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Impact de la Zone de Basses émissions : un coup d'accélérateur pour améliorer la qualité de l'air à Bruxelles

Depuis janvier 2018, Bruxelles interdit les véhicules les plus polluants.

Sous peine d'amendes. L'objectif poursuivi: améliorer la qualité de l'air à Bruxelles, plusieurs fois épinglée par l'Union européenne pour ses mauvais indicateurs. La Zone de Basses Emissions, la LEZ, rencontre-t-elle cet objectif? Le rapport 2019 de Bruxelles Environnement est sorti. Et nous l'avons épluché. 

Impact sur le parc automobile 

En 2019, la LEZ, la "Low Emission Zone", a trouvé son rythme de croisière, avec un nouveau site (https://lez.brussels/mytax/fr/) et 272 caméras qui quadrillent le territoire en janvier 2020 (on en attend en tout 330). Dans son rapport, Bruxelles Environnement tire du coup ce constat: la LEZ fonctionne. La zone de basses émissions et ses amendes dissuadent les propriétaires de véhicules polluants de rouler sur le territoire de la région bruxelloise. Entre septembre 2018 et décembre 2019: les véhicules qui ne respectent pas les critères de 2019 de la LEZ ( les véhicules de Norme EURO 2) représentent 0,1 % du parc en circulation en moyenne journalière (contre 1 % en 2018). 

Impact sur la qualité de l'air 

La disparition de ces véhicules anciens et polluants a-t-elle un impact sur la qualité de l'air à Bruxelles? La réponse n'est pas si simple, parce que la pollution n'a pas de frontière. Et l'on sait que la région bruxelloise est fortement exposée aux polluants générés par l'industrie ou l'agriculture des autres régions du pays. 

Mais tout de même. Le rapport indique l'impact de la suppression de ces 19.000 véhicules bruxellois concernés par les critères de 2019 sur la qualité de l'air. Deux indicateurs le vérifient: la baisse de 10 % en moyenne sur toutes les stations bruxelloises de qualité de l'air, du dioxyde d'azote. Un polluant "local", lié de près au trafic routier. Une baisse significative, pour Alain Maron, ministre bruxellois de l'environnement, "dans la mesure où l'exclusion des véhicules de Norme EURO 2, c'est une toute petite partie du parc automobile. Il est vrai que ce sont les véhicules les plus anciens et les plus polluants mais ils sont minoritaires en nombre. On voit que sur le black carbon, la diminution est de 77 %. Et ce black carbon est émis en majorité par des véhicules qui n'ont pas du tout de filtres à particules. Là, la diminution est drastique".

On observe aussi une diminution des particules fines (PM 2,5 et PM 10) autour de 10 %, mais ce polluant a différentes sources: le trafic routier, le chauffage, l'industrie ou encore les engrais. C'est plus compliqué d'y voir les effets précis de la Zone de Basses Emissions. 

Avec ces mesures de 2019, pour la première fois donc, Bruxelles respecte les normes de qualité de l'air fixées par l'Union européenne. Jusqu'ici, le dioxyde d'azote dépassait toujours les seuils dans les stations de mesure bruxelloises. A noter que la station Arts-Loi affiche des concentrations au-delà des valeurs limites européennes, y compris en 2019 (mais ses mesures ne sont pas "rapportées" à l'Union européenne). Pour mémoire, l'accord de gouvernement bruxellois prévoit que l'on respecte les normes de l'OMS, l'Organisation mondiale de la santé, qui sont elles plus sévères.

"Un coup d'accélérateur" 

Pour Cathy Clerbaux, professeur en sciences du climat et de l'atmosphère, "c'est exactement ce à quoi on s'attendait. C'est positif! Il faut savoir qu'en général, la qualité de l'air s'améliore. Mais on a donné un coup d'accélérateur avec la LEZ, sur la pente. Donc je suis rassurée de voir ces chiffres, mais ça va être de moins en moins impressionnant parce que là, on a enlevé les véhicules qui étaient vraiment très polluants. On a encore une année (2020) où l'impact devrait se sentir aussi, puis après, quand on va tomber sur les Euro 4 et Euro 5, c'est déjà bien moins polluant. Ca va être de plus en plus décevant au niveau des pourcentages, mais c'est quand même cela qu'il faut faire!"

Emissions de CO2

Autre élément du rapport: on observe un effet d'anticipation des futures étapes de la Zone de basses émissions. Le nombre de voitures qui seront interdites en 2022 (la prochaine étape) puis en 2025 diminue dans le parc automobile bruxellois. Soit on se passe de voitures, soit on en achète une autre. Souvent une essence. Mais du coup, on observe en ce qui concerne les voitures, une légère augmentation des émissions de CO2. "Cela s'explique par le shift des motorisations diesel vers essence, alors que les motorisations zéro-émissions progressent très lentement et restent marginales en décembre 2019", lit-on dans le rapport. 

De quoi soulever à nouveau la question de la fiscalité autour des nouveaux véhicules à Bruxelles. Le rapport cite les chiffres du SPF Mobilité et Transport: "la part des SUV dans les immatriculations de voitures neuves belges est ainsi passée d'environ 21 % en 2015 à presque 40 % en 2019". 

Renforcer les alternatives 

Les alternatives doivent elles aussi être renforcées : "La prime Bruxell'air qui a fait l'objet de 1278 demandes en 2019 va être réformée, on va augmenter son budget. Elle est réservée aux automobilistes qui abandonnent leur véhicule, rendent leur plaque et en échange de cela, ils reçoivent de l'argent pour de la mobilité alternative. Pour les entreprises, c'est la même chose, le système actuel de primes pour les entreprises ne fonctionne pas très bien, c'est vrai. Et là aussi, il sera modifié, renforcé", promet Alain Maron. C'est un des défis de la LEZ, l'accompagnement des personnes visées par la zone ainsi que les moyens de contrôle, surtout des véhicules étrangers. 

Le gouvernement bruxellois devra aussi prévoir la suite, échelonner les prochaines étapes. Les balises ont été posées jusqu'en 2025. Or, la sortie complète du diesel est prévue en 2030, la sortie de l'essence en 2035. A l'échelle du pays, on estime à 9000 le nombre de morts prématurées par an en raison de la pollution de l'air. 

 

 

 

Journal télévisé 01/10/2018

En octobre 2018, la Zone Basses Emissions entrait en vigueur à Bruxelles.

Aline Wavreille

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