Chaumont-Gistoux 1325

Violences: au nom de la cause animale

En France, les actions dirigées contre les commerces de viande se multiplient. Bouchers, charcutiers, poissonniers : autant de petits commerces, la plupart situés dans les grandes métropoles, voient leurs vitrines dégradées, leurs façades taguées......

En France, les actions dirigées contre les commerces de viande se multiplient. Bouchers, charcutiers, poissonniers : autant de petits commerces, la plupart situés dans les grandes métropoles, voient leurs vitrines dégradées, leurs façades taguées... Pas une semaine sans nouvelle action d’activistes de la libération animale qui considèrent leurs actes comme non-violents. En Belgique, officiellement, aucun cas de dégradation avéré. Mais la Fédération des bouchers de Belgique commence à s’inquiéter. Face à des associations qui, au nom de la lutte contre la souffrance animale, ferment les yeux sur les sabotages en séri

"Nous ne condamnons pas ces actions violentes", le ton est donné. Et il est plutôt ferme. Vu de Belgique, dans le milieu de la défense des animaux, les récentes actions menées en France contre les commerces de viande ne sont pas encouragées, mais pas dénoncées non plus. Benjamin Loison est le porte-parole de l’organisation "Bite Back", littéralement "mordre en retour", très actif du côté de Hasselt mais aussi aux quatre coins de la Belgique où il multiplie les événements au nom de la lutte contre la souffrance animale.

Benjamin Loison nous reçoit en plein centre d’Anvers, où la cour-arrière d’une salle de concert a été transformée en restaurant éphémère. Ce jour-là, c’est barbecue végan, des denrées 100 % végétales : burgers de patates douces ou brochettes de protéines de blé. "Une vitre qui est cassée, on la remplace, et puis basta…", explique le militant. "La vie d’un animal, elle, est irremplaçable. Osons la comparaison : qu’est-ce qu’une pierre dans une vitre, que certains appellent du vandalisme, face à la mort, tous les ans, de 313.000.000  dans les abattoirs de Belgique." 

"Halte au spécisme"

Benjamin Loison est antispéciste. Il considère que l’espèce humaine n’est pas supérieure aux autres. Pour lui, les animaux sont des individus, les bêtes d’élevage, des victimes. "Ce sont des personnes, même !", poursuit Benjamin. "Dans notre société spéciste, tout est mis en place pour faire de l’animal un objet. Donc, oui, pour parler de ces mises à mort dans les abattoirs, on parle des animaux comme de victimes, sacrifiées sur l’autel du profit." Au milieu du barbecue végan, le militant tient un stand où il propose, via des lunettes 3D, une immersion dans les élevages intensifs. Convaincus et curieux, par le biais d’une technologie avancée sont propulsés au plus près des vaches, poules ou cochons, de leur naissance à leur mise à mort. La puissance des images rassure ceux qui ont choisi la voie végan, choque les autres. Il n’est pas rare de voir des candidats arracher leurs lunettes, en cours de diffusion, voire pleurer à la fin de la séquence.

Vitrines cassées

Dans les rangs de l’association "Bite Back", une majorité de militants. Mais aussi des activistes. Quelques-uns ont participé, tout récemment, à l’action menée à l’abattoir de Tielt, en Flandre occidentale. Une opération de libération qui a débouché sur le sauvetage d’un porc, promis à la mort. Au palmarès des activistes, des opérations coup de poing. À Lille, dans le nord de la France, la semaine dernière, la vitrine d’une rôtisserie du centre-ville a été caillassée. Plusieurs vitres de l’établissement soigneusement endommagées. "Tous nos produits : volailles, porc ou bœuf sont issus du circuit court", explique Valentin Flouret, le responsable-adjoint de la rôtisserie. "Je pense que toutes les personnes attaquées, ici sur Lille ont le même sentiment. Nous ne sommes le maillon que d’une chaîne très faible. On travaille avec des producteurs locaux. On développe les circuits courts. Je pensais que ce type d’action était dirigée contre les grosses industries, mais contre nous, c’est mesquin." La gérante de la poissonnerie voisine, victime de dégradation elle aussi, ne tient pas un autre discours. "Nous faisons dans la proximité. Nos poissons sont d’une grande qualité. Nous respectons les modes de pêche, les saisons de pêche. Nous ne sommes vraiment pas les bonnes cibles", conclut Albane Haquette. Les dégradations de son établissement, consécutives à l’action des antispécistes, s’élève à 10.000 euros de dommages. 

Bad buzz ?

Autant d’exemples qui pourraient nous faire croire à une radicalisation des défenseurs de la libération animale. Or, depuis sa création, il y a plusieurs décennies, le sabotage a toujours été indissociable de la philosophie de ces cellules. Des cellules qui n’avaient d’autres ambitions que de causer du tort aux entreprise qui exploitent les animaux. Aujourd'hui, rien n’a changé, mais renforcé par l’image. À côté du militantisme "tranquille", la diffusion multi-média d’images fortes, renvoyant à la souffrance des animaux d’abattoirs, appuie le discours. "Le mode de vie végan, en devenant populaire, a perdu son caractère révolutionnaire", analyse Marianne Celka, animaliste à l’université de Montpellier. "Certains activistes qui participent à des cellules de libération ont le sentiment qu’il était urgent de faire une piqûre de rappel. Un peu pour rappeler qu’au-delà du style végan, il restait une lutte, plus profonde, qui est toujours en cours. Pour les militants, c’est vrai que ça peut renvoyer une mauvaise image du mouvement en général et faire une mauvaise publicité. Mais enfin, n’oublions jamais qu’une mauvaise pub est une pub tout de même."

Et chez nous ?

Ce réveil militant des défenseurs de la cause animale n’a, hors abattoir, que très peu d’impact chez nous. Rien à voir avec la situation chez nos voisins français, par exemple. La fédération des bouchers, charcutiers et traiteurs de Belgique n’a aucun cas de dégradation volontaire à l’égard de commerces à nous rapporter. Mais le secteur reste vigilant et pense, déjà, comme nos voisins français à interpeller les autorités, si d’aventure, les commerces de viande devaient, à leur tour, être désignée comme cible des activistes, en lutte pour l’émancipation des animaux.

Nicolas Gillard

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