Une frontière-poubelle en pleine zone naturelle: une riveraine intervient (vidéo)

Annie Oger ramasse des caddies entiers de déchets… sur un "no man’s land" délaissé par les autorités et souillé par les frontaliers.

Une amoureuse de la nature

Il y a 3 ans, Annie décide de changer de vie ; elle vend son salon d’esthétique et s’installe dans sa maison de vacances, dans ce "no man’s land" qu’elle affectionne tant. "J’ai décidé de vivre mieux, avec moins", raconte cette dermo-pigmentiste. "J’adore cette zone semi-sauvage, je vis dans un écrin de verdure où il y a beaucoup d’oiseaux de toutes sortes : des cygnes, des canards, des hérons,…".

Sa passion pour la nature explique sa détermination à ramasser, toutes les semaines, des caddies entiers de déchets. "Les jeteurs sont des consommateurs compulsifs. Ils achètent des canettes, du tabac et des tickets de loterie dans les shops des stations-services belges. Ils consomment directement et jettent tout le long de la route sur le trajet du retour vers la France. Ils sont entre 2 pays et ont un sentiment d’impunité."

Pas question pour Annie de fermer les yeux face à la dégradation de son paradis naturel. Au volant de son vélo électrique, elle arpente ce tronçon de 1,2 km. "Je ramasse tous les 10 jours. Après mon passage, tout redevient vert… mais je dois systématiquement recommencer, encore et encore". En quelques minutes, Annie remplit un trolley de canettes de bière, bouteilles d’eau et de soda, tickets de loterie et paquets de cigarettes.

Montrer aux jeteurs l’étendue de leurs actes

Annie ne se contente pas de ramasser, elle veut sensibiliser. "J’ai eu l’idée de fabriquer des guirlandes de déchets que je place sur les panneaux de signalisation aux entrées et sorties des pays."

Cette initiative spontanée n’a pas plu aux autorités. "Au début, la municipalité de Givet enlevait systématiquement mes guirlandes." Alors, Annie a voulu expliquer son message. "J’ajoute systématiquement un panneau 'Frontière = poubelle ?' pour interpeller les automobilistes et leur montrer la quantité des déchets qu’ils jettent."

Depuis, la municipalité laisse les créations d’Annie, sauf quand ça fait tache. "Lors des fêtes de Noël ou en période estivale, je pense que les services communaux reçoivent des ordres. Ils enlèvent tout… mais je remets toujours", sourit-elle, déterminée.

Des animaux tués par les déchets

Selon Annie, le problème est profond et témoigne d’un individualisme. "Les jeteurs ne se rendent pas comptent de ce qu’ils font. Chacun jette sa petite quantité de déchets sans prendre conscience de l’accumulation des actes de la masse." Le comportement des jeteurs s’inscrit dans une démarche consumériste. "Ils sont dans l’immédiateté. J’achète, je consomme, je me décharge. Ils considèrent cet endroit comme une décharge !"

La décharge a des conséquences directes sur les animaux de la zone semi-sauvage, plusieurs d’entre eux décèdent après avoir ingéré des restes de canettes. "Plusieurs fois par an, une broyeuse passe le long de la route. Elle déchiquette les canettes, qui se mélangent à l’herbe que les animaux mangent." Il y a quelque temps, Annie a même sauvé un cygneau de l’étouffement. "Mais on ne peut pas sauver tous les animaux, l’année passée, un ragondin est mort à cause des déchets."

 

"Aide la nature et elle t’aidera": une détermination sans failles

Annie est consciente que son action n’est pas logique. "Clairement, ce n’est pas à moi de faire ça. Mais si je ne le fais pas, qui le fera ? Dans un aussi petit espace, sur ces 1200 mètres, je peux avoir un impact individuel."

Cette mission lui prend beaucoup de temps et d’énergie mais elle refuse de baisser les bras. "J’espère qu’un jour, je n’aurai plus besoin de faire ce travail curatif et que les autorités auront mis des solutions préventives en place." Annie pense à l’installation de poubelles le long de ce halage touristique, de panneaux de sensibilisations mais aussi par des consignes sur les canettes.

"Je me sens responsable de ce tronçon, je pense que la nature me récompensera… parce que 'Aidez la planète et elle nous aidera !'"

Amélie Bruers

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