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Les jeux de société en ligne peuvent-ils rivaliser avec les clubs de jeux ?

Jouer aux jeux de société en ligne, vous l’avez peut-être testé avec des amis ou tout seul depuis le mois de mars et l’entrée en vigueur des mesures pour lutter contre le coronavirus.

Et "si le premier confinement a été l’occasion de tester (ou de tester plus intensément) des plateformes en ligne de jeux comme Steam ou Board Game Arena ; ou même des parties partagées par visioconférence où chaque participant a le jeu chez lui ; globalement, la 'mode' est passée car on ne retrouve pas le même plaisir à jouer comme cela", nous explique Marc de Wanna Play, un annuaire des initiatives ludiques en Belgique.

C’est ce qui nous revient également des différents clubs de jeu et des grands amateurs de jeux que nous avons contactés.

On ne retrouve pas le même plaisir à jouer comme cela

D’ailleurs, aujourd’hui, peu de jeux en ligne sont organisés par des clubs de jeux. Parce que cela demande un minimum de matériel et de personnel, mais aussi parce que jouer en ligne demande beaucoup plus d’énergie à celui qui l’organise.

Mais ce n’est pas la seule raison comme nous l’explique Grégory Baudoux, du club Troll N’Roll en province de Luxembourg : "Cela nécessite surtout quelques concessions puisqu’au niveau des différents jeux (que ce soit jeux de plateau, jeux de rôle ou jeux de figurines), il existe des outils en ligne qui permettent de jouer avec d’autres personnes (avec certains jeux de plateau, avec certains jeux de rôles, avec certains jeux de figurines), mais on perd tout le contact social, physique avec les autres personnes. On se parle avec des micros, ce genre de choses… De plus, les jeux sont beaucoup plus automatisés donc on perd ce petit aspect lié au lancé de dés, aux échanges de cartes, aux petites discussions que l’on peut avoir autour d’une table".

Et d’ajouter : "Je vais donner un exemple : une partie de "7 Wonders", un classique dans les jeux de plateau, peut durer, en règle générale, 1h – 1h30. En ligne, la partie peut être bookée en 10 minutes. Pourquoi ? Simplement, parce qu’en ligne, tout est automatisé. Physiquement, on doit prendre nos cartes, on va choisir certaines cartes, on passe aux voisins, on attend que tout le monde ait fini, on place nos cartes, etc. En ligne, on voit les cartes affichées, on clique sur celles que l’on veut, cela passe tout de suite aux voisins et ainsi de suite ; et puis, au décompte, tout se fait d’un coup. C’est immédiat, c’est direct, donc la partie est vite faite. Du coup, on fait beaucoup plus de parties, mais il manque quelque chose qui fait que les gens prennent un peu moins plaisir. De temps en temps oui, mais ils trouvent que, même si c’est la même mécanique, même si c’est exactement les mêmes règles, pour les gens ce n’est pas le même jeu. Il n’y a pas la même magie".

"On ne retrouve pas le même plaisir à jouer comme cela", nous résume Marc de Wanna Play. "On revient donc au jeu 'en personne'", affirme-t-il, "mais en respectant les règles imposées, donc seulement dans la maisonnée ou avec une personne extérieure avec distanciation, masque et gants pour certains".

Les jeux de rôle s’y prêtent mieux ?

Sauf peut-être pour les jeux de rôle, précise Grégory Baudoux, "parce qu’il y avait déjà des solutions et des habitudes chez certains joueurs de jouer en ligne. Maintenant, cela ne marche pas chez tout le monde. Certains maîtres de jeu ou certains joueurs n’apprécient pas de jouer en ligne parce qu’on peut vite se dissiper. On est sur l’ordinateur, on est tout seul, on n’est pas une table au milieu de tout le monde et quand il y a une scène qui nous concerne moins, on est moins attentif, on va surfer sur internet ou autre chose ; et du côté des maîtres du jeu (celui qui raconte l’histoire dans laquelle le joueur va jouer) pour qu’une atmosphère fonctionne, que l’ambiance tourne bien, il faut un peu 'sentir' la table c’est-à-dire est-ce que les joueurs sont plus sur 'J’ai envie de m’amuser, un petit peu délirer sans être trop sérieux' ou 'est-ce que j’ai envie de vraiment être sérieux' par exemple un scénario d’enquête où on va vraiment réfléchir et en ligne, c’est beaucoup plus difficile de sentir cette atmosphère. De plus, il y a certains jeux qui ne s’y prêtent pas".

L’initiative d’une Maison de Jeunes à Bruxelles

C’est pourtant pour un jeu de plateforme en ligne bien connu qu’a opté, Florence Gelbgras, animatrice à la Maison des jeunes de Ganshoren en Région bruxelloise. En ces périodes de confinement, cela remplace "les séances de jeux du mercredi après-midi" : "Sur cette plateforme, il y a moyen de créer des tables de jeux. Donc j’invite les participants dont j’ai l’identifiant à se connecter à la table et ils doivent l’accepter via la plateforme. Et en même temps, au-delà de la plateforme, j’utilise un système de visioconférence (Jitsi) pour leur expliquer les règles, les aider s’ils ont des problèmes informatiques ou autres".

Mais ici, cela s’adresse aux plus jeunes à partir de 9-10 ans et cela nécessite une prise de contact et une inscription (gratuite) préalable avec la Maison des jeunes. Précisons qu’il ne faut pas nécessairement habiter Ganshoren que pour pouvoir participer.

"Print&Play", "Mode Solo" ?

Autre initiative : celle de Joseph La Marca, graphiste et rédacteur Des Jeux Une Fois. Pendant les trois premiers mois du premier confinement, il a posté quotidiennement sur leur page Facebook des bons plans pour accéder, notamment, à des "Print&Play". Concrètement, cela vous permet d’imprimer gratuitement le jeu et, après un peu de bricolage, de jouer à la maison avec les personnes de votre entourage. Mais évidemment, cela ne résout pas le problème des joueurs qui voudraient jouer entre amis, hors bulle. C’est pourquoi Joseph La Marca a aussi posté des bons plans pour des jeux "Mode Solo". Ils permettent de transformer les modes multijoueurs en mode solo. Mais là aussi il y a une contrainte : il faut que vous ayez acheté le jeu physique au préalable.

Il nous confie toutefois que d’autres jeux, encore minoritaires, voient le jour sous forme de plateau numérique (sur tablette ou non) où l’interaction du joueur est plus participative. Reste à voir s’ils convaincront la communauté des joueurs de jeux de société dont le contact social reste primordial.

Céline Biourge

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