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Un an après, les gilets jaunes de Namur tentent de se remobiliser

Namur n’est pas l’épicentre de la mobilisation des gilets jaunes en Belgique.

C’est pourtant au dépôt pétrolier de Wierde que tout a commencé, en même temps qu’à celui de Feluy. Le soir du 15 novembre, alertés par l’actualité française, une quinzaine de gilets jaunes décident d’empêcher le ravitaillement des camions-citernes pour protester contre l’augmentation du prix des carburants. "Nous avons tenu 72 jours, rappelle fièrement Marc-Henry Jamain, un gilet jaune de la première heure. Le carburant, c’est un produit de première nécessité, comme l’alimentation, l’électricité, le chauffage. C’est toujours notre principale revendication : plus de justice sociale. Il faut que tout citoyen puisse vivre décemment."

Mais très vite une deuxième revendication se profile : le référendum d’initiative citoyenne ou RIC. Dans les manifestations, à Namur comme ailleurs, on voit fleurir les panneaux réclamant plus de pouvoir aux citoyens, au travers de mécanismes de participation ou de démocratie directe. Les gilets jaunes défilent notamment sur le marché de Namur avec un cercueil pour dénoncer "l’enterrement de la démocratie" dans le dossier du Parc Léopold (la ville ayant décidé de construire un centre commercial à cet endroit malgré un premier avis négatif des Namurois). Les gilets jaunes réveillent aussi plusieurs élus namurois, dont le bourgmestre Maxime Prévot, en organisant un chambard matinal devant leur domicile.

Au printemps, les gilets deviennent verts

Au printemps, ce sont des gilets verts qui tiennent le haut du pavé, avec les manifestations pour le climat. La cohabitation entre les deux mouvements ne se passe pas toujours très bien, quelques tensions apparaissent même dans les cortèges, et les jaunes petit à petit se font plus discrets.

Un an après les premières mobilisations, que reste-t-il du mouvement des gilets jaunes à Namur ? Le groupe Facebook rassemble un peu plus de 600 membres, qui échangent régulièrement sur le réseau social, mais une petite vingtaine seulement sont vraiment actifs. "Nous nous réunissons presque une fois par semaine", raconte Camille (prénom d’emprunt), qui insiste sur une "convergence des luttes" entre les gilets jaunes et les gilets verts. "Le groupe Student for climate Namur organise avec nous le rassemblement de ce samedi pour marquer le premier anniversaire des gilets jaunes. Et le groupe des gilets jaunes Namur participera à la Global strike pour le climat du 29 novembre."

Les tendances centrifuges du mouvement

Mais cette volonté affichée de convergence ne masque pas complètement les tendances centrifuges d’un mouvement bigarré. A Namur, comme ailleurs, une partie des gilets jaunes est très mobilisée contre les "injustices sociales". Les revendications sont d’abord économiques : diminution du coût des carburants, diminution de la TVA sur les produits de première nécessité, augmentation des pensions… Au nom de la défense des "petites gens", certains réclament même une politique plus restrictive en matière de migration. Politiquement, la balance penche ici plutôt à droite.

Une autre tendance du mouvement insiste surtout sur le besoin de réformer le système politique pour donner plus de pouvoir aux citoyens, favoriser la démocratie directe avec, par exemple, le référendum d’initiative citoyenne. Ici, la balance pencherait plutôt à gauche.

On trouve enfin dans les gilets jaunes namurois une troisième tendance, que l’on pourrait qualifier d’écologique radicale, qui flirte avec la désobéissance civile, dans l’esprit d’un mouvement comme Extinction rébellion.

C’est trois tendances se retrouveront côte à côte samedi dans les rues de Namur pour marquer le premier anniversaire du mouvement des gilets jaunes. Les organisateurs espèrent à cette occasion relancer une dynamique. Mais à quelques heures du rassemblement, sur la page Facebook du groupe, une centaine de personnes seulement annoncent leur participation.

 

 

François Louis

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