Liege 4000

Un cabinet d'avocates, spécialistes des droits de l'Homme, au cœur de Liège

Elles sont cinq avocates.

Cinq jeunes femmes, âgées de 32 à 38 ans. Ensemble, elles ont décidé de créer un nouveau cabinet d’avocats d’avocates en l’occurrence implanté en plein cœur de Liège. Leur spécialité : la défense des droits humains.

L’étiquette militante est associée à quelque chose de moins professionnel

L’indignation sera leur moteur, l’engagement leur marque de fabrique. Elles n’ont pas peur des mots : " Libra " sera un cabinet militant. Un terme selon elles trop souvent dénigré dans la profession. " Souvent, l’étiquette militante est associée à quelque chose de moins professionnel ou de moins compétent ", soutient Amélie Adam.

Les cinq associées ont ouvert leur cabinet il y a quelques jours seulement. Au sol, quelques cartons attendent encore d’être déballés. Au-dessus de la grande table de réunion de récup, une déclaration universelle des droits de l’Homme a été placardée à la va-vite, en attendant mieux.

On ne combat pas pour un dossier, on combat pour quelqu’un

Une déclaration des droits de l’Homme, comme pièce maîtresse de son cabinet, c’était le rêve de Sybille Gioe. " Les gens nous disent souvent : tu devrais prendre de la distance. Moi je m’inscris en faux contre ça ".

La jeune avocate refuse de rester de marbre, devant certains dossiers qu’elle a à traiter. " En s’occupant du droit des étrangers, on a des clients qui ont vu des naufrages, qui ont vu 60 personnes mourir sous leurs yeux. C’est vrai que souvent, on prend ces combats à cœur et notre indignation on la recycle en force de mobilisation. On ne combat pas pour un dossier, mais on combat pour quelqu’un. Ça fait toute la différence ".

Chacune a ramené ses copines engagées

Tamara Nissen, Karolin Arari-Dhont, Sybille Gioe, Amélie Adam, Estelle Berthe : ces cinq avocates ont déjà toutes quelques années de carrière derrière elles et s’apprêtent à accueillir une stagiaire dans leur nouveau cabinet. Dans leur vie professionnelle, elles se sont croisées, se sont appréciées, se sont trouvé des points communs. " Il y a tout de même une histoire d’amitié au départ ", confirme Sybille Gioe. " On n’est pas vraiment un groupe d’amies, mais chacune a ramené ses copines engagées. "

Des cabinets comme Libra, cela ne court pas les rues, ni à Liège, ni ailleurs en Belgique francophone. " Il y a un manque", confirme Sybille Gioe. " Il y a des avocats plic-ploc dans les cabinets qui sont spécialisés dans des matières très engagées, mais le constat, c’est qu’ensemble, on est beaucoup plus forts. "

" On est toutes, dans cette dynamique d’indignation sur des thématiques qui traitent des droits humains mais qui sont assez larges. Cela peut être le droit des étrangers, mais aussi toute la matière environnementale. Et puis on a aussi toutes un engagement plus large, dans des associations ou dans des mouvements militants ", détaille Amélie Adam qui est aussi juriste dans un centre de planning familial.

Ça n’est pas toujours évident d’être maman et avocate

Autre aspect qui leur tient à cœur : le droit des avocates et avocats à une vie privée. Karolin Arari-Dhont est spécialiste du droit pénal et de l’environnement " et aussi maman d’un petit garçon de 15 mois ". " Au sein du barreau, ça n’est pas toujours évident d’être maman et avocate ", assure-t-elle. " C’est quelque chose qu’on a voulu prendre en compte dans ce cabinet. Ici, il n’y a pas de réunion le mercredi après-midi ou le vendredi parce que mon fils ne va pas encore à la crèche le vendredi. "

Moi j’ai énormément de clients qui me tutoient

Drapé dans sa toge, l’avocat peut sembler inaccessible à bien des justiciables. Une image que ces avocates comptent bien faire évoluer. " On ne laisse pas repartir le client tant qu’il n’a pas compris " martèle Sybille Gioe. " Ça demande du temps, de réfléchir à la manière dont on communique. Ça demande de cesser de se mettre sur un piédestal. Moi j’ai énormément de clients qui me tutoient et ça ne me pose aucun problème ".

On ne veut pas perdre l’esprit humain, la bienveillance et l’ouverture

" Un élément qu’il faut développer dans notre profession, c’est l’empathie ", estime Karolin Arari-Dhont. " Il y a cette compétence et cette technicité qui sont présentes. Mais on ne veut pas perdre l’esprit humain la bienveillance et l’ouverture", renchérit Tamara Nissen.

 

 

Barbara Schaal

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