Ville de Bruxelles 1000

Besoin d'aide suite à des violences sexuelles ? Parlez-en avec des psychologues sur un chat gratuit et anonyme

Le site violencessexuelles.be met à disposition des victimes d’agressions sexuelles un chat gratuit et anonyme avec des psychologues spécialisés. Un service nécessaire au moment où le confinement isole les victimes et complique leur quotidien.

Les chiffres d’Amnesty International (mars 2020) font froid dans le dos : 1 Belge sur 2 (48 %) a déjà été exposé à une forme de violence sexuelle, 1 femme sur 5 (20 %) et 1 homme sur 7 (14 %) ont été violés. Face à ces expériences traumatisantes, la victime risque de s’enfermer dans le mutisme et dans son mal-être. " Les victimes de violences sexuelles ressentent souvent de la honte et de la culpabilité, n’osent pas en parler, ont peur qu’on ne les croie pas " explique Inès Keygnaert, professeure de santé sexuelle et reproductive (UGent).

Pour aider les victimes à en parler, l’Université de Gand — avec le soutien des autorités fédérales — a mis en place en 2018 un chat en ligne sous la responsabilité de la professeure Keygnaert. " La particularité de ce chat est de mettre les victimes en communication — non pas avec des bénévoles —, mais bien avec des psychologues formés et spécialisés aux questions traumatiques et aux violences sexuelles."

Un rôle psychoéducatif

Sur ce chat, les psychologues ont un véritable rôle psychoéducatif : " Notre équipe donne des informations pratiques sur les démarches, explique les conséquences biologiques et psychologiques d’un tel trauma, aide les victimes à mettre les mots sur ce qu’elles ont vécu." Le chat sert donc de transition vers d’autres étapes du processus comme une thérapie avec un autre spécialiste. " Notre objectif, c’est de redonner confiance aux victimes pour les référer ensuite à d’autres services existants. Pas à pas, nous tendons ensemble vers cette direction. En cas d’échec, nous essayons d’autres choses jusqu’à ce que les victimes n’aient plus besoin de nous. "

Totalement gratuit et avec des horaires en dehors des heures de travail ou de cours, le chat garantit surtout l’anonymat. " Nous sommes certains aujourd’hui que ces discussions virtuelles et cet anonymat permettent une libération de la parole chez les victimes. Il est en effet plus difficile de se rendre physiquement chez un médecin ou un psychologue pour parler d’une agression sexuelle. Les victimes ne sont pas encore prêtes pour affronter ce face-à-face."

Par ailleurs, l’accent est mis sur le suivi : de nombreuses victimes reviennent à plusieurs reprises et peuvent prendre des rendez-vous en dehors des heures de permanence. Ces discussions — qui peuvent aller jusqu’à 1 h 30 — sont donc des véritables consultations comme dans toute structure d’aide psychologique classique.

Les centres de prise en charge des victimes (CPVS)

Ce chat s’inscrit en réalité dans un projet plus global de collaboration avec des services médicaux, psychologiques et policiers : les centres de prise en charge des victimes de violences sexuelles (CPVS). " Dans ces centres, les victimes reçoivent une aide médicale et psychologique. Un examen médico-légal est également réalisé pour constater les lésions et rechercher des traces biologiques des auteurs. La victime peut enfin porter plainte auprès d’un inspecteur spécialement formé pour les faits des mœurs si elle le veut." décrit la professeure Keygnaert.

Actuellement en Belgique, on retrouve seulement trois CPVS qui sont liés à trois hôpitaux : l’hôpital universitaire de Gand, le CHU Saint-Pierre de Bruxelles et le CHU de Liège. Que faire alors si on vient de Charleroi ou de Namur ? " Tout dépend des cas. Nous conseillons aux victimes de se rendre en priorité aux centres de Bruxelles ou de Liège, ce que le confinement a rendu particulièrement difficile. Si ce n’est pas possible, nous les orientons alors vers l’hôpital et le commissariat les plus proches, mais avec le risque pour les victimes de ne pas se retrouver face à des interlocuteurs spécialisés. ".

En effet, seules 10 à 15 % des victimes de violences sexuelles osent porter plainte, notamment par peur de ne pas être crues ou d’être mal reçues. Or, au sein de ces CPVS, ces chiffres montent à 68 % grâce à la collaboration de ces différents services.

Le confinement complique les cas

Pour ne rien arranger, le confinement actuel constitue un poids supplémentaire pour les victimes d’agressions sexuelles. " Si la personne est sexuellement agressée, elle hésitera encore plus à se déplacer vers un centre hospitalier par crainte de se retrouver en contact avec le coronavirus ou de devoir se justifier sur la route auprès de la police " explique Ines Keygnaert. Autre problème : les victimes pensent qu’elles ne peuvent plus se tourner vers leur médecin généraliste puisqu’avec les mesures sanitaires, beaucoup d’entre eux ne consultent plus que par téléphone. " Pourtant, le médecin généraliste reste bien présent pour les victimes dans ces cas-là. "

Par ailleurs, le risque est important d’être bloqué sans échappatoire avec son agresseur dans les cas de violences intrafamiliales, y compris sexuelles. " Puis, être enfermé et isolé conduit les victimes à réfléchir sur leur vie avec le risque de voir (re) surgir des traumatismes, des émotions difficiles à gérer. " La professeure Keygnaert explique ainsi que depuis quelques jours, les cas s’accroissent et se complexifient sur le chat. " Les discussions avec nos psychologues sont plus longues. "

D’ailleurs, l’accès au chat peut se révéler en lui-même problématique. " Les victimes peuvent craindre de se faire surprendre par leurs proches et de devoir se justifier même si le chat reste évidemment toujours plus discret que le téléphone. "

Pour rentrer en contact avec les psychologues, rendez-vous sur le chat du site internet violencessexuelles.be. Vous y trouverez aussi toutes les informations nécessaires sur les démarches à suivre si vous êtes victime d’agressions sexuelles ou un proche d’une victime.

Maxime Maillet