Molenbeek-Saint-Jean 1080

"Molenbeek s'est imposée comme l'enclave européenne par excellence du jihadisme", selon un livre

Bruxelles et Molenbeek ont bien joué un rôle-clé dans la radicalisation des auteurs des attentats de Paris et de Bruxelles, ainsi que dans la radicalisation de nombreux autres jihadistes ces dernières années, surtout belges et français.

C'est un nouveau livre qui l'affirme : "Le jihadisme français" écrit par le Français Hugo Micheron. Une enquête de cinq ans au cours de laquelle l'auteur a interrogé 80 jihadistes, notamment dans des prisons.  


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Hugo Micheron tente de comprendre comment des jeunes en sont arrivés à commettre des attentats ou sont partis combattre dans les rangs du groupe terroriste Etat islamique, en Syrie et en Irak. 

L'organisation de l'islam en Belgique

Et selon lui, dans nombre de cas, Molenbeek a eu un rôle important. Il écrit même dans son ouvrage que donc "Molenbeek s'est imposée comme l'enclave européenne par excellence du jihadisme". L'islam radical y a été notamment favorisé par des imams venus d'Arabie saoudite.

L'auteur explique d'abord que, après les grandes vagues d'immigrations marocaines et turques de la fin des années 60, notre pays a laissé un peu l'organisation de l'islam chez nous à l'Arabie saoudite. Ce pays a notamment pu gérer et coordonner la Grande mosquée de Bruxelles au Cinquantenaire. Or, l'Arabie Saoudite est aussi le terreau d'un islam plus fondamentaliste, appelé wahhabisme. Pendant des décennies, certains imams bruxellois ont ainsi pu propager un islam plus radical, notamment à Molenbeek. On trouvait aussi à Bruxelles des publications fondamentalistes traduites en français qu'on ne trouvait pas ailleurs. Cela a attiré des jeunes en voie de radicalisation de France ou encore de Suisse. Ils vont trouver à Molenbeek une véritable communauté, selon l'auteur. De quoi encore renforcer leurs convictions et donc leur radicalisme. Ces jeunes vont ensuite eux-mêmes en convaincre d'autres et les pousser à se radicaliser via une sorte d'effet boule de neige. 

Des pistes pour ne pas reproduire aujourd'hui les erreurs du passé

Aujourd'hui, à l'heure où se pose notamment la question du retour des combattants de l'Etat islamique, l'auteur préconise de mettre en place un grand plan d'action. Il écrit qu'il faut désormais absolument éviter de regrouper les jihadistes ensemble en prison, parce que cela ne fait qu'accentuer le problème. L'exemple des prisons en France ces dernières années l'a prouvé.

Il faudrait aussi encadrer davantage les jeunes pour éviter qu'ils soient happés par ces réseaux. Tant en France qu'en Belgique, l'auteur estime que les gouvernements ont été trop dans le déni ces dernières années face à la radicalisation. Or, les jihadistes et les recruteurs jihadistes, eux, seraient toujours actifs. Certains d'entre eux, rencontrés par Hugo Micheron, affirment faire un peu le même "travail" que des éducateurs de quartier auprès des jeunes. Mais pas avec le but de les intégrer dans la société, plutôt de les en faire sortir, pour ensuite les réintégrer dans l'univers du fondamentalisme religieux. 

Pour l'auteur, la menace que représente le radicalisme est toujours bien là. Et les gouvernements, ainsi que la société dans son ensemble, doivent enfin agir à long terme (10 ou 20 ans) et en y mettant les moyens. 

En version plus détaillée

Pour en savoir plus sur les conclusions de l'auteur et le rôle de Bruxelles et Molenbeek dans la radicalisation de nombreux jeunes ces dernières années, nous vous proposons d'écouter cet entretien réalisé par téléphone avec l'auteur. 

Bruno Schmitz

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