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Les fleurs séchées, une façon durable de (se) faire plaisir

Finie l’image ringarde qu’elles renvoyaient : les fleurs séchées sont désormais tendance. On aime certes leur look résolument vintage, mais aussi - et surtout - leurs avantages durables et éco-responsables.

"Les fleurs séchées ont fait leur grand retour, il y a 3 ans environ. Depuis lors, on les voit partout: dans les intérieurs de particuliers, les magasins, sur les réseaux sociaux, dans les magazines déco... Mais cette année, encore plus que les autres années... elles fonctionnent particulièrement bien", pointe, Elodie Gernay, fleuriste éco-responsable à Liège. "Quand j'ai lancé Ginger Flower, peu de fleuristes proposaient des fleurs séchées. Aujourd'hui, nous sommes nombreux à proposer ce type de fleurs, et beaucoup en ont fait leur business premier." Ce qui n'est pas pour déplaire aux amateurs!

Le boom de la fleur séchée

Mais, pourquoi un tel engouement? "Déjà, les fleurs séchées sont idéales pour ceux qui n’ont pas la main verte. Il ne faut pas les arroser, ni les entretenir. Juste les dépoussiérer une fois de temps en temps, mais elles ne bougent pas et font leur job pendant des mois", nous dit Elodie. "Ensuite, elles ont cet aspect vintage, rétro patiné... qui matche parfaitement avec les intérieurs à la mode et cette envie de retour à la nature et aux savoir-faire anciens. Enfin, les gens sont de plus en plus conscientisés à la problématique des fleurs en général." Oui, parce que les fleurs, ça pollue !

Fleurs coupées, cadeau empoisonné?

Amandine Mazier, fleuriste bruxelloise et créatrice de Haut les Cœurs, explique que "même si les chiffres varient d'une année à l'autre, plus de 80% des fleurs qu'on trouve chez les fleuristes traditionnels viennent de l'autre bout du monde: du Kenya, du Costa Rica, etc. et la fleur qui pollue par excellence, c'est la rose. Non seulement toutes ces fleurs sont transportées par avion - ce qui augmente considérablement leur emprunte écologique - , mais en plus, on utilise énormément d'eau pour les cultiver, énormément de pesticides. Ce qui tue les insectes environnants, etc. Et puis, les fleurs sont très sensibles aux changements de températures, ce qui va impliquer l'utilisation d'immenses serres chauffées ou climatisées, comme aux Pays-Bas."

La fleur présente donc un problème au niveau écologique, mais aussi au niveau éthique, car "il y a beaucoup de cultures pour lesquelles des enfants travaillent", avertit Amandine avant d'ajouter que "l'utilisation des pesticides est parfois tellement importante, qu'il y a des maladies qui se développent très fortement chez les travailleurs dans les champs, mais aussi chez les fleuristes. Il y a donc un vrai problème, d'autant plus que la fleur symbolise la nature."

Un comble, en effet, de se dire que ce "symbole de vie" soit aussi impactant. "Et comme, contrairement à l'alimentation, il n'y a pas d'obligation de traçabilité européenne ou belge, qu'il y a très peu de surveillance à ce niveau-là... trop de choses sont permises, et offrir des fleurs devient finalement un acte peu anodin pour la planète et les humains".

La tendance du Slow-Flower

"Les slow-flowers, ce sont des fleurs cultivées avec passion localement, dans nos territoires, dans le respect de la nature et des saisons," indique sur son site Belgium Slow Flowers, un groupement de petits producteurs qui cultivent des fleurs éco-responsables.

"Je ne travaille qu’avec des fleurs locales, de petits producteurs belges," nous explique Elodie Gernay. "Je vais moi-même cueillir mes fleurs dans leurs champs. J’ai des contacts très réguliers avec eux. Ce sont des fleurs qui sont non traitées – donc, aucun produits chimiques, pesticides ou fongicides – qui poussent naturellement, au rythme des saisons. C’est pour cette raison, qu’en dehors de la saison des fleurs fraiches, je travaille uniquement avec des fleurs séchées."

Des fleurs qui s’inscrivent donc parfaitement dans ce mouvement du Slow-Flower. A condition qu’elles répondent aux différents critères… et qu’elles ne soient pas traitées une fois séchées !

Pas n'importe quelles fleurs!

La fleur séchée est une manière d'avoir des bouquets nettement plus durables et des fleurs cultivées de façon éthique. "Mais ce qui est assez triste dans cette mode de la fleur séchée," pointe Amandine Mazier, "c'est de se rendre compte que les fleurs séchées qu'on trouve un peu partout, peuvent être - elles aussi - des catastrophes écologiques, des non-sens absolus. Il y a beaucoup de fleurs séchées qui sont colorées, traitées, blanchies... et qui utilisent des tonnes de produits chimiques pour être séchées ou pour avoir des couleurs plus pimpantes. Alors qu'on se rend compte, qu'en faisant sécher nos fleurs dans notre atelier, qu'il y a beaucoup de fleurs qui ne nécessitent aucun traitements... et en les faisant sécher simplement (la tête en bas, accrochées au plafond), les fleurs ont des couleurs complètement explosives, quasi fluo parfois, sans colorants. La fleur séchée est donc un investissement assez sympa - pour soi et pour la planète - , tant qu'on reste dans le naturel." Et ça, c'est heureusement possible, grâce à nos fleuristes et producteurs éco-responsables.

Véronique Wese