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Quelles conséquences politiques après l'exclusion d'Emir Kir du parti socialiste ?

Emir Kir est un poids lourd au sein du parti socialiste, et pas seulement à Saint-Josse où il a été réélu comme bourgmestre lors des dernières élections communales.

 Reste à voir à présent les conséquences éventuelles de cette exclusion du parti pour Emir Kir et pour le PS, à la commune de Saint-Josse, à la Chambre, voire du côté de la Région bruxelloise.

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Les conséquences au niveau communal

Difficile d’y voir clair pour le moment. Côté PS, aucun ténor ne s’exprime et Emir Kir, dans ses tweets de la nuit, n’a pas non plus dévoilé ses intentions. Il semble qu’il soit en train de compter ses forces.

A Saint-Josse, il pourrait rester en place comme bourgmestre, à condition de conserver un collège soudé autour de lui. Sa liste du Bourgmestre PS-Spa avait conservé la majorité absolue en 2018, ouverte au cdH sans que ce parti dispose d’échevin. Et cet après-midi, les élus socialistes de la Liste du Bourgmestre ont réaffirmé samedi leur soutien à Emir Kir.

Il pourrait d’autant plus s’accrocher qu’au niveau bruxellois qu’il n’existe pas de motion de méfiance pour déboulonner un bourgmestre comme en Wallonie.

"Donc, on pourrait se retrouver dans une situation tout à fait particulière où la commune est dirigée par quelqu’un qui n’a plus la confiance de sa majorité. Cela poserait vraiment des problèmes", explique Jean Faniel, politologue et directeur général du CRISP, le Centre de recherche et d’information socio-politiques.

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Mais ce n’est pas le seul scénario possible : "On pourrait avoir encore un autre scénario qui ne serait pas plus simple à résoudre. Ce serait un scénario où la majorité serait elle-même visée, avec des gens qui restent proches et fidèles à Emir Kir et d’autres, au contraire, qui disent : 'Nous sommes avant tout socialistes, il y a ici une décision du parti, nous devons la respecter et la faire appliquer'; en sachant aussi que cela pourrait aiguiser des appétits à l’intérieur et certains qui voudraient prendre la place du bourgmestre. Mais en l’état des règles qui existent au niveau communal en Région de Bruxelles-capitale, cela ne va vraiment pas être une équation simple à résoudre".

Les conséquences au niveau Fédéral

À la Chambre où il figure parmi les 20 députés socialistes, il pourrait rester et siéger comme indépendant, fort de ses 18.000 voix. Ce qui aurait un impact direct sur la formation du futur gouvernement fédéral : le problème est que si Emir Kir décide de rester député fédéral "le groupe PS à la Chambre va perdre un de ses membres", analyse Jean Faniel.

Ce qui veut dire que les 20 députés socialistes se réduiraient à 19. Or, parmi les hypothèses en vue de former un gouvernement fédéral, "une des formules qui a tenu la corde avant les vacances de Noël, c’était ce que l’on appelait l’arc-en-ciel avec les deux partis socialistes, les deux partis écologiques, les deux partis libéraux. Ce qui ferait une très courte majorité de 76 sièges sur 150 à la Chambre", poursuit le politologue. Mais si Emir Kir décide de siéger comme indépendant, "le groupe PS à la Chambre va perdre un de ses membres et donc cette majorité arc-en-ciel n’en serait même plus une. On savait qu’elle était difficile à atteindre. Cette fois-ci, elle deviendra quasiment impossible à atteindre puisqu’on serait plutôt à 75 sur 150, ce qui ne fait pas une majorité".

Les conséquences au niveau de la Région bruxelloise

Par ricochet, des questions pourraient se poser à la Région bruxelloise où le PS est le premier parti avec deux sièges d’avance sur Ecolo. Il ne faudrait pas que certains élus belgo-turcs manifestent leur grogne face à l’exclusion d’Emir Kir, menaçant la majorité du ministre-président Rudy Vervoort.

"Mais on n’en est pas là", explique le directeur général du CRISP, car cette exclusion du PS "peut peut-être avoir plutôt pour effet de faire passer l’envie à ceux qui le souhaiteraient peut-être de quitter le groupe socialiste dans la mesure où il faut bien se rappeler qu’en Belgique on est quand même dans une particratie. L’établissement des places sur les listes électorales est quelque chose qui est contrôlé par les instances du parti et qui permet d’avoir presque droit de vie ou de mort sur la carrière d’un élu. Et donc si un élu veut garder son siège, il a intérêt quand même à ne pas trop s’écarter de la ligne du parti".

Une exclusion à doubles tranchants pour le PS lui-même

Jean Faniel rappelle qu’Emir Kir "a été secrétaire d’Etat pendant pas mal d’années et on sait aussi que tout récemment le président du Parlement bruxellois, Rachid Madrane (qui a raté de peu la présidence de la Fédération bruxelloise du parti socialiste, donc un autre poids lourd), dans ses dernières déclarations, visaient plutôt à temporiser et si pas, à absoudre Emir kir […]. Il (Rachid Madrane, ndlr) ne souhaitait pas son éviction manifestement. Cela veut dire qu’Emir kir pourrait avoir encore des soutiens au sein du parti socialiste et que cela pourrait même accroître les divisions actuelles au sein du PS bruxellois".

"A l’inverse, la décision d’éviction d’Emi Kir qui est prise, est une décision qui n’était pas simple à prendre surtout avec un poids lourd comme l’est Emir Kir", ajoute le politologue. "Elle pourrait aussi résonner comme un avertissement pour ceux qui seraient tentés d’avoir le même type d’attitude que lui. Une manière de dire : 'Écoutez, si vous aussi vous avez des attitudes ambiguës, on n’hésitera pas à vous flanquer dehors alors que vous êtes moins lourds électoralement parlant que ne l’était Emir Kir'. Donc cela pourrait aussi avoir comme conséquence de ressouder les rangs plutôt que de les diviser".

"Mais à ce stade-ci on ne peut absolument pas dire que c’est plutôt l’un ou autre qui va se produire", conclut Jean Faniel.

C.Biourge avec F. Van Eeckhaut

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