Chaumont-Gistoux 1325

Une boucherie à la ferme pour lutter contre les dérives industrielles de la filière de la viande

"Notre boucherie à la ferme a connu une affluence record samedi dernier, en plein scandale Veviba". Nathalie et Nicolas Braibant ont mesuré très concrètement l'impact de cette nouvelle crise alimentaire sur le comportement des consommateurs. "Les clients...

"Notre boucherie à la ferme a connu une affluence record samedi dernier, en plein scandale Veviba". Nathalie et Nicolas Braibant ont mesuré très concrètement l'impact de cette nouvelle crise alimentaire sur le comportement des consommateurs. "Les clients nous posent beaucoup de questions sur nos méthodes de production, et en particulier le bien-être animal. Nous, on ne veut rien cacher. Notre exploitation, c'est open-bar toute l'année."

Et pour prouver son souci de transparence, l'éleveur promet qu'il va installer des caméras de surveillance dans son étable, et diffuser les images en permanence sur internet...

L'aventure de cette boucherie à la ferme de Corroy-le-Grand démarre en 2002, suite à une autre crise alimentaire, gigantesque celle-là, et qui touche tous les éleveurs européens : la crise de la vache folle. "A l'époque, nous avons tous été stigmatisés, vilipendés, présentés comme des empoisonneurs, se souvient Nicolas. On a failli tout arrêter. Mais finalement, on a décidé de prouver qu'il était possible de produire une viande qualité, autrement."

Je vois encore mon veau...

Nathalie et Nicolas Braibant décident alors d'installer un atelier de boucherie au cœur même de leur exploitation, à côté de l'étable. Quand un éleveur classique abandonne ses bêtes à l'entrée de l'abattoir contre un chèque, les Braibant les récupèrent "démontées" comme on dit le jargon, c'est-à-dire en gros morceaux de viande débarrassés de la carcasse. Dans les frigos de la boucherie, rien qu'en lisant les étiquettes sur les lots, Nicolas reconnaît ses bêtes : "0912... je vois encore le veau", dit-il en palpant un gros paquet de viande.

Le veau 0912 finira en escalope ou en hachis sur l'étal de la boucherie. L'éleveur maîtrise ainsi presque toute la chaîne de production et de distribution de la viande, sauf l'abattage. Tuer les animaux à la ferme est interdit depuis bien longtemps; c'est l'apanage des abattoirs publics, dont la gestion est presque toujours confiée à des entreprises privées, comme Verbist à Bastogne.

"Mais j'ai le choix de l'abattoir, insiste Nicolas Braibant. On m'a proposé de travailler avec le groupe Verbist, j'ai refusé. Ils n'avaient pas bonne réputation. Nous conduisons nos bêtes chaque semaine à l'abattoir de Ciney, une petite structure plus familiale, plus transparente. Nous travaillons en confiance."

Une boucherie en rase campagne

Installée en rase campagne, la boucherie à la ferme des époux Braibant n'est pas idéalement située pour attirer les clients. Elle n'ouvre pour l'instant que deux jours par semaine, avec un chiffre d'affaires d'environ 350.000 euros. Cela paraît très peu pour un troupeau de 200 vaches. Mais l'élevage respecte désormais les normes du bio, et les agriculteurs de Corroy-le-Grand viennent de passer un contrat de distribution avec une chaîne de magasin bio implantée à Bruxelles et dans le Brabant wallon. Les affaires se développent. Et comme à chaque crise alimentaire, suite au scandale Veviba, c'est toute la filière du bio et du circuit-court qui va gagner quelques parts de marché en plus.

François Louis

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