Ville de Bruxelles 1000

Généralisation du port du masque à Bruxelles : non, ce n’est pas "la même chose pour tout le monde"

Le port du masque est à présent obligatoire à Bruxelles. Non seulement dans les magasins, les cinémas et les théâtres. Non seulement dans les transports en commun, les rues commerçantes ou sur les places fréquentées du centre-ville. Mais dans l’ensemble des 19 communes de la capitale, des impasses de la rue de Flandres aux prairies du plateau Avijl en passant par le Rouge-Cloître.

"Cela a le mérite d’être clair" pour reprendre les termes d’une élue qu’on ne contredira pasQu’il soit en revanche permis de ne pas partager son enthousiasme au motif que ce soit "la même chose pour tout le monde". Non, décidément, il ne me prend pas l’envie d’applaudir à l’idée que nous n’aurons plus le droit de nous promener, de nous rendre au travail, d’aller faire nos courses ou de flâner avec des amis sans avoir le bas du visage masqué, quelle que soit l’affluence sur les trottoirs, l’heure du jour ou de la nuit et les moyens de transport envisagés. L’idée me glace que des actes aussi simples, naturels et nécessaires que s’embrasser, manger, boire, fumer ou chanter viennent d’être taxés d’illégalité sur la voie publique sans susciter d’autre réaction qu’un silence hébété.

Jardins, résidences secondaires… Mais qu’en est-il des autres ?

On m’objectera peut-être que c’est une question de bon sens, de proportionnalité et qu’il faut compter sur les forces de l’ordre pour une appréciation souple de la norme. Mais l’ordre qui vient de nous être intimé est d’une clarté limpide dans son dispositif ; il ne souffre guère d’exceptions que celles, très restreintes, qu’il énumère. Or, quoi qu’en pensent nos dirigeants, ce n’est pas la même chose pour tout le monde.

Certains auront encore le recours de se réfugier chez eux, de mener dans leurs résidences secondaires, dans leurs jardins ou sur leurs balcons, les moments de sociabilité jusqu’ici possibles dans l’espace public. Mais qu’en est-il des autres ? De ceux pour qui la vie sociale se fait essentiellement dans la rue ? Qui n’a remarqué au cours des derniers mois à quel point le masque altère les interactions, empêche la reconnaissance des expressions d’autrui, entrave la parole et décourage l’empathie ? Le masque n’est pas qu’un "petit geste", une mesure sanitaire bénigne dont toute remise en cause relèverait d’un individualisme criminel. Le masque est un mur très concret entre les êtres et je crains qu’il contribue de façon significative à la destruction des liens sociaux dans une société déjà divisée. Je crains qu’il parachève la disqualification, déjà largement entamée par la publicité et l’omniprésence des écrans, de l’espace public comme lieu de fabrication de la communauté. Je crains enfin, qu’il accélère singulièrement l’entreprise de dévalorisation du réel au profit du virtuel à l’œuvre dans nos sociétés, dans la même lignée que l’ensemble des mesures publiques prises pour lutter contre le Covid-19 depuis le mois de mars.

Je ne veux pas dire par là que les pouvoirs publics ont eu tort d’ordonner le confinement. Cette décision semblait la seule possible dans le contexte où elle a été prise. Ni même que le port du masque ne s’impose pas dans certains lieux publics très fréquentés et précisément déterminés. Mais je dis qu’une contamination nouvelle hebdomadaire sur 2000 personnes ne semble pas intrinsèquement de nature à justifier une mesure auss

Nour Aïr

Retrouvez l'article original sur RTBF