Ganshoren 1083

Ganshoren: des logements communaux loués une centaine d'euros par mois depuis plusieurs années

108,68 euros par mois pour une maison de 100 mètres carrés avec jardin dans le quartier Vanderveken.

Ou encore : 121,09 euros mensuels pour une demeure de mêmes dimensions dans le quartier Vervaeck. Très clairement, il s’agit de loyers en deçà de la moyenne des prix du marché. Pourtant, ces deux habitations situées à Ganshoren sont des biens publics, gérés par la commune.

La RTBF a pu obtenir le cadastre des loyers des propriétés communales ganshorenoises. Il laisse apparaître une situation qui met dans l’embarras le collège actuel et les précédents gestionnaires : ProGanshoren (cdH) du bourgmestre Pierre Kompany, mais également le MR des anciens bourgmestres Hervé Gillard et Robert Genard ou encore le PS de l’ex-mayeure Michèle Carthé. Ces tarifs sont d’application depuis de nombreuses années, au moment où ces différentes formations ont parfois géré ensemble la commune.

Car il n’y a pas que les deux maisons à moins de 150 euros par mois qui posent questions. Le cadastre indique par exemple que le club de football du FC Ganshoren (ne) paie (que) 696,73 euros par mois pour louer son terrain d’un hectare, une cafétéria avec cuisine full équipée et des vestiaires. Le Royal Charles Quint Tennis Club a, pour sa part, bénéficié d’une gratuité pour les années 2016, 2017 et 2018. En matière de logements, un appartement communal de 80 mètres carrés est loué pour 380,21 euros par mois quand la moyenne du marché atteint les 850/900 euros par mois.

Petits arrangements entre amis

Pour le groupe Ecolo-Groen, ces informations font état d’une "mauvaise gestion" des biens communaux. "Ce sont des montants surprenants et choquants. Et en même temps ce n’est pas si surprenant", réagit Marie Fontaine, cheffe de groupe Ecolo-Groen. "Nous avons déjà évoqué auprès du collège à plusieurs reprises la nécessité d’avoir une transparence sur les propriétés communales, sur leur affection, les conditions de leurs affectations… Ces chiffres confirment ce que nous craignons. J’attends les explications du collège. Mais j’ai bien peur que tout cela ne soit que le fruit d’une politique de petits arrangements entre amis, qui ne devraient plus avoir lieu depuis longtemps dans notre commune."

"Que fait le collège actuel en matière de bonne gouvernance ?", s’interroge Marie Fontaine. "Il est temps que les cadavres soient déterrés et que les pratiques politiques soient assainies. Nous ne sommes pas convaincues qu’il y a une véritable reconversion de l’ensemble du collège vers une pratique politique saine en matière de bonne gouvernance et de transparence."

Ce qu’Ecolo demande désormais, "c’est que le collège nous explique comment ces montants ont été fixés, depuis combien d’années et quels ont été les critères d’attribution. Il y a une nécessité de transparence vis-à-vis de nos concitoyens concernant ces propriétés communales publiques fondamentales pour la santé financière de notre commune." Les Verts souhaitent également savoir si d’autres propriétés communales n’ont pas échappé à l’inventaire actuel. Le conseil communal Ecolo-Groen Kalvin Soiresse interpellera d’ailleurs le collège le 19 septembre prochain lors du conseil communal.

La commune reconnaît un héritage du passé

Jean-Paul Van Laethem (ProGanshoren), futur bourgmestre, est actuellement en charge du Logement. Il admet : "Cette situation est un héritage du passé remontant à plus de 20 ans. L'attribution de ces logements était géré par les Travaux publics. Mais nous n’allons pas laisser en l’état. Nous tentons d’ailleurs déjà d’y mettre fin depuis le début de l’année 2018." L'an dernier, détaille l’échevin, la commune décide de mettre en place un règlement quant à l’attribution des logements communaux. "Nous en avons moins de cinq. Mais c’est une obligation régionale. Nous avons mis en place une commission d’attribution, sans participation de politiques. Et lors du prochain conseil communal, nous adopterons le deuxième volet de notre réforme : la mise en place des critères d’attribution et d’une grille tarifaire calquée sur celle de la Région bruxelloise."

Que se passera-t-il avec les locataires actuels des biens concernés, qui les occupent d’ailleurs depuis la fin des années 90 ? "Ceux dont le bail locatif se termine recevront un renom respectant le délai légal. Nous leur indiquerons également qu’ils ont la possibilité de s’inscrire dans le cadre de l’attribution d’un logement communal."

Quant au cas du terrain de football du FC Ganshoren, l’échevin préfère ne pas le lier à celui du logement. "Oui, le prix ne correspond pas. Mais il faut voir au-delà. Derrière, il y a aussi une volonté communale en termes de politique sportive et de jeunesse. Le club accueille, il faut le rappeler, 300 jeunes. De plus, la location du terrain et des installations fait l’objet d’une convention en bonnes et dues formes, votée au conseil communal, en toute transparence."

 

Karim Fadoul

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