Un ministre japonais veut montrer l'exemple et prend un congé de paternité, une première dans le pays

Le ministre de l’Environnement, Shinjiro Koizumi, plus jeune représentant du gouvernement japonais, va provisoirement mettre de côté ses fonctions gouvernementales pour endosser un nouveau rôle, celui de père, et entrer ainsi dans l’histoire du Japon.

Un congé de paternité aménagé qui a commencé ce vendredi, suite à la naissance de son fils, et qui devrait durer trois mois. Une première dans le pays.

"Je veux prendre au total deux semaines, hormis pour les obligations importantes", a déclaré le fils de l’ancien Premier ministre Junichiro Koizumi, dont les faits et gestes sont scrutés de près par les médias locaux, du fait de son statut d’étoile montante de la politique japonaise.

Le ministre Koizumi avait annoncé avant l’accouchement de sa femme qu’il avait l’intention de prendre environ deux semaines de congé de paternité pendant les trois mois suivant la naissance, selon la chaîne publique nippone NHK. Il a également annoncé qu’il prévoyait, entre autres, de faire du télétravail.

Le ministre de l’Environnement dit qu’il est conscient qu’il pourrait faire l’objet de critiques, car cette décision est sans précédent pour un ministre en exercice. Il a exprimé l’espoir qu’il pourra équilibrer son travail et ses responsabilités en tant que père. Il a ajouté qu’il veut promouvoir davantage les réformes du travail qui vont dans le sens d’un meilleur équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée.

Le porte-parole de l’exécutif, Yoshihide Suga, a soutenu mercredi cette initiative, estimant "important de favoriser l’acceptation de la prise de congés de paternité et inciter les intéressés à en faire la demande et à les prendre réellement".

Des congés de paternité quasiment jamais pris par les hommes

Une incitation du gouvernement japonnais envers les hommes qui deviennent papa, dans ce pays où le travail est une valeur essentielle de la société et où les employés ont l’habitude de sacrifier leurs vies privées pour être des travailleurs modèle.

Sur le papier, la loi japonaise est plutôt généreuse en termes de congés parentaux : elle autorise tant la mère que le père à faire une pause allant jusqu’à un an après la naissance d’un enfant. Ce congé peut par ailleurs être prolongé au-delà d’un an si aucune place en crèche n’est disponible.

Le ministère de la Santé, du Travail et de la Protection sociale au Japon a donné des chiffres et ils sont éloquents. 82,2% des femmes ont pris un congé de garde d’enfants dans des entreprises privées au cours de l’exercice 2018. Mais c’est le cas de seulement 6,16% des hommes a pris ce type de congé. Soit un papa japonnais sur seize.

Par ailleurs, sur les rares hommes à prendre un tel congé, plus de 70% d’entre eux sont absents moins de quinze jours de leur travail. C’est donc un exemple que veut donner le ministre qui est soutenu par son gouvernement. Une tendance qui s’expliquerait par des préjugés tenaces.

Encouragements du gouvernement qui souhaite améliorer le taux de natalité

L’équipe ministérielle a largement salué la décision de son plus jeune ministre. La ministre de la Justice, Masako Mori, a déclaré qu’elle espérait que Koizumi montrerait qu’un homme occupant un poste de direction peut prendre un congé de paternité.

La ministre de l’Autonomisation des femmes, Seiko Hashimoto, a déclaré que seule une personne ayant pris un congé de paternité peut persuader les autres de le faire.

Le ministre de l’Education Koichi Hagiuda a déclaré que, bien que le cas de Koizumi soit différent de ceux du secteur privé, il espère que Koizumi ouvrira la voie et encouragera le peuple japonais à faire de même.

Le faible recours aux congés paternité est considéré comme l’une des multiples causes du très faible taux de natalité au Japon, que le gouvernement tente de redresser en augmentant les places en crèche et en incitant les femmes à retravailler après avoir eu des enfants.

Grégoire Ryckmans avec agences

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