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Les dossiers de la rédaction : les citoyens peuvent choisir entre 10 trajets pour le futur tram de Neder-over-Heembeek

Participation citoyenne.

Participation citoyenne. Deux mots qui ont été prononcés des millions de fois depuis la campagne pour les élections communales d’octobre 2018. Deux mots qui parfois ne sont pas suivis dans la réalité. La participation citoyenne est le Saint-Graal des nouvelles politiques mais dans les faits, elle est parfois complexe à mettre en place. Ce sont souvent les mêmes personnes qui se manifestent. Elle demande du temps mais si elle en prend trop, elle n’intéresse plus. Un vrai casse-tête pour les échevins de la participation citoyenne. A la Ville de Bruxelles, Arnaud Pinxteren (Ecolo), a décidé de tester une nouvelle méthode pour la mise en place d’un nouveau tram qui reliera Neder-over-Heembeek au centre-ville.

La Stib et le gouvernement bruxellois avaient décidé qu’il fallait construire une nouvelle ligne de tram dans le quartier de Neder-over-Heembeek vu l’augmentation de sa population et les projets de logements qui s’y dessinent. Cependant, si le moyen de transport a été choisi, le parcours ne l’est toujours pas. Un bureau d’étude a été désigné pour mener une étude d’impact comme cela se fait dans ces projets. Là où la méthode change, c’est que les citoyens sont consultés dès cette première étape.

“Nous voulions mettre sur pied un nouveau processus de participation citoyenne, explique Arnaud Pinxteren. C’est la première fois que cela se fait sur un projet aussi important. Nous avons demandé aux citoyens qui voulaient être membre du comité de pilotage. Nous avons eux deux associations, deux commerçants et plusieurs habitants qui se sont portés volontaires. Nous avons ensuite tiré au sort pour avoir un panel pertinent.” Ainsi, parmi les 8 habitants, il y a des femmes, des jeunes mères, des automobilistes convaincus, des personnes âgées… Ils participent au comité de pilotage avec la Stib, Bruxelles Mobilité et la Ville de Bruxelles. Ensemble, ils vont devoir déterminer le meilleur trajet.

Pour ce faire, le bureau d’études a présenté une dizaine de parcours potentiels. Maintenant, il faut déterminer les priorités. Pour les aider dans leur tache, la Ville de Bruxelles a lancé une enquête de participation sur le net et en face à face. En tout, 1.000 personnes ont répondu dont 100 en direct. Afin d’avoir un panel bien représentatif des 28.000 habitants de Neder-over-Heembeek, les enquêtrices ont interrogé plus particulièrement certaines catégories de population. “Nous avons ainsi une presque parfaite parité et une pyramide des âges cohérente. On sait qu’il y difficile pour les moins de 40 ans de venir aux réunions le soir. Leur voix est peu entendue mais là, ils représentent 53% des personnes sondées.”

Des questions pour cibler les priorités

Les personnes ont été interrogées sur leur mode de transports habituel. En journée, 67% prennent le tram, 56% le bus, 53% marche et 37% conduisent leur propre véhicule. Le soi, la part des automobilistes augmente car les transports se font plus rares. Pour les sondés, 74% estiment que la ligne devrait desservir les pôles d’attraction (écoles, commerces) et 66% les logements. Elle devrait également disposer d’une bonne connexion avec le reste du réseau (très important pour 60%), permettre un réaménagement de l’espace public même si cela implique la suppression de places de stationnement. Pour 28%, cela serait acceptable, 20% le souhaitent mais 31% jugent cela inacceptable.

“Grâce à ces résultats, nous pouvons déjà déterminer certaines priorités, analyse l’échevin. Desservir les écoles a un impact sur le trajet. Si on supprime des places de stationnement, il faut peut-être ensuite revoir le plan de stationnement de Neder-over-Heembeek. Pour le moment, le stationnement est libre et les gens viennent de l’extérieur de la Région pour prendre les transports en commun vers le centre. Si nous supprimons des places, il faudrait peut-être envisager la création d’une zone bleue pour que les riverains trouvent toujours une place.”

Evidemment, la question des vibrations revient en permanence et, là aussi, cela peut être atténué en diminuant les virages. “Si on explique bien aux citoyens les enjeux des projets, ils peuvent donner leur avis sur tout. Cela oblige le politique et les techniciens à mieux expliquer leurs décisions et parfois à se remettre en question.”

La Stib a ainsi décidé de partager tous les documents sur son site internet.

Une méthode qui pourrait servir de modèle

A présent, une présentation publique de l’étude et du projet sera organisée le 30 novembre prochain. “Nous allons faire ça par petit groupe pour que tout le monde puisse s’exprimer et pas que les opposants qui se déplacent en nombre, ajoute Arnaud Pinxteren. Nous offrons aussi un service de baby-sitting. C’est une manière de donner la possibilité à tous de venir.” Trois thématiques seront abordées: pourquoi un tram; comment aménager l’espace public; comment s’insère cette nouvelle ligne dans le maillage de la Stib.

En février, le tracé définitif devra être approuvé pour qu’une partie de la ligne soit inaugurée en 2024.

La Ville de Bruxelles souhaite que cette méthode participative soit utilisée dans d’autres dossiers. Le but est évidemment de diminuer le risque de recours une fois que le projet passe la rampe de la commission de concertation. Prendre plus de temps en amont pour en gagner ensuite est un peu la raison d’être de ce processus. En plus, les gens peuvent s’exprimer et apporter leurs idées concrètes. “Nous ferons une évaluation de la méthode puisque notre objectif est de créer un cahier des charges et de la transposer dans d’autres dossiers. Pour les projets immobiliers, nous pouvons aussi l’imaginer par la suite même si pour le moment, la seule obligation légale est l’enquête publique. Je constate tout de même que de plus en plus de promoteurs aimeraient inclure les citoyens en amont afin de ne pas voir leur projet recaler en dernière minute.”

Par contre, il ne faut pas que le processus soit flou ou prenne trop de temps. Les gens peuvent se lasser ou ne plus savoir comment répondre. Il est aussi très complexe de déterminer le budget d’une telle opération car elle concerne de nombreux postes. En tout cas, la Stib avait inscrit dans le cahier des charges pour l’étude d’impact, un volet participatif.

“Nous sommes toujours en phase de recherche et de perfectionnement, avoue Arnaud Pinxteren. Ce qui est important est de faire parler la majorité silencieuse. Nous pensons y être arrivé cette fois mais il y a certainement des choses à améliorer. Cependant, je vois que la Stib a déjà repris en partie la méthode et souhaite l’appliquer pour déterminer le nouveau trajet du tram/métro à Forest.”

Vanessa Lhuillier –Photo: BX1

 

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