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"Les apparences trompeuses" et ses idées reçues comme thématique d'un premier roman

Avec cette histoire, Déborah Lorguet, enseignante et dorénavant auteure, embarque le lecteur dans une enquête de meurtres de jeunes femmes à la beauté unique. Qui est-elle ? Quelles sont ses inspirations ? Comment s’est déroulée l’écriture ? Nous l’avons rencontrée.

Déborah, mère de deux enfants et mariée depuis 7 ans, est enseignante à l’Institut Notre Dame de Heusy. Elle y enseigne la religion catholique depuis 10 ans et écrit depuis toujours. La jeune femme de 31 ans nous explique que "l’écriture est un exutoire", une manière de coucher sur papier des éléments de sa vie pour passer par la suite à autre chose.

Après plus de deux ans d’écriture, Déborah Lorguet sort en autoédition son premier roman "Les apparences trompeuses". Après une notification Facebook et quelques semaines d’attente, la jeune femme republie son livre le 15 octobre 2018 mais cette fois-ci aux Éditions Empaj.

Ce premier manuscrit, nommé "Les apparences trompeuses", invite le lecteur à suivre une enquête menée par des journalistes sur un nombre considérable de jeunes femmes assassinées. Entre romances et références liégeoises, le lecteur est embarqué (de force?) dans une enquête policière aux apparences trompeuses...

"Les apparences trompeuses" : schizophrénie, boite à bébé et personnages stéréotypés

Comment s’est déroulé le processus d’écriture des “Apparences trompeuses” ?

Déborah Lorguet : "Au départ, j’ai couché mes idées sur papier. J’ai écrit sans connaitre la fin, l’histoire m’est venue au fur et à mesure. Contrairement à d’autres écrivains, je suis incapable de raconter ma propre vie. J’ai un côté "Madame Bovary" car j’ai besoin que certains éléments du bouquin fassent référence à mon vécu et à mes idées, mais toujours romancés.

Pour que les analyses de crimes soient crédibles, je me suis renseignée auprès d’un inspecteur de police. Par contre, pour le côté "journalistique", je n’ai pas eu de références. C’est davantage ma vision du métier qui a servi."

Pourquoi mélanger le genre du policier avec celui de la romance ?

Déborah Lorguet : "Il était nécessaire de démontrer le côté dysfonctionnel de Monia, y compris dans sa relation avec Louis. (ndlr. Journaliste enquêtant sur l’affaire et personnage principal du roman). Elle démontre d’emblée qu’elle est une marginale.

Alors, pourquoi insérer le personnage d’Édith, la collègue de Louis ? Parce qu’elle permet de détacher Louis de Monia, sinon il aurait ciblé l’enquête directement autour d’elle. Le personnage d’Édith apporte aussi un plus au trio d’hommes..."

Justement, pourquoi les personnages féminins sont-ils autant stéréotypés ? Par exemple, le personnage de Monia est caractérisé comme un "sex symbole"...

Déborah Lorguet : "C’est tout simplement lié à ma vision des choses. Ce que j’écris, je le vois dans ma tête. Pour moi, Monia est belle, là où Edith n’a pas une physionomie particulière. Je souhaitais mettre d’abord le caractère d'Edith en avant plutôt que sa beauté. C’est une femme forte mais d’un point de vue "personnalité". Par contre, Monia est sûre d’elle parce qu’elle est belle, elle a une emprise sur Louis grâce à sa beauté."

Vous abordez subtilement des thématiques sociétales comme "les femmes battues", "les boîtes à bébé" ou encore "la schizophrénie". Était-ce important à vos yeux de parler de ces sujets ?

Déborah Lorguet : "Ces sujets sociétaux me touchent tout particulièrement. L’histoire contient des parties de mon vécu et de mon entourage. Notamment en ce qui concerne "les femmes battues". À l’époque de mon processus d’écriture, j’avais des personnes de mon entourage qui subissaient des violences. C’est quelque chose qui m’offusque profondément et la gestion que la société en fait est pour moi assez paradoxale...

Pour les boîtes à bébé, c’est un fait ici à Liège qui m’a interpellé. Il y a un peu près trois ans, il y avait des photos d’une petite fille qui ont été publiées dans tous les journaux. La fillette avait été déposée dans une boite à bébé et il n’y avait pas de famille d’accueil belge souhaitant l’accueillir. Cette histoire m’a touché et je souhaitais aborder le sujet dans le roman.

En ce qui concerne la schizophrénie, c’est tout simplement un sujet qui me passionne. D’où est-ce que ça vient ? Est-ce qu’on peut traiter la maladie ? Au niveau des religions aussi il y a des approches différentes. Partager cette thématique dans le livre, c’est plus un intérêt personnel qu’autre chose."

Pourquoi ce titre "Les apparences trompeuses" ?

