Neupré 4120

Nouvel an à Molenbeek: les détails du plan sécurité pour éviter les débordements

Les autorités communales molenbeekoises semblent avoir pris la mesure des débordements survenus l’an dernier à l’occasion du nouvel an.

Les autorités communales molenbeekoises semblent avoir pris la mesure des débordements survenus l’an dernier à l’occasion du nouvel an. Pour éviter que des épisodes violents ne surviennent lors du prochain réveillon 2019-2020, la bourgmestre Catherine Moureaux (PS) et la zone de police de Bruxelles Ouest ont décidé de mettre en place un dispositif sécuritaire extraordinaire, fruit d'une vingtaine de réunions.

"Nous avons effectué une analyse de la situation et mené une évaluation du dispositif policier", assure la bourgmestre. "Molenbeek mérite un réveillon paisible. Et pour cela, nous sommes prêts. Molenbeek et ses habitants ont droit à la sécurité et ce n’est pas négociable. Les habitants demandent cela."

Ce plan, la bourgmestre l’a présenté dans ses détails ce lundi à la RTBF. Les 31 décembre et 1er janvier prochains seront sollicitées les forces de l’ordre, les gardiens de la paix, les éducateurs de rue, les services communaux…

Les poubelles retirées, centre de gestion local mis en place

Concrètement, la commune va travailler transversalement, sur trois axes: répressif, préventif, intervention d’urgence. Tout d’abord, un centre de gestion local sera mis en place le jour J. Chaque service impliqué dans le dispositif (Prévention, jeunesse, police, services de propreté, travaux publics…) y sera représenté. L’idée est d’avoir, rassemblés en un même lieu (commissariat de police) tous les départements susceptibles d’intervenir. " Le briefing aura lieu à la commune mais le soir même nous serons à la police", précise la bourgmestre.

Autre mesure: aucun déchet ne pourra traîner dans les rues le 31 décembre. L’an dernier, des sacs avaient servi à allumer des incendies. Bruxelles Propreté opérera donc une collecte renforcée des sacs avant le réveillon.

Les feux d'artifice et les pétards seront bannis. Une campagne auprès des commerçants (avec remise d'une brochure) est menée afin de leur rappeler les réglementations en terme de vente. "Les feux et les pétards créent du tapage et une peur chez certains de nos habitants. Ils craignent d’être touchés ou qu'il y ait un incendie près de chez eux", développe Catherine Moureaux. "Ce qui est certain, c’est que leur utilisation sera totalement interdite sur l’espace public. Je tiens encore à insister sur le fait que des achats via internet peuvent présenter des risques importants. Des enfants ou des adolescents qui manipuleraient des articles non conformes peuvent perdre un doigt, plusieurs doigts, une main…"

Plus de policiers sur le terrain

En termes de présence physique des équipes communales, les gardiens de la paix et les travailleurs sociaux sont mobilisés en nombre. Idem pour les forces de police. L’an dernier, les agents de la zone étaient au nombre de 80. "Ils seront plus nombreux. Je ne peux pas en dire plus. Leur approche sera différente en termes de stratégie et de tactique.

D’un point de vue géographique, l'attention sera tournée vers les quartiers qui comptent une station de métro. La police aura vue sur l’ensemble des caméras (149 rien que du Molenbeek) afin de coordonner au mieux les patrouilles.

Et si des incidents devaient survenir, une équipe d'intervention d’urgence civile partira sur le terrain, par exemple pour placer des planches sur la vitrine d’un commerce vandalisé ou pour dépêcher le bureau d'assistance aux victimes.

Les pompiers, sur base d’analyses de la situation et des risques cette fois réalisés par le centre de crise régional, pourraient être accompagnés de forces de l’ordre pour éviter d’éventuels guets-apens. 

Violences et polémiques l’an dernier

L’année dernière, lors du réveillon de la Saint-Sylvestre, des véhicules de police et de pompiers avaient été caillassés par des jeunes. Deux zones avaient été particulièrement difficiles: le boulevard Léopold II et les Etangs noirs.

En outre, sept voitures seront incendiées et trois commerces vandalisés, dont une pharmacie bien connue de la place des Etangs noirs ainsi qu’un magasin de smartphones, littéralement pillés. Une vingtaine d’arrestations ont été menées ainsi que deux arrestations judiciaires avec comparution immédiate devant la justice. Cette nuit de violence laissera un goût amer dans le quartier, auprès des habitants et des commerçants. Des messages de soutien leur seront adressés par des jeunes. Des coups de gueule seront également envoyés aux fauteurs de troubles au travers des réseaux sociaux. L’une de ces sorties, signée Sara Lou, influenceuse molenbeekoise, fera particulièrement mouche. Pour elle, les casseurs ne sont qu’une bande de "petits merdeux".

Comme à chaque fois quand il s’agit de Molenbeek-Saint-Jean, une polémique voit le jour, des commentateurs médiatiques et politiques déplorant l’inaction et le laisser-faire des autorités. Elles se sont pourtant rapidement constituées partie civile contre les casseurs, des équipements publics ayant été endommagés. Dans une interview en néerlandais à Terzake (VRT), la bourgmestre, en poste depuis moins d’un mois à l’époque, dresse son analyse des événements. Elle était en vacances au moment des incidents, mais elle récuse toute impunité: 80 policiers mobilisés contre un peu plus de la moitié un an auparavant.

Toutefois, une phrase tirée de l’entretien suscitera des critiques, quand elle explique que les incidents étaient une manière pour les jeunes de "faire la fête" comme cela se fait dans d’autres pays. Solution selon elle pour éviter d’autres incidents de ce genre : organiser des fêtes pour les jeunes. Laxisme criera Georges-Louis Bouchez pour le MR, mais aussi la N-VA ou la CD & V Bianca Debaets. Les critiques viendront également de France, Molenbeek ayant depuis les attentats de Paris et Bruxelles une réputation négative à l’étranger. Quelques jours plus tard, elle nuancera sur les antennes de BX1 indiquant qu’elle n’a "jamais dit" qu’il fallait organiser des fêtes pour les jeunes, accusant la VRT d’avoir manipulé son interview.

Le plan sécurité pour le réveillon à Molenbeek suscite déjà des commentaires. Rachid Ben Salah, de DéFI Jeunes Molenbeek regrette le manque d'approche sur le long terme. "La véritable prévention se fait durant toute l'année et pas uniquement la veille", écrit-il notamment sur les réseaux sociaux. 

Ahmed El Khannouss (cdH-opposition) salue le fait que la bourgmestre "ait enfin décidé de sortir de sa léthargie". Mais "ce qui est dommage, c'est que ce "plan" de sécurité spécial nouvel an se décide en dernières minutes et qu'aucune association non communale ne soit associée à la réflexion sur l'aspect de la prévention", relève l'humaniste molenbeekoois sur Facebook.

Karim Fadoul

Retrouvez l'article original sur RTBF