Ville de Bruxelles 1000

Une entreprise basée dans une maison bruxelloise plus forte que Shazam

C’est un peu la Mecque des geeks, le temple des nouvelles technologies.

Chaque année, Amsterdam accueille le gratin de l’industrie des médias et de l’innovation technologique. C’est le salon IBC, le plus grand du genre en Europe avec près de 60.000 visiteurs qui défilent pendant cinq jours entre quelque 1700 exposants. On y trouve ce qui se fait de mieux en matière de caméras, les dernières révolutions du son, du ralenti, de l'éclairage, de la diffusion. Et dans ce domaine pointu, Bruxelles est loin d’être à la traîne.

Mieux que la technologie qui appartient à Apple

Premier exemple via OPNS. Un nom a priori pas des plus glamour et sexy, tout comme le bâtiment à deux pas de la gare du Midi qui abrite les quelque trente travailleurs de cette petite entreprise fondée par Marc Boitel et exclusivement basée sur le numérique. "Nous sommes presque invisibles si vous passez devant chez nous dans la rue", explique le patron. "Parce que presque toutes nos affaires se font en ligne, avec la plupart du temps des clients étrangers".

Et pourtant, OPNS est un fleuron. Potentiellement un leader mondial dans son domaine. Marc Boitel et son équipe ont réussi à développer une technologie capable de reconnaître la station radio que vous écoutez ou encore un spot publicitaire spécifique, et cela à plusieurs dizaines de mètres de distance (en tout cas si l’environnement sonore est assez calme). Tout cela en passant par leur nouvelle application "SoundID" à télécharger sur votre Smartphone. Une technologie plus forte que le célèbre logiciel Shazam (racheté il y a quelques années par Apple). Shazam que vous avez sans doute déjà utilisé pour reconnaître une chanson qui passe à la radio et dont vous ne parvenez pas à retrouver le nom. "Shazam a un taux de reconnaissance et donc de réussite d’environ 80%", affirme Marc Boitel. "Nous, on approche les 100%. Je ne peux pas vous révéler nos secrets, mais on est même capable de reconnaître quelle station de radio ou quelle chaîne de télé est écoutée. On se base en fait sur le programme diffusé à l’instant précis où l’écoute se fait, que ce soit une chanson, une publicité ou un jingle. Non seulement la reconnaissance est très très efficace chez nous, mais on combine cela avec les programmes connus de chaque chaîne de radio et télé au monde. Il y a en effet très peu de chances que deux programmes diffusent exactement la même pub ou la même musique au même centième de seconde".

De quoi devenir potentiellement la nouvelle terreur en matière d’audimat. Plus besoin de devoir passer par des enquêtes ou des carnets d’écoute fastidieux et pas toujours précis. Ici, on parviendra à dire qui a écouté quoi au centième de seconde près. Et comme le système se base sur le téléchargement volontaire d’une application sur son GSM, la transmission de ces données se fait en temps réel et sur base des caractéristiques précises du propriétaire (sexe, age, lieu de vie et lieux d’écoute). Bref, une source potentiellement hyperfiable que la PME bruxelloise lance lors de ce salon IBC à Amsterdam et qu’elle espère vendre à des milliers de clients de par le monde.

L’éclairage léger, économique et pourtant adapté au cinéma

Sur un autre stand de ce salon, on retrouve une autre société bruxelloise dont le nom ne vous dit sans doute rien. Avalon propose, elle, des éclairages leds pour les studios de télé ou de cinéma. Mais pas n’importe lesquels. "En fait, nous n’avons qu’une poignée de modèles différents. Mais ils suffisent amplement", confie le fondateur Bruno Verstraete. "L’histoire est simple. Je suis éclairagiste et j’ai travaillé sur tous les films de Jaco Van Dormael et Benoît Mariage, notamment. Mais il y a quelques années, j’ai commencé à avoir mal au dos et je me suis dit qu’il fallait que je développe quelque chose qui m’éviterait de devoir déplacer des spots de plusieurs dizaines de kilos plusieurs fois par jour sur des plateaux de tournage. Et voilà".

Aujourd’hui, Bruno propose des spots dont le plus lourd fait… 3,6 kilos ! Et il l’affirme : "Il peut tout faire. Ce spot contient en fait toutes les couleurs qu’on peut régler à distance via une palette de couleurs disponible sur une simple tablette informatique. Ensuite, on peut jouer sur la puissance, le contraste. Pour donner des effets, on a aussi développé des petits éléments en tissus à ajouter devant le spot. C’est du tout en un. On ouvre la boîte, on déplie le spot et il est prêt à l’emploi."

Une technologie qu’on pourrait qualifier d’Ikéa de l’éclairage audiovisuel. " Nous avons même été jusqu’à réduire le nombre de vis pour faciliter les choses. Il n’y a que deux modèles en tout et pour tout sur nos spots, une petite et une grande". Le succès grandit chaque année, à la fois dans le milieu du cinéma et celui de la télévision. Pourtant, personne ou presque ne connaît Avalon à Bruxelles et en Belgique. "C’est donc dans un salon comme celui-ci qu’on doit venir chercher nos futurs clients. Par contre, on doit aussi faire attention à la contrefaçon. Nous produisons nos spots à Bruxelles. Du coup, si on nous vole cette technologie pour la produire à moindre coût dans un pays à la main-d’œuvre beaucoup moins chère, cela va devenir très risqué".

Un atelier logé… au rez-de-chaussée de son habitation

D’autres bruxellois sont encore présents au salon, comme Olivier Tordeurs, qui a installé un atelier directement au rez-de-chaussée de son habitation, près de Mérode à Schaerbeek, et qui produit des valises sur mesure adaptées au transport de lentilles (très très coûteuses) de caméras. Ou encore Youssef Boujraf qui propose de sécuriser contre le piratage la transmission d’images envoyées à des médias depuis des lieux de reportages à l’étranger. Pour lui, aussi, l’entreprise est installée directement dans son habitation et est donc (presque) invisible de la rue. Toutes ces structures sont par la plateforme de développement économique de la région Hub.Brussels pour favoriser leur rayonnement à l'international. 

Toutes ces compagnies participent au secteur technologique et culturel qui représente tout de même 60.000 emplois à Bruxelles et environ 5% du total de l’activité économique de la Région. Un monde pas toujours très connu, mais bientôt mis en lumière à travers le futur Media Park qui s’installera autour de la RTBF et de la VRT dans le quartier Reyers à Schaerbeek. Un Media Park qui a pour ambition de devenir le plus grand du genre en Europe et qui comptera aussi des écoles de journalisme et de communication, des start-up, l’organisme bruxellois de soutien et de promotion de l’industrie cinématographique Screen.brussels, Sandbox qui est une sorte d'incubateur porté par la VRT et auquel la RTBF participe pour lancer de nouvelles technologies presque uniques au monde dans notre manière de faire ou d'écouter la radio par exemple, et d’autres acteurs encore. Un atout supplémentaire que Bruxelles va vendre pendant cinq jours lors de ce salon IBC, pour tenter d'attirer des entreprises internationales de pointe au Mediapark.brussels et avec pour objectif que, d’ici 5 à 10 ans, le nom de Bruxelles soit aussi connu comme capitale de l’innovation médiatique que comme capitale de la Belgique ou de l’Union européenne.

Bruno Schmitz

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