Ville de Bruxelles 1000

"Une jeune fille se faisait insulter dans le tram à Bruxelles, dans l'indifférence totale"

"Intervenir dans le tram pour défendre une jeune fille qui se faisait insulter par deux ignobles gars de p…, ta mère la p…, et d’injures ignobles sous-entendant le viol… dans l’indifférence totale des passagers.

"Intervenir dans le tram pour défendre une jeune fille qui se faisait insulter par deux ignobles gars de p…, ta mère la p…, et d’injures ignobles sous-entendant le viol… dans l’indifférence totale des passagers. Mon sang n’a fait qu’un tour."

C’est une triste scène de la vie courante, l’histoire d’une agression verbale dans les transports en commun bruxellois. Elle se déroule dans le tram 3 qui traverse le centre-ville. Elle est racontée sur Facebook par une mandataire publique, l’échevine Ecolo à la Ville de Bruxelles Zoubida Jellab, comme un coup de gueule face à l’indifférence des témoins de ce genre de scène. D’autant qu’ici, la victime est une jeune femme.

Il est 18h30, ce mercredi 12 février. L’élu en charge des Espaces verts monte dans le tram 3, à la station Bourse, direction Laeken. Le véhicule est bondé à cette heure-là. "Je monte dans le tram et j’entends du bruit, une altercation. Là, je vois des jeunes, presque la trentaine, qui s’en prennent verbalement à une jeune femme. Elle est accompagnée. Mais elle se fait copieusement insulter: sale p…, ta mère la p… !", nous raconte Zoubida Jellab, au lendemain de son post sur les réseaux sociaux. "Alors, elle ne se laisse pas faire, elle répond du tac au tac. Mais elle en tremble. Les deux hommes lui tenaient des propos particulièrement orduriers. Ils tiennent des propos qui sous-entendent le viol. Ça crie, ça hurle. C’est hallucinant."

Les deux hommes jouissaient d’une toute-puissance

Que s’est-il passé auparavant ? Quelle est la genèse de l’embrouille ? Zoubida Jellab l’ignore. Elle s’assied puis se ravise rapidement. Celle qui est mère de famille bondit. "Je ne sais pas pourquoi : j’ai pété un câble. Personne ne réagissait. Les gens assistaient à la scène sans broncher. Je me suis alors levée et je me suis lâchée sur les deux hommes. Je leur ai dit que c’était scandaleux, que leur langage était ordurier. Je voulais que d’autres interviennent, que le conducteur intervienne. Mais rien ! Les deux hommes jouissaient d’une toute-puissance. Et puis les propos étaient tellement violents que cela pouvait basculer dans la violence physique. J’étais bouleversée."

Les deux hommes ne se laissent pas faire non plus et insultent l’échevine, lui disent de "dégager". "Ils disent qu’ils vont me cracher au visage", poursuit Zoubida Jellab qui voit alors les assaillants débarquer. Le ton redescend dans le tram. Le voyage reprend. "Sur le moment, j’étais tellement dans la brume que j’en ai perdu ma petite mallette avec mon ordinateur, moi qui n’ai jamais rien perdu de ma vie", ajoute celle qui descend près du canal.

Comment réagir sans prendre de risque ?

Mais cette perte n’est rien, ajoute l’échevine, face à la violence de la scène et la passivité des usagers. Elle veut ouvrir un débat. "J’ignore ce qui s’est passé avant que je ne monte, si les insultes avaient commencé bien avant, qui a commencé. Ce qui est sûr, c’est que les protagonistes ne se connaissaient pas." L’écologiste n’accuse personne "mais la question que je me pose, c’est comment intervenir quand on est nombreux à assister à une scène de la sorte pour que le ton baisse ? Les gens ont peur, je le comprends. Cela peut partir en vrille. Mais ne devrions-nous pas agir tous ensemble ? Hurler tous ensemble pour que ceux qui se rendent coupables d’agressions verbales se taisent ? Nous ne sommes pas dans la rue, mais dans un lieu confiné. Quelles techniques adopter ? Quels mots utiliser ? Comment se protéger face à cela ? La violence existe partout. Mais ce qui me frappe, c’est qu’une jeune femme, qu’elle se trouve tard le soir dans une station ou entourée dans un tram, est toujours seule. Comment trouve-t-on du secours ? Dans le tram, tout s’est arrêté quand les deux individus sont descendus. Mais qui sait, cela aurait pu durer plus longtemps."

