Anderlecht 1070

Un jeune styliste en route pour New York - la Belge histoire dans 7 à la Une

La Belge histoire de ce samedi dans 7 à la Une nous emmène à la rencontre de Charly Nzogang.

À 28 ans, ce jeune styliste fraîchement diplômé à la Haute École Francisco Ferrer va vivre une expérience extraordinaire: présenter sa collection à la Fashion Week de New York le 9 février prochain. Nous l'avons accompagné dans ses derniers préparatifs avant le grand départ.

Atelier à la maison

L'appartement familial, au 4ème étage d'une tour d'habitation dans un quartier populaire d'Anderlecht, s'est transformé en atelier de coiffure, de maquillage, et de couture. Bracelet à épingles au poignet, tissu entre les mains, Charly met la touche finale à une de ses créations sur la table de la salle à manger.

"C'est la dernière robe, pour moi c'est la robe de la mariée, on appelle ça comme ça la robe finale, précise-t-il. Je l'avais presque terminée hier et je comptais revenir la terminer le matin, mais le programme ne me l'a pas permis donc là je vais la terminer pour les capsules vidéos".

Sélectionné parmi 8.000 stylistes

Entouré de ses mannequins, Charly se prépare à tourner une vidéo de sa dernière collection. Ce jeune styliste s'envolera ce dimanche pour New York où il participera à la Fashion Week, le rêve de tout styliste. Bientôt, ce seront ses créations qui seront montrées devant un parterre de journalistes et d'influenceurs, dans une des capitales de la mode.

Le Belge a été sélectionné parmi 8.000 designers du monde entier par des chasseurs de talents londoniens, l'Oxford Fashion Studio. Un honneur pour lui, mais aussi pour la première femme de sa vie, sa maman.

"J'en reviens pas, j'en reviens pas, répète Sylvie, qui a encore du mal à se rendre compte de ce qui arrive à son fils. Je suis très fière, c'est l'extase. Mais jusque-là je me dis, est-ce que c'est vrai? C'est mon fils? Je me pose toujours la question de savoir est-ce que c'est vraiment mon fils?"

2 ans d'arrêt pour s'occuper de sa famille

Sylvie est d'autant plus fière de son fils qu'il a arrêté ses études pendant deux ans pour s'occuper d'elle pendant une longue maladie. Charly s'est aussi dévoué pour ses trois petits frères, un choix qu'il ne regrette pas.

"Aujourd'hui je ne le considère pas comme un sacrifice, je me dis que c'est un devoir, nous confie-t-il. C'est mon devoir en tant qu'aîné de la famille. C'était une chose que je devais faire. J'ai la meilleure place et la mauvaise place, donc il fallait que j'assume".

Tenir le rythme

Alors aujourd'hui, conscient de l'énorme opportunité que constitue un défilé à New York, Charly travaille sans compter. Il a dû créer six nouvelles tenues pour l'occasion.

"C'est un rythme qu'il faut tenir. Il faut accepter de tenir ce rythme-là, admet-il, mais je pense que l'école nous a déjà assez rodé pour tenir ce rythme-là. Parce que je pense que la mission de l'école c'est de nous montrer à quel point c'est difficile".

L'école, sa deuxième famille

Il faut dire que Charly vient tout juste d'être diplômé à la Haute École Francisco Ferrer en plein centre de Bruxelles. Cette institution est pour lui comme une deuxième maison. Il y retrouve régulièrement sa deuxième famille: des enseignants comme Emanuele Pirson qui continuent à le suivre et à le soutenir.

Après des débuts difficiles, le jeune styliste a le déclic lors de son travail de fin d'étude. Son talent explose et ses créations qui subliment la femme telle une héroïne impressionnent tout le monde.

"Charly c'est une force tranquille, une main de fer dans un gant de velours, explique Emanuele Pirson, coordinatrice de la section styliste-modéliste. Il n'est pas très organisé, mais il est vraiment passionné, très sensible. C'est quelqu'un de méritant et qui a vraiment bossé pour en arriver où il est arrivé. Tout ce qui se passe maintenant, tout ce qui lui 'tombe' dessus comme il le définit et puis son explosion en fin de parcours, je pense que c'est la meilleure récompense qui puisse lui arriver, il l'a vraiment mérité!"

Humilité

Des compliments qui comblent cet ancien élève sur qui personne ne misait au départ. Mais Charly reste les pieds sur terre.

"Je vois d'autres étudiants actuellement qui me disent 'tu nous inspire'. Je me dis wouaw ok... À quel moment est-ce que je vous inspire? Parce que pour moi, je suis au même niveau que vous en fait! Donc quand vous venez me dire je vous inspire, je ne sais pas où me mettre", raconte Charly.

Notre talentueux styliste sait que rien n'est gagné d'avance. Alors avant de décoller pour les États-Unis, il tient à régler tous les détails. Dans une maison de maître non loin du Botanique, il retrouve Tanaysha Mavuela, sa chorégraphe. Elle l'aide à préparer le défilé New-Yorkais.

Chorégraphie et imprévus

"Il fallait à tout prix que les mannequins sur place puissent répéter avant que j'arrive, sinon ils se retrouvent bloqués, précise le jeune styliste. Donc ils m'ont dit il faut qu'on évite que ce soit brouillon, il faut que vous fassiez une chorégraphie pour nous envoyer qu'on puisse avancer avant votre arrivée". Un détail de plus à régler et à intercaler dans un programme déjà bien chargé.

Et comme toute nouvelle aventure, notre jeune styliste doit aussi gérer les imprévus comme les désistements de dernière minute. Ce jour-là, un mannequin vient de se désister pour la vidéo.

"Ce sont des choses qui arrivent, constate Charly. Je dois trouver des remplaçantes pour les remplaçantes et c'est compliqué. Surtout que dans ma tête j'avais déjà fait tout un scénario, tout un planning et donc je dois tout recommencer. C'est dérangeant, mais bon c'est normal, c'est ça qui fait le fun de ce métier en fait".

S'imposer, malgré les stéréotypes

Ses tenues, elles, sont bel et bien prêtes pour le défilé. On y retrouve les influences africaine, japonaise ou architecturale... Toutes ces cultures qui font l’identité de Charly et qu'il a réussi à imposer.

"Dans la communauté afro, on a beaucoup de stéréotypes, précise-t-il. Le noir qui fait du stylisme, il est forcément gai. J'ai appris à accepter ces remarques, parce qu'en étant dans le milieu artistique, j'ai eu une ouverture d'esprit. J'ai appris à en rire, ça ne me blesse plus et j'essaye de m'entourer du maximum de personnes avec qui j'ai des atomes crochus".

Pour notre brillant styliste au grand cœur, la Fashion Week de New York est une chance formidable, mais il sait qu'il reste du travail. Dès son retour, il prévoit d'ouvrir son atelier et de développer sa propre marque, pour transformer cette opportunité en vrai succès.

Sarah Heinderyckx

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