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Formulaire à remplir dans l'Horeca : "ces carnets n'ont servi à rien"

Mis en place depuis la fin juillet, le tracing dans les restaurants et autres cafés n'aura finalement pas eu l'effet escompté.

Depuis lundi, le secteur Horeca est une nouvelle fois à l'arrêt. Si beaucoup de Belges ne comprennent pas cette décision de fermer les bars et restaurants pour un mois, les patrons des commerces encore moins. Si certains écrits scientifiques montrent que la contamination peut provenir de ce secteur, ce qui fâche les commerçants, c'est qu'ils ont respecté toutes les recommandations émises par le gouvernement et que finalement, ils doivent quand même fermer.

L’annonce d'une évaluation dans 15 jours n’a pas suffi à calmer les esprits. Il règne un sentiment d’injustice, celui de devoir payer pour tout le monde. Et au-delà de cette injustice, ce qui est frappant, c'est le manque de communications autour des mesures à prendre pour le secteur. Notamment via ces fameux carnets à remplir pour le tracing. Carnets qui n'ont bien souvent jamais été demandés. Tout ce travail aurait-il donc été fait pour rien? 

"Ces carnets n'ont effectivement servi à rien", commence Denis Delcampe, chef du restaurant Le Tournant à Ixelles. Et d'ajouter : "On ferme l'Horeca sans savoir si on est des foyers de contaminations et sans finalement nous demander les carnets ou réservations faites en ligne. Cette récolte d'information ne sert à rien et on a l'impression que l'on se moque de nous."

Des propos que corrobore François Mertens, responsable de deux établissements à Louvain-la-Neuve : "On a jamais eu de contrôle de ces listings. Et quand je vois sur les nombreux groupes Facebook lié à l'Horeca, personne n'a jamais été contacté. Pourtant, ce tracing a été mis en place depuis longtemps (fin juillet).

Ces mesures finalement extrêmement contraignantes, on fait perdre du temps et de l'argent au secteur comme le confirme François : "ça coûte et en fait on se rend compte que ça ne sert à rien. On a joué avec des règles strictes. Quand on a réouvert en juin, on voit une baisse des contaminations. Comment expliquer qu'on vient dire maintenant que la remontée vient de chez nous depuis le début alors que cette remontée vient depuis seulement le mois de septembre. Quand on voit la mine d'or de donnée qu'on possède, s'il y avait eu un suivi tracing comme c'était prévu, on n'aurait sans doute pas assisté à ça."

En mars, le confinement était généralisé, pourquoi vise-t-on spécifiquement l'Horeca aujourd'hui ?

Si le secteur a l'impression de payer pour tout le monde, le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke reconnaît dans la DH que "dans le contexte actuel, le débat sur le poids relatif de l’Horeca dans la chaîne des infections n’est plus au cœur de la raison". Pourtant, dit-il, "notre raisonnement est simple : vu la circulation massive du virus, il faut diminuer à tout prix les contacts humains, sans rendre impossible ce qui est vraiment très important ou même indispensable pour survivre (les écoles, les entreprises, les magasins, les visites de quelques personnes chez un ménage). Donc, partout où c’est possible, nous prenons des mesures limitant les contacts : en fermant l’Horeca, en rendant le télétravail la règle, en imposant un couvre-feu", explique le ministre socialiste.

Mais pour ceux qui ont investi dans des plexiglas, des système de ventilation et en supprimant une partie de leurs tables pour ménager plus d’espace entre les clients, ça passe mal. Ils avancent d’ailleurs les arguments des statistiques qui ne pointent pas l’Horeca comme le lieu principal des contaminations.

"Le souci, c'est qu'on se base sur trois études pour fermer le secteur Horeca. Du coup ça pose question. Soit le tracing ne fonctionne pas du tout et on ne nous dit rien, soit personne n'a été contacté parce que les contaminations ne sont pas plus importantes en Horeca. J'ai installé l'application coronalert depuis le début et je suis au restaurant tous les jours. Quand je vois le chiffre, je vois que je suis toujours à un risque faible et que je n'ai eu qu'une potentielle exposition. Cela voudrait donc dire aussi que l'application ne fonctionne pas", continue François.

S'il est vrai que manger, boire avec un masque et avoir une distance à table n'est pas toujours compatible, le secteur pointe le manque flagrant de communication comme l'ajoute Denis : "Ce qui est clair, c'est que l'Horeca a été hyper docile par rapport au gouvernement, et cela n'a servi à rien. Ce qui est étonnant, c'est qu'on avait prévenu il y a déjà six moi qu'il y aurait un second rebond, en automne. Mais le gouvernement n'a pas réagi et n'a pas anticipé."

Un manque flagrant finalement de communication vers le secteur?

Du côté des autorités, il est compliqué de savoir vers qui se tourner, afin de savoir qui au final était responsable de tout ce tracing. Contactés par nos soins, différents cabinets de ministres n’ont pas encore commenté et répondu à nos questions. Chacun se renvoyant l'un à l'autre.

 

Pierre Lambert