Vaccination en Belgique : les retards de livraison de Pfizer bousculent (un peu) l'agenda de la Task Force

Pfizer l’avait annoncé, l’entreprise ne sera pas en mesure de respecter son plan de livraison initial, avec des conséquences non négligeables en Belgique.

Pfizer l’avait annoncé, l’entreprise ne sera pas en mesure de respecter son plan de livraison initial, avec des conséquences non négligeables en Belgique. La Belgique recevra en réalité 7.000 doses de moins qu'elle aurait dû recevoir lundi.

"Par rapport à l'estimation initiale qui faisait état d'un manque de 40.000 doses, la réduction est donc modeste", précise-t-elle.

Les raisons de ces retards de distribution du vaccin sont à imputer à un choix de stratégie de production de Pfizer.

Cette nouvelle était totalement inattendue. Aucune consultation préalable n’a eu lieu avec la Belgique. La Taskforce estime que cette façon de procéder est incompréhensible et inacceptable.

Face à l’afflux prévisible de commandes, la société pharmaceutique veut être capable d’augmenter sa production, en doublant pratiquement ses prévisions pour 2021 qui passent désormais de 1,3 milliard de doses produites à 2 milliards. Un objectif où santé publique et impératifs économiques font bon ménage dans un environnement concurrentiel où les grands du "pharma" voient leur chiffre d’affaires s’envoler.

Reports annoncés pour les personnels de santé de première ligne

Pour Sabine Stordeur, membre du "commissariat COVID" en Belgique, cette diminution d’approvisionnement n’aura pas d’impact notable pour les patients les plus vulnérables au sein des maisons de repos. Par contre "elle pourrait en avoir sur le début du programme de vaccination des personnels hospitaliers et de première ligne qui devait normalement commencer la semaine prochaine".

Une information confirmée dans un avis de la Task Force : "Les entités fédérées ont analysé les implications de cette décision pour leur planning de la semaine prochaine. En pratique, la réduction de la quantité de vaccins livrés n'aura pas d'impact sur la vaccination du premier groupe cible, à savoir les résidents et le personnel des maisons de repos. Les hôpitaux qui avaient espéré débuter les premières vaccinations des professionnels de santé au début de la semaine prochaine selon un schéma accéléré, voient leur quota alloué légèrement réduit. Les chiffres seront communiqués aux hôpitaux concernés dans les plus brefs délais".  

La conséquence de ce retard de livraison se fait sentir déjà sentir par exemple à l’UZ Gand qui ne débutera pas ce samedi la vaccination de son personnel soignant, une situation jugée particulièrement regrettable par la direction de l’hôpital qui doit replanifier son agenda de vaccination.

D’ailleurs, pour Xavier De Cuyper, le patron de l’agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS), cette annonce "sans explication claire" moins de 48 heures avant la livraison attendue est "incompréhensible" et "inacceptable", a-t-il commenté ce samedi lors d’une vidéoconférence de presse.
 

Un impact qui varie de pays à pays en Europe

D’autres pays que la Belgique sont nettement moins impactés, comme la Norvège avec ses cinq millions d’habitants, qui voit ses livraisons diminuer de 8000 unités, un chiffre qui sans connaître le nôtre alors, était jugé "gérable" par Dirk Ramaekers, notre dirigeant de la taskforce vaccination, mais il ajoutait prudemment : "si l’impact est plus important en Belgique, des adaptations seront sans doute nécessaires". On sait que c’est désormais le cas, puisque selon les chiffres communiqués par Pfizer, l’impact chez nous sera cinq fois plus important qu’en Norvège.

Pour Xavier De Cuyper, le patron de l’agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS) : "Cela va nous obliger à repenser le schéma de vaccination pour la semaine qui vient". Dans un communiqué publié samedi, Pfizer amortit le choc en annonçant que la durée des retards sera plus courte qu’annoncée initialement, soit une semaine au lieu de trois ou quatre, mais le début du rattrapage des livraisons reste bien fixé au 15 février comme initialement annoncé.

"Nous avons été très surpris", a renchéri Dirk Ramaekers, le chef de la taskforce. "Ça n’a pas été notre meilleure soirée…".

Pas d’impact négatif sur l’administration de la seconde dose du vaccin

On sait que la deuxième dose du vaccin Pfizer doit être administrée au patient après 21 jours. Les responsables belges du "commissariat COVID" ont précisé que tout est néanmoins prévu pour garantir aux résidents des maisons de repos qu’ils pourront disposer de cette seconde dose dans les délais impartis. Sachant aussi que cette période démarrant au 21e jour peut être prolongée en cas d’absolue nécessité jusqu’à 42 jours sans risque pour la santé, un laps de temps qui aurait été validé dans les études cliniques réalisées par Pfizer.

La Task Force demande à Pfizer d'informer des changements éventuels

La Task Force demande instamment à Pfizer de communiquer tout changement à temps afin d'éviter une telle situation à l'avenir et compte sur la livraison du nombre prévu de flacons dans les semaines à venir.

"Nous nous réjouissons de l'augmentation annoncée de la capacité de production qui, grâce à la collaboration européenne, aura également un impact positif important sur la stratégie de vaccination de la Belgique à partir du deuxième trimestre", conclut l'avis de la Task Force.

 

 

 

Patrick Michalle

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