Steward, monitrice de plongée, restaurateur : ces Belges ont dû changer temporairement de métier pour faire face à la crise

Ils s’appellent Marvyn, Emilie et Thomas et ils ont tous les trois été impactés professionnellement par la crise du coronavirus.

Depuis la première et pour d’autres, la seconde vague, ils exercent une activité temporaire en attendant de pouvoir retrouver leur travail initial. Aujourd’hui, ils nous racontent comment ils s’adaptent à ce nouvel emploi qu’ils n’auraient jamais pensé exercer un jour. 

Marvyn : de steward à agent au contact tracing

Marvyn Coquel est steward sur les vols longs-courriers de Brussels Airlines. Suite au coronavirus, alors qu’il comptabilisait environ six vols par mois, il ne lui en reste plus qu'un voire deux aujourd’hui. Marvyn est donc au chômage temporaire depuis le mois de mars. Pour s’en sortir financièrement, il a dû trouver un travail supplémentaire : "Au mois de mai, j’ai commencé à postuler dans d’autres entreprises, dans des supermarchés. Mais ça ne me plaisait pas vraiment. J’ai ensuite posé ma candidature dans un restaurant. J’y ai travaillé jusqu’au deuxième confinement. Et puis, j’ai reçu un mail pour me dire que le centre de contact tracing à Bruxelles était à la recherche de personnel. J’ai postulé et je suis ici depuis un mois".

S’il n’est pas toujours facile de jongler entre deux boulots, Marvyn a finalement trouvé son rythme et met ses compétences de steward au service de la gestion de la crise : "En tant que steward, on se doit d’être empathique et patient. J’applique ce que j’ai appris dans le milieu de l’aviation. J’écoute les personnes, je les rassure si elles en ont besoin et je les oriente". Si Marvyn gagne aujourd’hui un salaire quasiment équivalent à celui qu’il touchait avant la crise, il espère pouvoir rapidement reprendre le chemin de l’aviation à temps-plein : "J’essaie de rester positif". 

"C’est un bon élément de l’équipe", nous confie François-Xavier Dohet, project manager au contact tracing de la Région bruxelloise. "Il y a vraiment un matching entre entre le fait que de notre côté, on a dû recruter jusqu’à 200 personnes en deux mois et de l’autre, le fait que des gens avaient besoin d’un emploi. De part et d’autre pour l’entreprise et les chômeurs temporaires, il y a avait un matching gagnant".

Le centre de contact tracing bruxellois a en effet recruté environ 200 personnes supplémentaires entre les mois de septembre et d’octobre 2020 pour assurer ce service de call center. Parmi ces recrutements, beaucoup sont des chômeurs temporaires. Aujourd’hui en tout, ce sont 300 personnes qui exercent ce travail en Région bruxelloise. Un nombre qui sera adapté en fonction de l’épidémie nous dit-on. "Mais il n’est pas à l’ordre du jour de diminuer les effectifs", ajoute François-Xavier Dohet. 

Thomas : de restaurateur à maraîcher 

Suite à la fermeture des restaurants, ce n’est plus dans son établissement Horeca mais à la ferme des Grands Prés à Liberchies (Pont-à-Celles) que nous retrouvons Thomas Beeckaert. "Je suis responsable d’un établissement qui se trouve à Tournai, un resto-bar qui a ouvert cinq mois avant la Covid. On a déjà dû fermer le 14 mars. Six mois après, on a rouvert et puis on a dû refermer. Ce sont des hauts et des bas mais c’est la vie". Thomas est donc lui aussi au chômage temporaire et a trouvé cette nouvelle activité de maraîcher via ses relations: "Comme mes parents habitent dans le village, j’avais un contact à la ferme; ce qui m’a permis d'atterrir ici". 

En travaillant dans ce que le gouvernement appelle un secteur crucial tel que le secteur agricole, Thomas touche actuellement un salaire de maraîcher saisonnier tout en gardant 75% des ses allocations de chômage. Ce serait également le cas s’il travaillait par exemple dans les secteurs des soins de santé, de l’enseignement et de l’horticulture. "L’argent est un petit complément mais le but premier, c’est de continuer à travailler, de garder un rythme de travail", explique-t-il. "C’est une fierté de continuer à se lever le matin et d’aller travailler dans un boulot qui n’est pas facile, qui est physique". 

Thomas voit également cette expérience comme une occasion de découvrir un autre métier: "C’est nouveau même si vu que c’est de l’alimentaire, c’est quand même un peu lié à l’Horeca. C’est une autre facette du boulot que je découvre".

Emilie : de Bali à Liberchies

Avant la crise du coronavirus, Emilie avait décidé de faire sa vie à Bali. Elle avait passé les brevets nécessaires pour devenir monitrice de plongée. "Je suis revenue en Belgique au mois de février 2020 pour voir un peu ma famille et mes amis", nous raconte-t-elle. Mais en mars, l’Indonésie ferme ses frontières : "Je n’ai pas pu repartir à Bali pour travailler. Et donc me voilà coincée ici".

Pour gagner de l’argent, elle trouve elle aussi cette activité de maraîchère à Liberchies : "J’ai regardé via mes contacts sur Facebook et j’ai découvert cette ferme". Si elle a hâte de retourner à Bali, elle préfère également voir le côté positif de cette expérience : "J'ai rencontré des personnes très sympathiques. Il y a un réel esprit d'équipe. Et puis, j'ai appris un métier que je n’avais jamais exercé avant. Moi qui suis dans la plongée et dans l’eau, ça m’a ramenée à la terre et à ses racines”. 

C'est n’est donc pas seulement pour l’aspect financier mais aussi pour garder un rythme de travail et pour soutenir des secteurs cruciaux que certains chômeurs temporaires trouvent une nouvelle activité. Même s'ils espèrent qu'elle ne sera qu'éphémère. 

E. Groutars

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