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Rencontre avec des mineurs sans-papiers: "J'ai ordre de quitter le territoire sans mes parents"

En 2016, 10 726 sans-papiers ont quitté la Belgique pour rejoindre leur pays d'origine. Mais beaucoup ont décidé de rester chez nous avec l'espoir d'obtenir un jour des papiers. Parmi eux, il y a des mineurs. Comment vivent-ils et quelles difficultés...

En 2016, 10 726 sans-papiers ont quitté la Belgique pour rejoindre leur pays d'origine. Mais beaucoup ont décidé de rester chez nous avec l'espoir d'obtenir un jour des papiers. Parmi eux, il y a des mineurs. Comment vivent-ils et quelles difficultés rencontrent-ils ?  Nous en avons rencontré trois. Ils sont âgés de 4, 9 et 18 ans. Tous sont mineurs ou presque. 

Maïmouna est arrivée enceinte en Belgique il y a presque quatre ans.  Elle nous fait visiter le squat où elle vit avec son petit garçon, quelque part à Bruxelles, avec 125 autres sans-papiers. Les matelas sont collés les uns aux autres sur le sol. Il  n’y a qu’une taque de cuisson dans la cuisine et les sanitaires sont rudimentaires. "J’ai demandé l’asile en 2013. On m’a mise dans un centre d’accueil durant quelques mois parce que j’étais enceinte.  Ensuite j’ai eu la possibilité d’aller dans une maison sociale, mais quand mon fils a eu 8 mois, j’ai dû partir. Depuis, nous sommes sans papiers et nous passons d’une maison abandonnée à l’autre".

Un bébé né en Belgique, mais considéré comme sans-papiers

Pour Maïmouna, le droit de son enfant n'est pas respecté : "Il est né ici mais on le considère comme sans papiers. Il n’a aucun droit parce que je n’en ai aucun.  Je ne comprends pas qu’il n'ait pas droit aux allocations familiales et à un logement digne pour se reposer, aller à l’école, jouer et vivre comme un enfant sans ressentir les poids que ses parents portent chaque jour".

Ce jour-là, il y a une manifestation près de l'office des étrangers. Une centaine de personnes sont venues réclamer les droits des enfants sans papiers. Sans cela, il est difficile pour les parents de subvenir aux frais scolaires. Impossible aussi de trouver du travail déclaré.

Pour Benoît Van Keirsbilck, président de l’ONG, "Défense des Enfants International ", pour trouver un peu d’argent ils sont contraints,  "soit à mendier, soit à travailler de manière illégale, soit à se livrer à d’autres activités qui ne sont pas forcément tolérées". Pour lui, les aides financières et sociales sont très limitées voire refusées à cette catégorie de personnes.

Dans la foule, il y a Dejbi, 9 ans. Avec ses parents venus d'Albanie, il vit illégalement en Belgique depuis cinq ans. "Je veux être comme les autres, pas être riche mais juste avoir des papiers".

Je ne sais pas où je vais habiter

Oïshi vient du Bangladesh et a tout juste 18 ans. Elle vit en Belgique avec ses parents depuis 7 ans, mais elle vient d’apprendre qu’elle doit quitter notre pays. "J’ai ordre de quitter le territoire seule, sans mes parents. Je fais ce que je peux mais je dois partir dans quinze jours. Je ne sais pas où je vais habiter, je vais devoir me cacher car j’ai peur que la police vienne chez moi.  Je ne sais ni que faire ni où aller". 

Oïshi, Dejbi et Maïmouna ont tous les trois des rêves assez simples : Maïmouna voudrait élever sereinement son petit garçon, Oïshi voudrait devenir médecin dans l’armée belge, "Dans mon pays d’origine je n’ai pas d’avenir. Ici je voudrais terminer mes études et me mettre au service de l’Etat ".  Quant à Dejbi, il souhaite juste être comme ses amis.

L'an dernier, 4651 personnes en situation irrégulière ont été renvoyés de force vers leur pays d'origine, 4667 personnes ont accepté ce retour, et 1408 personnes sont reparties par leurs propres moyens.

I.L. avec Quentin Warlop

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