Berchem-Sainte-Agathe 1082

Voitures partagées : Drive Now et ses 300 véhicules ont déjà quitté Bruxelles

Les 29 février prochain, les 300 voitures partagées DriveNow quitteront Bruxelles. Le service, filiale de BMW, opère depuis trois ans et demi chez nous mais "nous avons dû faire face à la dure réalité, explique l’entreprise dans un communiqué. Malgré nos efforts et nos investissements de ces trois dernières années, nous n’avons pas réussi à convaincre suffisamment de Bruxellois d’utiliser notre service". Deux semaines avant la date fatidique, il est déjà impossible de réserver le moindre véhicule dans l'application.

Les 29 février prochain, les 300 voitures partagées DriveNow quitteront Bruxelles. Le service, filiale de BMW, opère depuis trois ans et demi chez nous mais "nous avons dû faire face à la dure réalité, explique l’entreprise dans un communiqué. Malgré nos efforts et nos investissements de ces trois dernières années, nous n’avons pas réussi à convaincre suffisamment de Bruxellois d’utiliser notre service".

En février dernier, un concurrent, Zipcar, prenait la même décision et quittait Bruxelles (avant que ses activités soient reprises par un autre acteur, Poppy). Ubeeqo aussi a abandonné Bruxelles. De son côté, Zen Car (voitures électriques) n’abandonne pas à proprement parler son activité mais se recentre sur le service aux entreprises plutôt qu’aux particuliers. Alors le partage de voiture est-il est un échec à Bruxelles ? Que reste-t-il comme plateforme disponible à Bruxelles ?

Pas spécifique à Bruxelles

DriveNow quittera Londres et Florence en même temps que Bruxelles fin février. Quand Zipcar est parti de la capitale belge début de l’année, l’entreprise a également quitté Paris et Barcelone. Les causes de ces départs ne sont pas à chercher spécifiquement à Bruxelles. "Quitter une ville est une décision prise au niveau international par ces entreprises explique Frédéric Van Malleghem, Directeur de Cambio Bruxelles qui connaît bien ce secteur. Elles quittent les marchés les moins rentables pour investir ailleurs. Je ne pense pas qu’il faille faire une analyse particulièrement bruxelloise de ces décisions".

D’autant que ces plateformes de partage de voitures appartiennent à de grands groupes : BMW (constructeur automobile) pour DriveNow, Avis Budget Group (location de voitures) pour Zipcar, D’Ieteren (importateur belge de Volkswagen) pour Poppy, Europcar (location de voitures) pour Ubeeqo. Ces entreprises peuvent donc avoir des stratégies commerciales ou financières au-delà de l’activité de car sharing et prendre des décisions qui ne sont pas forcément directement liées aux résultats de leur filiale d’autopartage.

Forte concurrence

Autre explication : la concurrence. De la voiture privée d’abord, notamment parce qu’il y a beaucoup de voitures de société chez nous. "En Belgique, le changement d’habitude est plus difficile à opérer qu’ailleurs analyse Sylvain Niset, CEO de Poppy, pour la simple et bonne raison que beaucoup de gens possèdent une voiture via leur entreprise et que finalement elle ne leur coûte rien. Ça va donc prendre du temps. Dès lors, une entreprise de voitures partagées doit faire très attention à ses coûts". A cet égard, la gamme de véhicules proposés et son prix sont donc capitaux dans le modèle économique. Or, Drive Now propose des voitures premium (BMW et Mini Cooper), plus chère que la concurrence. Mais Zipcar proposait des petites Peugeot, cela n’explique donc pas tout.

