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Le nouveau gouvernement fédéral compte s'attaquer au monstre du Loch Ness de la culture : le statut d'artiste

C’est une ligne dans l’accord du gouvernement fédéral mais une ligne qui compte beaucoup pour tous les artistes belges.

Les sept partis vont plancher sur la mise en place d’un statut d’artiste.’

Le statut d’artiste : beaucoup en parlent, peu en bénéficient

Le statut d’artiste, c’est un peu le monstre du Loch Ness. On en parle depuis des décennies. Aujourd’hui encore, ils sont nombreux, acteurs, auteurs, artistes plasticiens à rester des "invisibles", c’est-à-dire à vivre de leur plume ou de leur voix sans en avoir le statut. Frédéric Young, directeur des sociétés d’auteurs SACD et SCAM, nous dresse le tableau : "Beaucoup d’artistes, et en particulier, les auteurs, les écrivains, les réalisateurs, travaillent sur le développement de projets. Ils les créent et cherchent des partenaires. Il s’agit de tout un travail en amont qui n’est pas reconnu et pas financé."

Nicolas Donato, délégué au Conseil général Setca Culture résume la situation : "L’écrivaine Pascale Fonteneau, pour son premier roman, obtenait de son éditeur moins pour une année de travail que la technicienne de surface de son éditeur."

La situation de crise du Covid-19 a exacerbé la situation des artistes. Ils se sont retrouvés sans emploi et pour beaucoup sans statut d’intermittent du spectacle.

Aujourd’hui, sur environ 15.000 à 100.000 artistes (? le chiffre est difficile à déterminer car aucun cadastre n’existe) pratiquant leur art en Belgique seuls 7000 bénéficient d’un statut d’intermittent du spectacle. De quoi s’agit-il ? Lorsque vous ne travaillez pas, vous bénéficiez d’une allocation de chômage dont la somme varie entre 800 euros et 1100 euros à la condition que vous puissiez prouver, contrat à l’appui, avoir presté en tant qu’artiste pendant 312 jours sur une période de 21 mois, ou bénéficier de la règle du cachet, c’est-à-dire d’une rémunération divisée par un coefficient équivalent à un certain nombre de jours de prestation.

On s’en doute, beaucoup d’artistes, actuellement, n’entrent pas dans les critères pour en bénéficier.

Le mouvement Still Standing a secoué le cocotier pendant la crise du Covid-19

Or, pour la première fois depuis de nombreuses années, un travail va être accompli pour réformer et améliorer le statut des artistes. C’est une volonté politique du nouveau gouvernement. Pour tout le secteur, c’est un très bon signal.

A la base de ce changement, il y a le mouvement d’artistes Still Standing né en mai. Au début de la crise du Covid-19, il a poussé le monde politique à prendre des mesures de soutien d’urgences aux artistes – adoptées dans la loi du 15 juillet. Par la suite, une association de fait s’est créée, l’UPAC (Union de professionnels des Arts et de la culture). Elle a poursuivi ses efforts et développé des groupes de travail dont l’un se penche en particulier sur la protection sociale des travailleurs et travailleuses intermittents des arts et de la culture.

Ces groupes ont mis en évidence la précarité structurelle des acteurs culturels. Ils demandent au gouvernement de faire inscrire dans la loi une meilleure protection sociale pour les bénéficiaires de l’actuel "statut" dit de l’artiste.

Rendre visible les activités invisibles des artistes

Ils prônent également un système social adapté à la complexité de l’emploi artistique et à une juste prise en compte des activités "invisibles" ou non rémunérées, au caractère spécifique du régime de l’intermittence, à l’amélioration rapide des situations les plus précaires dans le secteur culturel ainsi qu’à une simplification administrative significative. Ce nouveau statut s’inscrira dans le cadre de la Sécurité sociale générale et offrira aux bénéficiaires un accès à une protection sociale complète, en phase avec une réalité de travail complexe, faite de multi-activités artistiques et para-artistiques et s’exerçant dans une temporalité pluriannuelle.

Au fond, c’est quoi un artiste ?

Leur tâche n’est pas simple car les situations sont très différentes en fonction des artistes (qu’ils soient de scène ou de spectacle ou créateurs) comme l’explique Frédéric Young, Directeur des Sociétés d’Auteurs SACD et SCAM : "Pour l’instant, on a un seul outil pour des situations très différentes. On ne peut pas coller des situations qui pourraient fonctionner pour le secteur théâtral à des secteurs du livre ou des arts visuels."

Alexandre Von Sivers, comédien mais aussi militant au conseil général Setca de la culture, lui s’interroge sur l’identité de l’artiste. "C’est quelqu’un qui fabrique du beau, qui nous fait du bien, du plaisir, qui donne du sens à la vie et qui gagne sa vie en essayant de la rendre belle, en lui donnant du sens. Mais il y a aussi les philosophes, les penseurs, les savants, dans ce cas. Quant au statut c’est un ensemble cohérent de règles bien définies qui s’appliquent à une catégorie de citoyens ou de travailleurs, bien définie elle aussi. Et c’est justement ce qui manque, à mon avis, à la notion d’artiste."

Archive : JT du 26/05/2012

Le statut d’artiste fait débat depuis de nombreuses années

Lucie Dendooven

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