Wavre 1300

Fermeture brutale des cabinets dentaires Santé et Participation pour cause de faillite: 6.000 patients brabançons sur le carreau

C’est un coup de tonnerre qui a retenti ce lundi dans le secteur des soins de santé en Brabant wallon.

L’ASBL Santé et Participation qui possédait sept cabinets dentaires dans la province (à Wavre, Louvain-la-Neuve, Jodoigne, Tubize, Braine-l'Alleud, Nivelles et Perwez) a été mise en faillite, à la surprise générale.

L’association avait déjà été confrontée à des difficultés financières dans le passé. Fin 2018, un plan de redressement l’avait timidement remise sur les rails. 2019 s’était achevée sur un léger boni, mais tout s’est effondré en 2020. La suspension des activités pendant le premier confinement et les nombreuses annulations de rendez-vous dans les mois qui ont suivi ont fait plonger les recettes: 1,2 millions d’euros en moins par rapport à l’année précédente.

"Avec des charges constantes et des recettes en chute, on a eu un gros déséquilibre à partir du mois de mars, explique Jean-François Fortemps, administrateur. Puis quand l’activité a pu reprendre quelques semaines plus tard, nos volumes de consultations ont fortement diminué. Ensuite la deuxième vague est arrivée, elle nous a fait encore plus mal. On a aussi eu des annulations en raison d’absences chez nos prestataires et au sein de notre personnel."

Et le prêt octroyé par la mutualité chrétienne du Brabant wallon après la première vague n’y a pas changé grand-chose.

"On voulait à tout prix éviter ça. Malheureusement, la situation n’a fait qu’empirer. On s’est retrouvé fin novembre début décembre avec des chiffres catastrophiques. On a fait appel à des experts qui nous ont dit qu’on commençait à jouer à un jeu dangereux à vouloir maintenir une activité gravement déficitaire."

Une gestion financière pas assez transparente?

Cette faillite brutale reste en travers de la gorge de la vingtaine de dentistes qui travaillaient pour l’ASBL. Outre le fait que les trois derniers mois prestés ne leur ont pas été payés (ils figurent donc parmi les créanciers), ils s’interrogent sur la gestion financière de l’association. "Elle manquait de transparence", nous confie l’un d’eux. Ce dentiste, qui préfère rester anonyme, nous dit avoir bondi en entendant les justifications de la direction. Selon lui, les carnets de rendez-vous étaient bien remplis. Il se demande aussi pourquoi l’association a récemment investi dans du matériel coûteux alors qu’elle était déjà en difficulté.

Pour l’heure, les dentistes s’en remettent au curateur, mais ils n’excluent pas d’intenter une action en justice.

De leur côté, les 21 employées se disent choquées. Elles ne comprennent pas ce qui leur tombe sur la tête.

"Humainement, c’est très difficile à vivre, raconte Valérie Minne, responsable de la logistique des centres dentaires et déléguée syndicale. En plus, on est dans une drôle de période, parce qu’on ne peut pas se rencontrer. Tout se fait par téléphone ou par visio-conférence. Les collègues, c’est notre deuxième famille. Et on ne retravaillera plus jamais ensemble."

Quel suivi médical pour les patients?

Enfin, que dire aux quelque 6.000 patients qui se retrouvent dans l’embarras du jour au lendemain? Ceux qui avaient payé des acomptes pour des traitements à venir reverront-ils leur argent? Et surtout, qui va les soigner dorénavant?

"Pour notre patientèle, l’enjeu de la continuité des soins est énorme, poursuit Jean-François Fortemps. Le souci, c’est qu’on ne peut pas s’avancer. On aurait bien aimé pouvoir envoyer notre patientèle vers tel service de dentisterie qui travaille aussi avec des tarifs conventionnés. Ou lui dire que tel prestataire compte reprendre sa patientèle à son cabinet privé ou qu’un autre va créer une ASBL pour reprendre sa patientèle. Mais ce n’est pas dans nos mains, c’est au curateur de voir ce qui est possible. Il va contacter les créanciers et les prestataires pour voir quelles sont leurs intentions. Et j’ose espérer que le curateur va informer nos patients sur les alternatives qui s’offrent à eux."

Hugues Van Peel

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