Ville de Bruxelles 1000

Bruxelles : deux ans après, le mur médiéval effondré toujours pas reconstruit

C’était le 18 novembre 2018.

Au petit matin, on découvre qu’un mur datant du 13ème siècle s’est effondré au centre-ville de Bruxelles, à l’arrière du 16 rue des Alexiens. Un mur de 20 mètres de long et plusieurs mètres de hauteur, dont les débris sont tombés dans la cour de l’école Sint-Joris, dont ce pan de pierre délimitait la propriété. Heureusement, l’incident s’est passé un week-end, alors que l’école était fermée et que personne ne se trouvait sur place. Aucun blessé n’est à déplorer. Mais le patrimoine bruxellois, lui, est touché. Et depuis, le dossier est tellement compliqué que les choses n’ont guère avancé.

Parce que c’est un dossier complexe. D’abord, il s’agit d’un monument classé. Sa destruction est donc une infraction patrimoniale, que le propriétaire devra réparer. Avant d’ensuite, éventuellement, se retrouver contre l’auteur de la faute ayant entraîné cet effondrement, si cette faute est déterminée.

Or, premier problème, la propriété exacte de ce mur n’est pas encore déterminée avec précision. On n’est pas d’accord entre l’école Sint-Joris et son pouvoir organisateur et une copropriété d’appartements. Le mur médiéval assurait en fait la séparation entre les deux terrains.

Ensuite, deuxième inconnue, quelle est la cause de cet effondrement ? Là aussi, il faudra le déterminer avec précision. Des travaux se déroulaient dans la cour de l’école au moment des faits, mais ont-ils provoqué cette chute ? Ou les différentes actions successives au fil des siècles sur ce terrain ont-elles eux-mêmes fragilisé cette structure, qui ne tenait plus qu’en équilibre instable ? Là aussi, cela change la donne. Parce si le propriétaire est bien censé être le maître d’ouvrage (qui coordonne et fait réaliser les travaux de reconstruction), une fois ces travaux terminés, il peut se retourner contre (et surtout envoyer la facture à) la partie qui aurait commis la faute. Les enjeux sont donc importants, avec des implications juridiques en cours. Ce qui explique que les parties ne souhaitent pas communiquer officiellement, pour l’instant.

… et un casse-tête patrimonial

Reste à savoir alors comment ce mur sera reconstruit. Là non plus ce n’est pas encore tranché. Patrimoine. brussels, l’organisme chargé du patrimoine au niveau régional a été consulté en la matière et suit le dossier de près. "On peut au moins rassurer toutes les parties, il n’y a pas de risque de nouvel effondrement sur place", indique Ann Degraeve, l’archéologue en charge du dossier chez Patrimoine. brussels. "Quelques mois après l’effondrement, à la demande de l’école Sint-Joris, la Vgc (commission communautaire flamande à Bruxelles, en charge notamment des écoles néerlandophones de la Région) est intervenue sur place. Ses services ont bâti un talus pour stabiliser le sol. Ce talus contient en fait les matériaux du mur d’origine. Et ils sont protégés par plusieurs couches pour qu’ils ne se détériorent pas".

Quant à la Tour et à l’autre partie de cette structure médiévale qui subsiste, elles sont propriétés de la Ville de Bruxelles. Et ce sont les services de la Ville qui surveillent régulièrement depuis deux ans que la stabilité est toujours assurée sur place.

Un mur un peu patchwork qui a évolué

Alors, le mur effondré, va-t-il être reconstruit à l’identique ? "A priori, on peut dire que non", affirme Ann Degraeve. "Le souci est que ce mur était une sorte de patchwork qui a évolué au fil du temps. On y trouve bien des pierres calcaires posées au treizième siècle. Mais depuis, les habitants y ont aussi ajouté des briques au fil des ans et des périodes. Des petites meurtrières d’origine avaient été agrandies pour en faire de vraies fenêtres. Tout cela, on le sait parce qu’on avait analysé en détaille ce mur avant son effondrement".

Mais il sera bien reconstruit

Alors quelle reconstruction ? "C’est encore à déterminer. Mais ce qui est certain, c’est qu’il faut reconstruire. Pour une question à la fois de stabilité, mais surtout de patrimoine. Cette première enceinte de la Ville de Bruxelles au 13ème est un vestige inestimable de notre passé. Il est important qu’on conserve cette trace et, donc, ce mur qui fait partie d’un des derniers tronçons encore visible et conservé. On est donc en train d’étudier les pistes pour avoir la reconstruction le plus fidèle au lieu et à son histoire. Peut-être alors en utilisant uniquement les techniques et matériaux du 13ème siècle ? Mais cela devra encore être tranché".

Peut-être plusieurs années encore à attendre

Pour tenter d’objectiver les choses, la Région joue depuis plusieurs mois les médiateurs dans ce dossier. Elle a déjà organisé plusieurs réunions entre les propriétaires et avec la Ville de Bruxelles (concernée puisque propriétaire de la tour et du mur voisin). Le dossier a même été confié au Maître architecte de la Région, afin qu’il donne son avis en matière de reconstruction et puisse, en quelque sorte, centraliser les choses. On parle aujourd’hui d’organiser un éventuel concours d’architecture pour trouver et sélectionner la meilleure manière de reconstruire.

Ce qui est sûr, c’est que cela risque encore de prendre du temps. "Peut-être plusieurs années", conclut Ann Degraeve "avant qu’une reconstruction soit effectuée. Mais je suis positive. Nous récupérerons ce pan de notre patrimoine bruxellois".

Bruno Schmitz

Retrouvez l'article original sur RTBF