Chaumont-Gistoux 1325

Solidarité entre voisins: Apportez votre grain de SEL

Depuis 1995, des pincées de SEL (Système d'Echanges Local) se répandent un peu partout en Belgique pour agrémenter une communauté grandissante qui propose services, savoirs et compétences à une ou des personnes membres situées dans un rayon kilométrique proche.

Notre pays compte actuellement 120 SEL en Belgique francophone. Le SEL, ou système d’échange local, est une association locale et privée composée de divers membres qui mettent des ressources variées à disposition les uns des autres en échangeant des services, produits, savoirs et biens de façon multilatérale, au sein d'un quartier ou d'une ou plusieurs communes. Vous trouvez l'idée chouette? Mais vous vous demandez bien ce que vous pourriez proposer? Sachez que les membres de SEL ne manquent pas d'imagination et ont du potentiel à revendre ou plutôt; à donner/échanger! Ils sont couturiers, philatélistes, jardiniers, dactylographes, cuisiniers hors pairs, ils maîtrisent comme personne l'Ayurveda (médecine indienne), la lettre de motivation, l'Espagnol... ou encore, ils sont bricoleurs, mais pas seulement du dimanche! Ils sont aussi pros des allés-retours en voiture, porteurs de course, conteurs dans les hôpitaux, donnent leurs légumes du jardin... et ils sont peut-être... près de chez vous!           

Echanger, mais pas troquer !

Au sein des SEL, on ne rend pas les coups ou en tout cas, pas forcément à la personne qui nous les a donnés: " Dans le SEL, la réciprocité se fait, non pas avec la personne qui nous a donné, mais avec toute la communauté, explique l’ASBL SEL, en charge des diverses communautés. Une chose est sûre, le SEL n’est pas un système de troc de services ou de biens, comme cela est parfois présenté erronément. Dans un système de troc, il faudrait que les personnes aient deux à deux, au même moment, des services ou biens de même valeur et mutuellement intéressants à s’échanger, ce qui limiterait grandement la diversité et le nombre des échanges. "

Philippe Rapetti qui chapeaute depuis peu le SEL de Wigemont ajoute: "Le SEL, c'est avant tout une communauté qui favorise les relations et la coopération entre personnes. Les échanges se font sans aucune rémunération, il n'y a pas d'argent qui circule". En effet, les échanges sont enregistrés et mesurés par une unité de mesure commune se rapportant à la durée du service (1h, 2h, 4h...). L’utilisation d’une monnaie alternative est souvent d’application, mais n’est pas systématique. Chaque membre d’un SEL dispose d’un compte partant de zéro lorsque la personne rejoint la communauté. Lorsqu'il y a service donné ou reçu, les unités se mettent en marche : "un solde négatif marque la promesse d’un membre de rendre la pareille à la communauté, et à l’inverse, un solde positif est la promesse de la communauté à la lui rendre", explique l'ASBL SEL.

Pour la petite histoire...

Les SEL ont vu le jour essentiellement dans des pays capitalistes développés dont une partie de leur population s'est appauvrie au terme des Trente Glorieuses. Si ces systèmes d'échanges locaux ne sont pas neufs dans le paysage belge, leur origine à l'échelle mondiale l'est encore moins. En France, les SEL se créeront conjointement aux mouvements décroissants et contestataires hippies qui ont vivement animé les années 60. La critique de la "société de consommation" est incendiaire à l'époque et s'accompagne d'une rupture avec le système marchand et l'idéologie du travail établis. C'est une vaste révolte spontanée qui se met en marche, dirigée contre la société traditionnelle, le capitalisme, l'impérialisme et contre le pouvoir gaulliste en place, afin d'ériger une contre-société socialiste, faites de petites communautés. C’est en leur sein que se créent alors des monnaies parallèles qui permettent avant tout d'avoir une trace comptable des transactions.

Dans la foulée, c'est dans les années 70 que l'idée d'un "Réseau d'échanges de savoirs" émergent de l'esprit de Claire Héber-Suffrin, une institutrice française avec l'aide de son mari Marc. Confrontée aux difficultés d'apprentissage scolaire et de démotivation de ses élèves, elle réalise combien ces derniers détiennent des savoirs non reconnus par l'école. De cette constatation découle toute la philosophie des "Réseaux d'Echanges Réciproques de Savoirs": chacun sait quelque chose et chacun peut transmettre son savoir. Claire Héber-Suffrin donne la possibilité à ses élèves de transmettre leurs savoirs (danse, réparation de vélo, etc.) Une manière de redonner une certaine confiance en soi et l'envie d'apprendre et de valoriser leurs compétences personnelles, hors de celles attendues par le système scolaire. Ce sont bientôt quelque cinq-cents personnes, jeunes et moins jeunes, qui, entre 1971 et 1976, entreront dans cette danse du partage insufflée par l'institutrice.

Rejoindre ou créer un SEL près de chez vous

Vous avez envie d'aider ou vous avez tout simplement besoin d'un petit coup de main, cliquez sur la carte du réseau des SEL pour trouver les communautés présentes dans votre région.
Vous voulez apporter une aide plus pérenne et créer votre propre SEL? Toutes les infos sont ici!


 

Claire VANDAMME