Une problématique générale de société

La balle est-elle dans le camp de la STIB ? Zoubida Jellab souhaiterait que la société des transports en commun prodigue des conseils. Cindy Arents, porte-parole de la société, rappelle qu’il s’agit là "d’une problématique générale de société. Ce fait aurait pu se produire dans la rue ou dans un centre commercial. Ce n’est pas propre aux transports publics."

La STIB rappelle les mesures mises en place. Tout d’abord, le personnel de sécurité. Celui-ci est présent dans les stations, aux arrêts, dans les véhicules. "Nos agents ne peuvent pas être présents partout. Mais il existe notre ligne 1707 pour signaler tout problème sur notre réseau." Objet suspect, comportement problématique, altercations et même agressions. "Comment faire en sorte que les gens réagissent ? On peut appeler le 1707. On arrive à un call-center qui en fonction de la situation dispatchera. Les usagers peuvent alerter le conducteur qui appelle nos services de sécurité. Devant des situations plus graves, nous invitons les usagers à contacter directement la police. Ce sera toujours la solution la plus rapide."

Comment Monsieur et Madame Tout le monde doivent réagir à chaud lorsqu’il est confronté à une situation délicate ? La STIB n’a pas de conseils à délivrer par rapport aux transports publics qui seraient différents du reste de l’espace public. "Nous avons du personnel sur le terrain, il ne faut pas hésiter à l’interpeller."

Dans le cas survenu mercredi dans le tram 3, la STIB se dit prête à fournir les images des caméras à bord du véhicule "si une plainte est déposée et si la police demande les images".

Harcèlement sexiste : 90% des filles se disent concernées

En 2018, la STIB a mené une campagne en partenariat avec Plan International Belgique autour du thème du harcèlement. "En Belgique, 90% des filles ont indiqué avoir déjà subi des formes de harcèlement dans un lieu public ou dans les transports en commun", rappelle Plan International. Lancer des remarques à caractère sexuel, même dans une situation conflictuelle, s’apparente à du harcèlement sexiste écrit Plan sur son site Internet. L’organisation délivre également une série de conseils et de réactions à adopter : détourner l’attention, s’adresser au harceleur, attendre mais aussi impliquer d’autres. "Essaie, quand c’est possible, d’impliquer d’autres personnes. Par exemple : adresse-toi à un.e responsable, comme un.e chauffeur de bus, le/la ba

Le post de Zoubida Jellab a en tous les cas fait réagir sur les réseaux sociaux, certains racontant avoir vécu une situation similaire. "J’étais intervenu un jour dans un tram où une femme enceinte se faisait frapper par son mari jusqu’à ce que la police arrive", écrit un internaute. "Il y a même pas un mois, je m’interposais entre deux hommes et des jeunes filles dans le bus et sous les regards bêtes des passagers", raconte un autre. "Moi-même, ça m’est arrivé et je me suis interposée entre le mec et la jeune fille. Car on est dans l’urgence et l’indifférence des passants et puis aussi entendre la police vous dire que vous n’avez pas le droit de faire des photos ou des vidéos de gens sans leur autorisation même si vous ne publiez pas…", ajoute un autre commentaire.

Une victime de harcèlement raconte : "Rien ne va, quand tu es seule le soir sur leurs quais à 22h à De Brouckère et tu as le gros lourd qui arrive, on se sent piégées. Histoire vécue. Le mec qui vient s’asseoir à côté de toi dans le bus et te susurre des dégueulasseries parce que tu ne lui réponds pas. C’est toi qui bouge, ce connard reste. Que faire de plus à part gueuler dans le bus ou le tram pour attirer l’attention et les gens avec leurs yeux ???? ça m’énerve !"

K. F.

Retrouvez l'article original sur RTBF