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Pourquoi " ces cons de journalistes " suscitent-ils tant de méfiance de la part du public ?

Pourquoi tant de méfiance vis-à-vis des journalistes ? Selon une étude récente de IWEPS, 55% des Wallons interrogés disent ne plus avoir confiance dans les médias.

Pourquoi tant de méfiance vis-à-vis des journalistes ? Selon une étude récente de IWEPS, 55% des Wallons interrogés disent ne plus avoir confiance dans les médias. En France un autre baromètre récent montre que seuls 25% des Français estiment que les journalistes sont vraiment indépendants du pouvoir politique. Alors comment les journalistes peuvent-ils renouer le fil avec leurs lecteurs/auditeurs/téléspectateurs ? Et comment en sommes-nous arrivés là ?

C’est vrai que le métier de journaliste a bien changé. Pour Olivier Goujon, photoreporter et auteur du livre « Ces cons de journalistes », il faut admettre que de nos jours, l’information est en lutte constante avec la communication, que l’on demande toujours plus aux journalistes en leur donnant moins de moyens, que les médias ont globalement raté le virage numérique et que la rapidité de diffusion de l’information (notamment via les réseaux sociaux) entre en conflit avec la vérification d’une information. Vérification, qui est l’ADN-même du journalisme, dit-il. Alors le journalisme s’est-il perdu en cours de route ? Sa qualité a-t-elle diminué, justifiant cette méfiance du public ? Non, estime le photojournaliste. « Le journalisme n’est pas pour autant de moins bonne qualité. Les journalistes se démènent pour exercer leur métier le mieux possible. Ils ont leur part de responsabilité bien sûr, mais ils doivent faire face à une situation qui leur est aussi imposée » dit-il au micro de Soir première.

Dire c’était mieux avant, je n’y crois pas

Aujourd’hui les journalistes doivent être polyvalents, ils sont pressés par le temps. Mais pour autant, dire que « c’était mieux avant » n’a pas de sens selon Florence le Cam, enseignante et chercheuse en journalisme à l’ULB. Pour elle, le journalisme a toujours dû s’adapter à un certain contexte de société. Cependant, cette méfiance est intéressante, car elle pose plusieurs questions.

D’abord celle de la définition, ou de la représentation, des « médias ». « La notion de 'les médias', ça n’existe pas. Il y a une telle diversité des entreprises médiatiques et des identités éditoriales que ça n’a pas de sens. C’est une méfiance envers qui exactement ? » interroge Florence le Cam. « Quand les gens parlent 'des journalistes', ils ne font référence qu’à la petite centaine de journalistes que l’on voit partout, tout le temps » ajoute Olivier Goujon.

Deuxièmement, cette méfiance est aussi intéressante à observer car elle s’est modifiée avec le temps, raconte Florence Le Cam. « Auparavant, cette méfiance venait de la bourgeoisie et haute bourgeoisie qui s’inquiétaient de voir les reporters mettre leur nez dans des lieux qui étaient jusque-là clos, et devenir l’œil du peuple. Aujourd’hui, ce ne sont plus les élites qui se méfient des médias, mais le grand public ».

Avant les années 70, on assistait à la professionnalisation du métier de journaliste. Depuis, on déprofessionnalise ce métier et donc on la fragilise, indique également Olivier Goujon. « Si tout le monde devient journaliste, plus personne ne l’est », déplore l’auteur.

On lâche la plume, le micro et la caméra alors ?

Florence Le Cam reste cependant positive. Entre-autre, car elle croit en la capacité des nouveaux formats à retisser ce lien précieux entre journalistes, médias et public. Le journalisme au long cours se développe, l’investigation, le reportage long. Voilà de quoi se réjouir, dit-elle, même s’il est vrai que ces formats attirent généralement un public de niche, déjà convaincu de l’utilité et de la qualité d’un certain journalisme. « Il y a de l’espoir dans la circulation de ces formats », assure-t-elle tout de même.

Il y a un devoir, une responsabilité sociale des journalistes à reconstruire une expertise et à faire parler les gens qui n’ont pas l’habitude de s’exprimer dans les médias.

Mais pour assure ce travail de qualité, il faut aussi que le modèle économique le permette. « Un modèle financier basé sur le modèle néolibéral, base sur la publicité, est un modèle qui date du XIXe siècle. Il faudrait le transformer pour faire émerger des modèles de financement qui construiront d’autres rapports avec le public », avance Florence Le Cam.

RTBF La Première

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