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Fermeture des écoles à travers le monde : combien d'élèves concernés ? Avec quelles conséquences ?

La carte est impressionnante (voir ci-dessous).

L’Unesco réalise un suivi mondial des fermetures des établissements scolaires (primaire, secondaire et supérieur) liées au Covid-19, et le matérialise sous forme de carte géographique interactive.

A la date du 8 mai (choisie au hasard lors de la première vague), seuls 4 pays sont en vert, soit avec des établissements “complètement ouverts” : le Turkménistan, la Biélorusse, le Groenland, et la Papouasie-Nouvelle-guinée. Tous les autres pays du monde ont fermé leurs écoles au moins partiellement. Cela veut dire que 66 pourcents des apprenants du monde sont alors touchés, soit plus d’un milliard.

"Certains pays ont déjà dû fermer leurs écoles, parce qu’ils étaient en situation de guerre, ou à cause d’une épidémie comme celle d’Ebola. Mais une fermeture de cette ampleur, qui touche le monde entier, c’est inédit depuis des dizaines d’années", s’exclame Benoît Van Keirsbilck, directeur de Défense des Enfants International – Belgique et membre du Comité des droits de l’enfant des Nations Unies.

Lors de la première vague, les Etats ont fermé les écoles en pensant que ce serait pour quelques semaines, un peu comme des vacances.

Lors de la première vague, explique-t-il, les Etats ont fermé les écoles en pensant que ce serait pour quelques semaines, un peu comme des vacances. Et ça a fini par durer. Les observateurs s’accordent pour dire que les intérêts des enfants ont très peu été pris en compte lors de cette première vague.”

La situation s’est améliorée aujourd’hui, mais les classes restent fermées pour près d’un élève sur 5 cinq (soit 320 millions). Et cela continue évidemment d’évoluer, l’Allemagne et les Pays-Bas viennent par exemple de décider de fermer les portes de ses écoles.

Il y a certes encore des inconnues sur le rôle des enfants dans la transmission du virus, mais les experts de l’éducation, comme Robert Jenkins, Responsable Education à l’UNICEF, n’arrêtent pas de le marteler : "Ce que nous avons appris sur l’école en temps de COVID est clair. Les bénéfices du fait de garder les écoles ouvertes dépassent largement les coûts engendrés par leur fermeture."


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L’Unesco a listé les multiples conséquences de la fermeture des établissements scolaires sur les enfants. En termes d’apprentissage d’abord. Cela touche tous les jeunes, et plus encore les précarisés qui ne peuvent pas suivre l’enseignement à distance : selon un rapport de l’UNICEF et l’Union internationale des télécommunications (UIT), deux tiers des enfants en âge d’être scolarisés dans le monde (soit 1,3 milliard d’enfants âgés de 3 à 17 ans) n’ont pas de connexion Internet chez eux.

Un élève qui décroche, c’est un élève qu’on n’est pas sûr de récupérer quand les établissements scolaires rouvrent. Les filles en particulier qui, dans le monde, ont déjà moins accès à l’enseignement en temps normal, risquent d’être déviées sur des tâches domestiques et de ne jamais revenir. 11 millions d’entre elles seraient concernées.

Les écoles, bien plus que des lieux d’apprentissage

Des écoles fermées avec des parents qui travaillent, cela veut aussi dire des enfants laissés à eux-mêmes, avec les risques que cela comporte. Et puis, ajoute Benoît Van Keirsbilck, “l’école est aussi un lieu de surveillance. On peut y détecter ce qui se passe dans les familles. Des enfants qui vivent en vase clos, c’est aussi un risque accru de violence intrafamiliale”. “On sait aussi que l’école permet aux enfants de résister aux chocs, complète Maud Dominicy, responsable des droits de l’enfant pour UNICEF Belgique, c’est un moteur de résilience pour eux.”

Cela touche aussi l’alimentation : pour de nombreux enfants, l’école est le lieu où ils reçoivent leur seul repas par jour, car il y est distribué gratuitement ou à moindre coût.

Le coût est également économique : “Lorsque les écoles sont fermées, les parents qui travaillent sont plus susceptibles de s’absenter pour garder leurs enfants, ce qui entraîne souvent des pertes de salaire et nuit à la productivité”, note l’UNESCO.

Lors de la seconde vague, les Etats ont mieux pris conscience de tout ça, remarque Maud Dominicy, et ils ont essayé de mettre des mesures en place pour pouvoir rouvrir les écoles, et les garder ouvertes, partiellement ou totalement. L’UNICEF et l’OMS ont d’ailleurs donné des orientations pour que cela se fasse en toute sécurité.

Une grande disparité dans les mesures prises lors de la réouverture

Les mesures prises (usage du masque, critères pour l’isolement des enfants symptomatiques et de leurs contacts…) restent très disparates, selon le

A l’approche de l’hiver, les auteurs redoutent que les élèves du primaire (moins susceptibles à l’infection que leurs aînés) soient trop vite écartés dès qu’ils ont, par exemple, des symptômes grippaux, et qu’ils ratent alors de nombreux jours de cours. Ils encouragent les gouvernements à adopter une approche plus pragmatique, “evidence-based” soit basée sur des faits.

Et, finalement, ils rappellent que rien ne peut justifier la fermeture des écoles primaires si ce n’est dans le cas d’une importante transmission à l’intérieur même d’une école. L’exemple tout récent de l’Allemagne et des Pays-Bas montre qu’ils ont encore du mal à se faire entendre.

 

 

 

L'organisation des écoles pour la rentrée après les vacances de la Toussaint (JT du 15/11/2020)

Invitée au JT de 19h30, Caroline Désir, ministre de l'Education - Fédération Wallonie-Bruxelles.

Daphné Van Ossel avec Cristian Abarca

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