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Bruxelles: quelle rénovation pour la zone "Heyvaert-Poincaré"?

Les urbanistes et les politiques le surnomment le "CRU5", soit le "Contrat de Rénovation Urbaine numéro 5", pour la zone "Heyvaert-Poincaré". Il s’agit d’un vaste programme de rénovation qui suscite beaucoup d'attentes et de commentaires. Exemple ce...

Les urbanistes et les politiques le surnomment le "CRU5", soit le "Contrat de Rénovation Urbaine numéro 5", pour la zone "Heyvaert-Poincaré". Il s’agit d’un vaste programme de rénovation qui suscite beaucoup d'attentes et de commentaires. Exemple ce jeudi : il a alimenté deux heures de débats et de remarques en commission de concertation.

Le potentiel d'un "super contrat de quartier"

Les CRU sont de nouveaux programmes de rénovation urbaine. On pourrait les décrire comme de "super contrats de quartier" : ils concernent des zones plus vastes, avec une enveloppe plus élevée. Le CRU Heyvaert-Poincaré dispose de 22 millions d'euros.

En cinq ans de projets, il devrait redynamiser, rénover, un large périmètre entre la Gare du Midi et le Canal, à cheval sur Anderlecht, Molenbeek et la Ville de Bruxelles. L'enjeu est important : il y a là un manque d'espaces verts, des rues aux habitants précarisés, des tiraillements fréquents entre habitants et garagistes dans le quartier du marché des voitures d'occasion (rue Heyvaert), ou encore un boulevard Poincaré qui marque une coupure très nette entre la Ville de Bruxelles et ses voisines, Anderlecht et Molenbeek.

Le boulevard Poincaré, une barrière

La berme centrale de ce tronçon de la petite ceinture est occupée aujourd'hui par un vaste parking. Il sera réorganisé mais maintenu, au grand dam de certains riverains.

Goedele Desmet, habitante et architecte dont le bureau se situe sur le boulevard, est venue en commission de concertation pour expliquer qu'à ses yeux, c'est une occasion manquée. "Il n’y a pas de grande modification par rapport à ce que c'est aujourd'hui. Cela ne va pas devenir un lieu où l’on reste, où l’on se rencontre. Et certainement pas un lien entre les deux quartiers qui sont limitrophes, le côté Bruxelles et le côté Molenbeek et Anderlecht. Pourtant, le constat de la coupure entre ces quartiers avait été fait".

Des propositions recalées ?

Au sein d'un collectif, "Green Connections", Goedele Desmet a proposé des alternatives : la création d'un bâtiment-parking dans le quartier ou de places en sous-sol, pour dégager de l'espace public sur le boulevard. En tout cas une suppression du stationnement en voirie pour libérer de la place et faire du boulevard Poincaré un lieu plus hospitalier, avec un trafic plus lent, des pistes cyclables et plus de place pour les piétons.

"On propose un espace vert discontinu qui lie la Porte de Hal à la Porte de Ninove, où l’on pourrait flâner, un peu comme la Rambla de Barcelone".

Mais les idées de ce collectif n’ont pas fait mouche, pourquoi ?

"Le CRU n'a pas les moyens en un temps très bref de modifier complètement le boulevard Poincaré", répond Julien Gréverend, du bureau d'étude JNC qui a rédigé le Contrat de Rénovation Urbaine. "Tout refaire prendrait une trop grande part du budget, trop d'argent et de temps. Et puis, il y a des contraintes d'environnement autour, des quartiers proches en pleine transformation". Allusion au piétonnier du centre-ville ?

En tout cas, vu la profonde mutation inachevée à l'intérieur du Pentagone (piétonnier encore à aménager, parkings promis mais pas réalisés…), la Ville de Bruxelles peut avoir préféré le statu quo en bordure du Pentagone, boulevard Poincaré. Plusieurs sources évoquent une volonté ferme de la Ville d'y maintenir les places de parking existantes (et à présent payantes).

Des griefs sur la participation citoyenne

La plateforme Inter-Environnement Bruxelles, de son côté, a déploré un manque de participation citoyenne. Les contrats de quartier "à l'ancienne" associaient les habitants d'entrée de jeu. Dans le cadre des CRU, ils sont consultés plus tard dans le processus.

Contacté, le "Bouwmeester" ("maître-architecte") de la Région bruxelloise, Kristiaan Borret, exprime des réserves semblables : "Les contrats de quartiers ont donné une belle tradition d’architecture de qualité mais aussi de participation citoyenne, à Bruxelles. C’est navrant qu’elle se perde. Cela donne des situations absurdes où des quartiers s'opposent à des programmes destinés pourtant à les améliorer."

Parmi les autres questions soulevées par le public de la commission de concertation, il y a des préoccupations liées à la reconversion de garages en logements ("Allez-vous nous exproprier ?") ou encore la sécurité d’une future zone verte en intérieur d’îlot.

La commission de concertation se prononcera sur ce "CRU5" dans les jours à venir. Elle pourrait encore proposer des retouches pour calquer mieux cette rénovation de 22 millions d'euros sur les centaines de remarques reçues.

Myriam Baele

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