Il y a aussi la concurrence d’autres acteurs et d’autres modes de transports. Ces voitures en libre-service (ou free floating dans le jargon), sans station (on prend et laisse la voiture où l’on veut dans une zone, grâce au smartphone) avec leur facturation à la minute, peu importe la distance, sont pensées pour les trajets courts. Or, à Bruxelles, le réseau de transports en commun pour ce même genre de trajets est développé, il y a d’autres systèmes de voitures partagées, des trottinettes, des vélos,… "Il existe beaucoup d’alternatives à la voiture pour les trajets courts constate Frédéric Van Malleghem. Il y a sans doute un excédent d’offre pour ce genre de demande. Et puis, Bruxelles est une capitale qui ne ressemble pas aux autres. Les sociétés qui s’en vont ont probablement mal creusé la réalité sociologique bruxelloise".

Quelles voitures partagées existent encore à Bruxelles ?

Alors que ces dernières années, Bruxelles semblait être un El Dorado pour les plateformes de voitures partagées arrivées en nombre chez nous, des initiatives entrepreneuriales locales aux start-up internationales en passant par les filiales de grands groupes, il en reste finalement assez peu aujourd’hui.

  • Poppy

Système de voitures électriques ou au gaz naturel, trottinettes et scooters en free floating, disponible à Bruxelles et Anvers. Tarification à la minute, 0,33€/min, sans abonnement. Il n’y a donc pas de frais fixe. Le système est conçu pour être utilisé en ville sur des trajets courts. On ne paye que lorsqu’on utilise effectivement la voiture. A Bruxelles, la zone dans laquelle on peut prendre et restituer un véhicule couvre essentiellement le sud-est de la ville (Centre, St Gilles, Ixelles, Wolluwe-St-Lambert).

Utilisation typique : un déplacement d’un quartier vers le centre-ville (avec un objet volumineux à transporter par exemple), un groupe d’amis qui préfèrent rentrer à la maison par ses propres moyens plutôt qu’en taxi après une sortie.

  • Cambio

Cambio est basé sur un réseau de stations. Le système est conçu pour être complémentaire aux transports en commun, pour de plus longs trajets (50 aine de kilomètres en moyenne) hors de la ville (4-5 heures d'utilisation). Il faut réserver sa voiture à l’avance, la retirer et la restituer au même endroit. Cambio vise un autre public que le free floating. Pour utiliser la plateforme, il faut s’y abonner (frais fixes entre 4 et 22€ par mois) ensuite la facturation se fait à la fois au temps d’utilisation (de 1,55€ à 2€ l’heure en fonction de l’abonnement) et à la distance parcourue (de 0,23€ à 0,35€ le kilomètre). Cambio propose essentiellement des petits véhicules citadins mais aussi des camionnettes, des breaks, des monospaces pour des utilisations spécifiques plus ponctuelles.

Utilisation typique : une famille citadine sans voiture qui souhaite rendre visite à la famille hors de la ville ou partir en balade en forêt un WE de temps en temps, un déménagement pour un couple propriétaire d'une petite voiture (qui louera alors une camionnette).

  • Zen Car

Comparable à Cambio, basé donc sur des stations avec un retour obligatoire au point de départ mais de bien moindre ampleur (une trentaine de voitures à Bruxelles). Zen Car a la particularité de ne proposer que des voitures électriques. Le patron de l’entreprise a, par ailleurs, reconnu dans le journal l’Echo des difficultés à atteindre la rentabilité et va désormais consacrer ses efforts aux solutions de mobilités pour les entreprises. Son réseau pour les particuliers risque donc probablement de rester de taille modeste.

  • Drivy

Drivy est une plateforme de partage de voiture entre particuliers. Elle permet de mettre à disposition sa voiture qui reste au garage la semaine par exemple à ses voisins. Comme pour les autres systèmes, pratique pour une utilisation occasionnelle. L’utilisateur réserve le véhicule sur l’application et il s’engage à le reconduire là où il l’a emprunté. Un concept disponible dans six pays européens et depuis presque trois ans en Belgique. En octobre dernier, Drivy est devenu Getaround et propose un "nouveau modèle tarifaire" censé offrir "une plus grande flexibilité aux conducteurs en leur permettant de réserver des voitures Getaround à l'heure ou à la journée."