Véhicules hybrides rechargeables trop polluants : la faute au conducteur ou au constructeur ?

Les véhicules hybrides rechargeables sont-ils mal utilisés ou sont-ils carrément faussement verts ? L’ONG "Transport et Environnement" a fait des tests et estime que ces véhicules polluent plus que ce qui est annoncé par les constructeurs.

Les véhicules hybrides rechargeables sont-ils mal utilisés ou sont-ils carrément faussement verts ? L’ONG "Transport et Environnement" a fait des tests et estime que ces véhicules polluent plus que ce qui est annoncé par les constructeurs. Trois modèles ont été analysés : la BMW X5, la Volvo XC60 et le Mitsubishi Outlander. L’étude indique que les émissions de CO2 de ces véhicules hybrides sont supérieures, en conditions réelles, aux émissions promises par les constructeurs et observées lors de tests homologués en laboratoire. Xavier Daffe, rédacteur en chef du Moniteur Automobile et Dianne Strauss, directrice France de "Transport et Environnement" étaient invités sur le plateau de CQFD pour parler de cette enquête et des questions qu’elle pose.

Trois conditions de test

Les tests ont d’abord été faits en condition optimale. C’est-à-dire, avec une batterie chargée, une voiture vide, sur une route plane et dans de bonnes conditions météo. L’ONG "Transport et Environnement" constate alors que ces hybrides émettent 28% de CO2 de plus que ce qui était promis. Même sur des petites distances, le moteur thermique prend le pas sur le moteur électrique. Par exemple au démarrage de la voiture ou lors d’accélérations.

Ensuite des tests ont été faits en condition plus dynamique. Cette fois, deux des trois modèles testés passent en thermique après 11 et 18 km alors qu’ils affichent des autonomies bien plus grandes.

Enfin des tests ont été réalisés avec uniquement le moteur thermique et la batterie électrique à plat. Les dépassements de CO2 deviennent alors très importants : 8 fois plus pour certains modèles que ce qui était affiché par le constructeur.

"Transport et Environnement" révèle donc que, même avec une conduite raisonnable, il est très difficile de ne pas basculer sur le mode thermique quand on roule dans des conditions réelles. D’après l’ONG, les moteurs électriques de ces voitures hybrides rechargeables sont mal conçus et pas assez puissants.

Voitures mal utilisées

Pour Xavier Daffe, rédacteur en chef du Moniteur Automobile, ce ne sont pas les moteurs électriques de ces voitures qui posent problème mais l’utilisation que l’on en fait : "Ces voitures hybrides ne sont pas achetées par des particuliers, elles le sont par des indépendants et des entreprises. Ils achètent cette voiture parce qu’il y a un incitant fiscal. "En effet, la majorité des véhicules hybrides rechargeables sont fiscalement déductibles et ce entre 90 et 100%. Xavier Daffe poursuit : "J’ai des exemples de gens qui nous écrivent pour nous dire que leur société leur a imposé une voiture hybride rechargeable, ils n’ont pas eu le choix. Ils ne rechargent jamais leur voiture parce qu’ils ont une carte essence payée et n’ont donc pas d’intérêt financier à la charger. C’est clairement une utilisation aberrante du véhicule hybride rechargeable. Un hybride rechargeable permet d’émettre moins de CO2 à condition qu’il soit rechargé le plus souvent possible. Dès qu’on a l’occasion de le brancher, il faut le faire." Diane Strauss, directrice France de "Transport et Environnement" ajoute : "Il y a aussi le problème que beaucoup d’entreprises proposent ce type de véhicule à leurs employés alors qu’ils n’ont pas accès à une prise chez eux."

Les règles européennes n’encouragent pas le bon usage

Selon Diane Strauss les règles européennes de réduction de CO2 ont un effet pervers sur les objectifs des constructeurs automobiles. "Les constructeurs proposent ce type de voiture aux clients parce que cela les aide à entrer en conformité avec le règlement européen qui exige que les constructeurs diminuent leur empreinte carbone de CO2 sur la totalité de leur flotte. Les constructeurs sont incités à vendre ces véhicules à des clients qui n’ont pas forcément le bon usage mais les ventes de ces voitures permettent aux constructeurs de se conformer au règlement européen."

Le ministre conscient des problèmes que posent les hybrides

Le ministre fédéral de la mobilité, Georges Gilkinet (Ecolo), dit être conscient des problèmes que posent les véhicules hybrides rechargeables. Il a pour objectif de les résoudre, en concertation avec le ministre des Finances et les Régions, également concernées. Plusieurs options sont envisagées et doivent encore être discutées. Il cite quelques exemples d’actions possibles : "Un relèvement du seuil de la capacité énergétique de la batterie pour augmenter l’autonomie en mode électrique. Ou encore : du point de vue fiscal, les détenteurs de véhicules hybrides doivent être encouragés à l’utilisation du moteur électrique, si non, vu le poids des véhicules concernés, l’avantage de la motorisation électrique sera totalement perdu."

Aline Delvoye

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