Mons 7000

Tendance: des banquiers sans cravate, des avocats en basket

Ils sont de plus en plus nombreux à délaisser le "costard-cravate" au profit d'un look "casual chic" au bureau.

Cela a des répercussions sur les ventes de costumes et d'accessoires haut de gamme, mais l'offre s'adapte également en conséquence. Et le "trois pièces" n'a pas dit son dernier mot. 

Si vous croisez Ivanis Iali Prete, en costume cravate, dans sa banque de Quaregnon, c'est qu'il se prépare quelque chose de spécial. Un event, le soir? La visite d'un "big boss"? Peut-être bien...Car d'ordinaire, Ivanis adopte un look confortable. "Aujourd'hui, par exemple, je porte un pantalon en laine, une chemise, un petit pull". Comme bon nombre de ses collègues, ce banquier préfère être à l'aise, plutôt que de recevoir ses clients engoncé dans des vêtements trop raides, le col serré par un gros nœud de cravate. "Je n'en suis pas encore à porter des baskets, quand même!" précise Ivanis en riant.

Ca facilite le dialogue

S'il opte pour ce look vestimentaire, ce n'est pas que pour des raisons de confort. La relation avec la clientèle en serait facilitée. "Les gens sont plus à l'aise, si vous vous présentez à eux dans des vêtements décontractés. C'est valable ici dans le Borinage, mais je pense aussi ailleurs! Et n'oublions pas que certains de mes clients viennent me voir en habits de travail. Ce sont parfois des entrepreneurs, qui débarquent en rendez-vous avec un jeans usé, parfois tâché, parce qu'ils sont en train de travailler sur chantier. Ils ont surtout besoin d'écoute. Le look vestimentaire, c'est totalement relégué aux oubliettes!"

Comme lui, ils sont de plus en plus nombreux à laisser leur costume-cravate dans la penderie. On le constate, dans les boutiques spécialisées. "C'est vrai qu'il y a une évolution", explique Bénédicte Branquart, vendeuse dans le centre-ville montois. "Dans certaines professions, le costume se fait un peu plus rare. Plutôt que d'acheter un costume, les clients vont opter pour deux pièces indépendantes de qualité, mais qu'ils pourront porter séparément, avec une autre pièce plus décontractée". Les marques s'adaptent.

En témoignent quelques modèles arrivés récemment en magasin. "Voyez ce costume, en velours. La coupe est plus confortable. Il n'y a pas de doublure à l'intérieur. Et surtout, la fermeture du pantalon est pareil à celle d'un jogging. On a remplacé le bouton habituel par des liens, à serrer. C'est la grande tendance du moment: amener un côté streetwear au costume. Et avec ce type de modèle, on peut même se permettre de porter des baskets. Des baskets chic, mais des baskets quand même!" 

Le costume traditionnel est-il devenu indésirable? "Ah non!", rétorque Bénédicte, "heureusement, il y a les mariages!" Et là, plus que jamais nous dit-elle, on sort le grand jeu. "On revient très fort au costume trois-pièces traditionnel, avec le petit gilet, etc." Plus question d'être "casual chic", le jour J. "Non. Un homme qui se marie veut être bien habillé, très bien habillé". Les couleurs évoluent, en revanche: les couleurs vives, le bleu par exemple, remplacent le noir. Des imprimés plus extravagants ou complètement rétros reviennent à la mode. Les nœuds pap', les larges cravates… "C'est la suite de toute cette mode masculine un peu rétro, les barbes, les hipsters…", conclut Bénédicte. Elle et sa patronne seraient fort déçues si le costume tombait en désuétude, et pas que pour des raisons commerciales. "Ce serait dommage! C'est si flatteur, un costume bien taillé!" 

Comme dans bien d'autres secteurs du commerce, internet grignote des parts de marché. Des costumes à bas prix, fabriqués aux quatre coins du monde, circulent sur la toile, et contribuent au déclin des petits artisans. Mais notre spécialiste met en garde: "si vous achetez sur internet, mieux vaut avoir une taille standard". Si vous êtes trop grand, trop maigre, trop petit, trop rond, bonjour la déception. 

Charlotte Legrand

Retrouvez l'article original sur RTBF