Ganshoren 1083

Le cri du coeur du Théâtre l'Improviste: "Notre seule faute est de ne rien coûter, en temps normal, au contribuable"

Depuis 7 mois et demi, les théâtres non subventionnés doivent faire face à la crise seuls. Ils n'ont en effet pas droit aux aides financières de la part du gouvernement. Aujourd'hui, les directeurs du théâtre l'Improviste, Patrick Spadrille, Laurent Cadet et Laurent Van der Rest expriment leur incompréhension et leur ras-lebol.

Comme de nombreux secteurs, celui de la culture est touché de plein fouet par la crise du covid. Pendant le confinement, les salles de spectacle ont dû rester fermées de longs mois. A leur réouverture, elles ont dû revoir leur jauge à la baisse. Pour faire face à ce manque de rentabilité le gouvernement prévoit des aides, sauf qu'elles ne concernent que les acteurs culturels subventionnés.

Le théâtre l'Improviste est installé depuis deux ans à Forest. Il s'agit d'un théâtre indépendant, qui propose habituellement plus de 350 représentations par an, dédiées entièrement à l'improvisation. Il s'agit d'un lieu unique en Belgique. Depuis le début de la crise du covid, les directeurs de l'Improviste doivent rivaliser d'inventivité pour à la fois tenter de respecter les mesures gouvernementales et à la fois faire rentrer des sous dans la caisse. Aujourd'hui, ses directeurs poussent un coup de gueule et expliquent se sentir totalement abandonnés par le gouvernement: "Le théâtre l’Improviste a fait le choix de l’indépendance. Cette démarche a permis l’arrivée il y a 2 ans sur le paysage culturel bruxellois d’une nouvelle proposition culturelle. Cette richesse culturelle du pays ne coûte pas un centime au contribuable et rapporte au gouvernement de nouvelles recettes de taxes.

Ce que Patrick Spadrille, Laurent Cadet et Laurent Van der Rest reprochent, c'est que les aides accordées au secteur culturel ne concernent que les lieux subsidiés. Les directeurs de l'Improviste ont l'impression d'être "punis" d'avoir fait le choix de l'indépendance. "Nous ne comprenons pas la raison de conditionner l’octroi d’aide à une quelconque reconnaissance du ministère de la culture. Notre théâtre répond à toutes les conditions légales pour exister en tant que tel. Plutôt que d’encourager cette initiative indépendante qui semble indiquer une saine gestion économique, nous en voici punis."

Avec une jauge réduite à 50%, l'Improviste ne peut accueillir que 33 spectateurs par représentation, difficile d'être rentable surtout quand les spectateurs font frileux à l'idée de retourner dans une salle de spectacle. "On a fait le calcul, par rapport à l'année dernière, on a perdu 60% de notre public. Les gens ont peur de retourner au théâtre. En plus de la peur, il y a aussi le manque de visibilité. Nous avons dû couper dans le budget promo car les affiches et les programmes papier, ça coûte cher. Cela a un impacte direct sur la fréquentation du théâtre, c'est un cercle vicieux sans fin" explique Patrick Spadrille. 

Les directeurs de l'Improviste ont cru voir une lueur d'espoir le 1er octobre dernier, lorsque la Ministre de la Cculture a annoncé une nouvelle salve d’aides pour compenser les pertes de billetterie des salles de spectacles. A nouveau, cette aide a été réservée exclusivement aux salles de spectacles subsidiées, dont ne fait pas partie l'Improviste. Un nouveau coup dur pour ses directeurs. "Nous avons pris contact avec le cabinet de Madame la Ministre, Bénédicte Linard, afin de leur faire part de notre situation et de notre besoin d’aide au même titre que tous les opérateurs culturels impactés par cette crise. On nous a refusé, une fois de plus, cette aide pour la seule raison que nous n’étions pas subsidiés." A la place, le cabinet leur a proposé de faire une demande d'aide auprès de la Loterie Nationale. "Outre le fait qu'une demande de ce genre est longue, fastidieuse et sans garantie d'aboutir, nous refusons de perdre notre indépendance. C'est un choix et un droit!"

Les directeurs de l'Improviste sont très inquiets pour le lieu culturel: "Dans ces conditions nous ne savons très honnêtement pas combien de temps nous allons pouvoir tenir encore. C'est devenu impossible de se projeter. Chaque semaine, il y a un changement à opérer, cela entraîne en plus du stress, une surcharge de travail énorme sans rien rapporter financièrement. Sans aides, ce n'est pas tenable." Si ce lieu devait venir à fermer, c'est une offre culturelle unique en Belgique qui serait amenée à disparaître. 

M.J.