Déborah Lorguet : "Au départ, j’avais en tête un titre beaucoup plus long mais pour des questions pratiques j’ai dû le réduire. À travers ce titre, je souhaitais expliquer que nos premières impressions et que nos idées reçues ne sont pas toujours le reflet de la réalité."

Étais-ce important pour vous d’intégrer votre intrigue en région liégeoise ?

Déborah Lorguet : "Oui c’était essentiel pour moi. Je ne vois pas l’intérêt d’implanter mes romans dans d’autres villes puisque nous avons de très bon resto, de très bon café et des lieux de vies qui sont intéressants. Par exemple, quand des étudiants étrangers viennent en Belgique, ils sont heureux de découvrir Liège et les alentours. Il n’y avait aucun intérêt d’emmener mes personnages aux États-Unis ou en France. Par contre, je ne voulais pas tomber dans le belgicisme complet..."

Vous mentionnez en quatrième de couverture que les bénéfices des ventes iront à l’association "Rêves d’enfants", pourquoi ce choix ?

Déborah Lorguet : "Oui j’ai décidé d’offrir les bénéfices des ventes de ma partie auteur à une association. Je connais le parrain de l’association "Rêves d’enfants" et j’ai toujours participé à des collectes et ventes.

Rêves d’enfants est une association très chouette qui a des objectifs intéressants. Je pense que cela a du sens d’aider des associations comme celle-là."

"Le pion" : la représentation du monde de l'enseignement

À la fin des "apparences trompeuses", il est évident qu’un second livre est en écriture...

Déborah Lorguet : "Oui et il est même terminé ! Il sortira au mois d’avril et un troisième est en cours d’écriture...

Le second s’intitule "Le pion". C’est un genre policier plus poussé avec une trame beaucoup plus complexe. La relation avec les personnages, qui est fort appréciée par les lecteurs, disparaît. J’ai mis un peu plus de deux ans pour l’écriture car c’était plus technique."

Pouvez-vous nous en dire plus sur l’intrigue ?

Déborah Lorguet : "Dans le second bouquin, Mathieu et Louis (ndlr. Deux journalistes et protagonistes découverts dans "Les apparences trompeuses") se rendent dans une école à la demande de l’inspecteur Martin (ndlr. Policier qui les a aidés pour l’enquête du premier livre).

Un professeur a été tué et ils seront consultants sur l’enquête. Un nouvel inspecteur est en charge et leurs relations seront beaucoup plus tendues. Ils vont écouter les auditions et le lecteur aura une réelle vision du monde de l’enseignement, vision que je pense gérer puisque je travaille dans le milieu depuis une dizaine d’années.”

Retrouvera-t-on le côté "romance" et les références liégeoises du premier livre ?

Déborah Lorguet : "Beaucoup moins. On évoque Monia mais elle n’apparaît plus. Les personnes qui l’ont déjà lu regrettent cette relation entre les personnages. Et pour l’aspect "liégeois", c’est beaucoup moins poussé aussi car l’histoire se déroule dans une école. Je ne souhaitais pas pointer du doigt une école en particulier. Des professeurs ont témoigné pour le livre et je ne veux pas avoir d’ennuis par la suite."

"In the End", toujours en préparation

Vos romans forment en réalité une trilogie...

Déborah Lorguet : "Oui, j’ai commencé un troisième mais il n’est pas terminé. Je suis plus ou moins à 190 pages et j’ai pensé à l’intituler "In the End", mais ce n’est pas encore définitif.

Après ce troisième roman, j’arrêterai avec ces personnages. Je pense avoir fait le tour que ce soit au niveau des personnages, de leurs relations ou des types d’enquêtes. Mon but n’est pas de tomber dans les "Agatha Christie" qui utilisent systématiquement le même protagoniste.

Ce troisième livre est une évolution des deux autres. Ce sont trois types d’enquêtes différentes. Le premier a une approche journalistique avec une aide policière, le second, les personnages sont présents en tant que consultant et dans le troisième, c’est lié à un attentat..."

Vous finissez "Les apparences trompeuses" en mentionnant l’attentat de Bruxelles du 22 mars 2016

Déborah Lorguet : "Oui mais ce n’est pas l’attentat en question. Dans "In the End", cela se déroule toujours à Liège. L’un des journalistes meurt et l’enquête est centrée sur cette mort.

C’est un véritable parcours dans la ville, à rechercher de point en point le tueur. Leur relation reprendra en quelque sorte vie et il y aura des rapprochements."

En attendant, "Le pion" et "In The End", découvrez "Les apparences trompeuses" !

Où se procurer le livre ?

À Liège dans les libraires PAX et Livre au Trésor

En ligne sur le site officiel de la maison d’Édition Empaj

Pour plus d'informations, rendez-vous sur la page de l'auteure

 

Aurélie Bronckaers