Tubize 1480

Jetons de présence et rémunérations revus à la hausse au Roman Païs: rien d'illégal, mais plusieurs élus dénoncent

Avec un patrimoine de plus de 3.

000 logements, la société des Habitations sociales du Roman Païs est l’une des plus importantes sociétés de logements sociaux de Wallonie. Le 16 octobre dernier, son assemblée générale a approuvé une augmentation du jeton de présence des membres du conseil d’administration et du comité d’attribution, et fixé de nouveaux montants pour les émoluments du président (Pierre Huart, bourgmestre MR de Nivelles) et du vice-président du conseil (Michel Januth, bourgmestre PS de Tubize).

Concrètement, le jeton est passé de 125 à 212,5 euros, tandis que les président et vice-président recevront respectivement 24.000 et 12.000 euros par an, alors qu’ils ne touchaient pas de rémunération autre que le jeton de présence jusqu’à présent.

Ces ajustements ont été votés dans le respect des règles. En ce qui concerne le jeton de présence, la Région wallonne recommandait un alignement avec ce que reçoivent les conseillers provinciaux. Pour ce qui est de la rémunération des président et vice-président, elle est fixée par un décret wallon de 2008, mais les statuts des Habitations sociales du Roman Païs n’avaient jamais été adaptés. Pendant plusieurs années, les président et vice-président ont donc continué à toucher un "simple" jeton de présence pour le travail effectué, alors qu’ils auraient pu prétendre recevoir un salaire plus important.

Un mauvais signal?

Y a-t-il donc matière à polémique? Oui, selon Frédéric Jadin (et il n’est pas le seul), président du CPAS de Tubize. Il reconnaît le caractère légal des augmentations, mais il s’interroge sur leur opportunité et sur leur montant. "C’est un très mauvais message par rapport à la population, par rapport à la problématique des logements sociaux au niveau de la Région wallonne et notamment au niveau du Roman Païs, explique-t-il. C’est compliqué de pouvoir expliquer à nos locataires, à des gens qui sont précarisés, que le politique vote pour une augmentation aussi importante".

Et ce que Frédéric Jadin conteste encore davantage, c’est le cumul des mandats et des rémunérations. "Moi je ne peux pas comprendre que des politiciens puissent cumuler autant de missions importantes, comme être à la fois bourgmestre de Tubize ou de Nivelles et avoir encore du temps à consacrer dans d’autres entités para-communales ou sociétés coopératives comme le Roman Païs. Je pense que c’est un peu malsain de cumuler le tout. On ne sait pas travailler convenablement sur tous les fronts, il faut faire des choix. Quant au cumul des revenus, c’est contraire au message que nous lance la population. Si on lit bien les résultats des élections de mai 2019, une grande partie de la population vote pour l’extrême-gauche ou l’extrême-droite, ou ne vote plus par dégoût pour les pratiques politiciennes".

Pour le président du CPAS de Tubize, il vaudrait mieux consacrer l’argent à rénover les logements sociaux qui en ont besoin, ou à engager un assistant social qui aurait pour mission de suivre les locataires dont la situation est parfois compliquée.

Le logement social, une passion pour Pierre Huart

Interpellé par ces critiques, Pierre Huart garde la tête froide. "C’est Michel Januth et moi qui sommes un peu fustigés aujourd’hui, alors qu’au contraire on devrait mettre en évidence le fait que pendant tout un temps, on a renoncé à ces émoluments". Et le bourgmestre de Nivelles de mettre en avant son implication dans la gestion des Habitations sociales du Roman Païs. "Le logement social, c’est vrai que c’est beaucoup de travail, je passe énormément d’heures, parfois en soirée ou le samedi, à recevoir des locataires et à régler des procédures administratives. Mais pour moi, c’est une passion".

Et concernant le cumul des rémunérations, Pierre Huart se dit favorable à son interdiction, à condition que ce soit pour tout le monde, question d'équité. "Mais il se fait que le législateur ne l’a pas encore décidé, donc voilà. Et la décision que nous avons prise, elle n’est pas prise pour nous, elle est prise à partir de nous. Ce qui veut dire que nos successeurs auront également droit à ces indemnités tant que le législateur n’aura pas changé les règles".

L’affaire en restera-t-elle là? Frédéric Jadin et Jean-Pierre Fumière (conseiller communal à Tubize) ont récemment écrit au gouvernement wallon pour lui exposer la situation. Ils demandent que les décisions concernant les jetons de présence et rémunérations des dirigeants soient annulées.

Hugues Van Peel

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