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Le dessin, un art majeur avec Abdelkader Benchamma à la galerie Templon

Abdelkader Benchamma est une des valeurs montantes du dessin contemporain. En sortant du cadre du tableau, il symbolise à lui seul l’émancipation du dessin vers plus de liberté. Une discipline longtemps secondaire devenue aujourd’hui un art majeur.

Abdelkader Benchamma est un artiste français sorti des Beaux-Arts de Paris en 2003. Reconnu sur la scène internationale (Biennale de Venise, Drawing Center de New York) il présente sa première exposition personnelle en Belgique, à la galerie Templon. Une des marques de son style est le débordement du dessin dans l’espace d’exposition. Les murs, et parfois le sol de la galerie.

Ses thèmes de prédilection sont d’une part la science, l’astrophysique et d’autre part les croyances, la spiritualité. Il prend des images sur internet illustrant des croyances et d’autres phénomènes célestes et les imbrique dans un travail " entre la science et la magie " dit-il. Pour voir comment ces images peuvent laisser des traces dans notre mémoire, personnelle et collective.

Le flux, pas la forme

Au premier abord d’un dessin de Benchamma, on voit du mouvement plutôt que des formes définies. Un flux d’énergie, un magma à partir duquel nous allons chercher à retrouver des images connues, comme la recherche d’image dans un nuage : un phénomène connu sous le nom de paréidolie.

"Le cerveau a horreur du vide, le cerveau déteste les formes abstraites donc on recherche du figuratif dans les formes abstraites." Sa série de dessins la plus connue s’intitule Engramme, un phénomène neurologique : comment le souvenir, impalpable, laisse une trace physique, une marque dans le cerveau.

 

L'exposition SIGNES

Pour son exposition à la Galerie Templon à Bruxelles, Abdelkader Benchamma a choisi le titre SIGNES. Nous l’avons rencontré en plein travail, quelques jours avant le vernissage.

" Il y a toujours une sorte de trouble volontaire à mes images [ ] Ce sont des flux d’énergie qui chercheraient leur forme. Qui certaines fois deviendraient extrêmement solides, on reconnait des strates, des sortes de coupes , comme si les montagnes avaient été coupées. [ ] D’autres vont y voir des coraux, des matières organiques, etc. "

-Qu’est-ce qu’elles vous ont fait les formes définies ?

" Elles ne font pas assez rêver. C’est aussi une manière de reprendre le réel, de le déformer, de l’amener ailleurs ".

Pour Book Of Miracles, Trees, une des séries présentées à Bruxelles, Abdelkader Benchamma a dessiné une suite de troncs d’arbres qui écrivent des mots, des bribes de phrases en arabe.

" C’est une série inspirée d’une photo " photochopée "[ ] de faux miracle islamique où des troncs d’arbres déformés étaient censés écrire une prière en arabe. [ ] Le sujet c’est aussi la nature mystérieuse qui se déploie et devient presque habitée par un souffle. [ ] Je pense que le spirituel peut être dans la nature. C’est un travail à tiroirs : un visiteur qui rentre sans avoir lu le cartel (qui présente le projet), il verrait une forêt qui se déploie sur les murs, qui évolue, qui se transforme et qui devient une sorte de lien qui relie les choses [ ] c’est toujours très important de rester très ouvert, de ne pas enfermer dans une lecture. Ensuite, je connecte ça à une sorte de mémoire universelle de culte des arbres. AU Japon, en Inde, au Maghreb, chez les Celtes…il y a des arbres magiques ".

Xavier Ess (RTBF Culture)