Toujours pas de gouvernement fédéral, mais les Belges ne s'en inquiètent pas beaucoup

Nous avons voté il y a plus de six mois.

Il y a un an, le gouvernement fédéral vacillait sur fond de désaccord avec la N-VA au sujet du pacte de Marrakech, et aujourd’hui, les chances de voir un gouvernement fédéral sous le sapin sont faibles. Cette situation ne semble pourtant pas trop émouvoir la population, si l’on compare aux crises fédérales précédentes de 2007 et 2010, où les citoyens s’étaient mobilisés. Nous sommes allés à la rencontre de personnes qui avaient lancé des initiatives pour réclamer un gouvernement à l’époque. Nous leur avons demandé quel regard ils portent le blocage fédéral actuel.


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Nous montons tout d’abord au 34e et dernier étage de l’une des plus hautes tours de Bruxelles, où l’on voit flotter depuis plus de dix ans, un drapeau belge flanqué d’un cœur jaune. Jacques de Selliers nous montre le balcon de son appartement où il a pendu le fameux drapeau. "Je l’ai accroché début 2008 il me semble. C’est une jolie décoration et un joli souvenir d’une belle époque". Jacques fait référence à la fin de l’année 2007, début 2008. Nous sommes alors en pleines négociations de ce qu’on appelait l’orange bleue, alliance des libéraux et des démocrates chrétiens. La négociation patine autour de la scission de BHV et se prolonge. Inquiets, des Belges mettent des drapeaux aux fenêtres et manifestent en novembre pour l’unité de la Belgique. L’immeuble où habitude Jacques était alors couvert de bannières noir-jaune-rouge. Aujourd’hui, il n’en reste plus qu’un.

Les Belges doivent-ils déjà s’inquiéter de la situation actuelle ?

Au moment du blocage fédéral de 2007-2008, les drapeaux sont apparus aux fenêtres dès la fin septembre, soit un peu plus de 100 jours après les élections. Aujourd’hui, nous avons dépassé ce délai, mais après la très longue crise institutionnelle de 2010-2011, les Belges ne s’étonnent manifestement plus de ces formations qui n’en finissent pas. Jacques ne décrocherait plus son drapeau pour descendre dans la rue. "Ce n’est qu’une petite crise de six mois. On en a connu de bien plus longues -541 jours si je me souviens bien. Ce doit être la lassitude ou l’habitude mais je ne suis pas convaincu que ce soit une mauvaise chose".

"Avec ou sans gouvernement après tout quelle différence ?"

Ces sentiments ne sont peut-être pas sans effet sur l’importance que l’on accorde à ce gouvernement fédéral. Pierre Verjans, politologue à l’ULG, explique que lors des deux crises précédentes "Le pays a continué à tourner. Les impôts ont continué à être payés, les dépenses de l’Etat honorées, donc on ne voyait pas nécessairement l’inconvénient de ne pas avoir de gouvernement. Il est vrai que l’intérêt pour ce gouvernement fédéral s’amenuise dans l’imaginaire des gens alors que c’est concret et très important".

2010-2011 : 541 jours de négociations autour de la 6e réforme de l’état. Des Belges s’étaient mobilisés

On parlait à cette époque de "révolution moules-frites". Une sénatrice sp.a avait appelé à la grève du sexe tant qu’il n’y avait pas de gouvernement et certains ne se rasaient plus la barbe. Le 23 janvier 2011 après sept mois de blocage, plus de 30.000 Belges marchaient dans la rue à l’appel d’une poignée d’étudiants. Geoffrey Hantson, un publicitaire, créait "Camping 16", sorte de sit-in virtuel devant le 16 rue de la Loi, et 160.000 personnes s’inscrivaient sur son site web pour demander un gouvernement. Aujourd’hui Geoffrey ne ressent plus du tout le même engouement. "Il y a une apathie totale dans la population. C’est un peu comme un processus de deuil. Quand on estime qu’une chose est injuste on se met en colère, mais ensuite on s’adapte à la situation, ce qui est beaucoup plus grave".

Ces mouvements ont-ils eu un effet sur la formation des gouvernements précédents ?

L’effet était surtout symbolique. En 2007 un gouvernement de transition s’est mis en place, mais la crise institutionnelle a perduré et celle de 2010-2011 n’était qu’un héritage de la crise larvée de 2007-2008. Par contre, plusieurs mois après la manifestation, les alertes venues du monde économiques en 2011 ont vraiment fait bouger les lignes. L’absence de gouvernement commençait à peser sur la crédibilité de l’État belge, dans un contexte de crise des dettes souveraines. Voilà qui a probablement eu plus d’impact que les drapeaux aux fenêtres.

 

I.L. avec Baptiste Hupin

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