Priscillia Routier Trillard a lancé son application, avec l’objectif de connecter les personnes victimes de harcèlement sexiste et de faire en sorte que la peur et la honte changent de camp. "L’idée c’est de s’entraider et d’assurer notre sécurité et notre épanouissement ensemble", explique-t-elle. Pour s’inscrire dans l’application, il faut utiliser son vrai nom, envoyer une photo de sa carte d’identité et faire un selfie sur le moment. L’objectif de cette démarche est de s’assurer de l’identité des utilisateurs pour assurer leur sécurité. Les profils sont vérifiés un à un, par Priscillia ou son équipe. Pas d’algorithme ou d’intelligence artificielle pour faire ce travail.

L’application se veut être un espace de confiance pour toutes et tous. Au total, déjà 15.000 membres ont été vérifiés et l’application a été téléchargée près de 55.000 fois. Une fois sur la plateforme, grâce à la géolocalisation, il est possible d’alerter les utilisatrices autour de nous. Une notification est alors envoyée aux 50 personnes les plus proches. Elles pourront ensuite nous rejoindre, nous contacter ou alerter les secours selon les besoins. Il est aussi possible d’afficher sur l’écran de son smartphone un message demandant de l’aide aux personnes autour de nous, pour pouvoir alerter plus discrètement, ou d’enclencher une sirène. L’alerte sonore est censée faire fuir l’agresseur, en le déstabilisant.

Mais le génie de l’application ne s’arrête pas là. Le second objectif, après la sécurité, c’est l’épanouissement. L’application propose donc des espaces de conversation, où les utilisatrices peuvent se confier et s’entraider. Mais aussi des espaces d’information, où l’on peut recevoir des conseils sur les réactions et réflexes à adopter dans certaines situations. On peut également proposer ou demander de l’aide, dans le cas de violences conjugales. "Ce qui est hyper touchant c’est lorsque d'anciennes victimes nous remercient parce que quelqu’un est allé les voir. Mais aussi elles peuvent à leur tour aider des victimes actuelles de violences conjugales, en échangeant avec elles, en leur disant que c’est ok, qu’elles vont s’en sortir", raconte Priscillia. La communauté de The Sorority grandit au fil du temps mais s’engage aussi d’avantage tous les jours, pour plus de solidarité entre les femmes et les personnes issues des minorités de genre.

L’application reste malgré tout majoritairement utilisée dans la capitale, et dans les autres grandes villes des pays où elle est implantée : la France, la Suisse, la Belgique, le Luxembourg et l’Algérie. Le prochain objectif de sa créatrice est de récolter des fonds supplémentaires pour pouvoir élargir le développement de la plateforme. Elle désire densifier le maillage d’utilisatrices et utilisateurs de l’application pour les rapprocher encore plus et permettre des réactions d’autant plus rapides.

Eva Seker (RTBF)

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