Namur 5000

Selfmatic ne répond plus : des dizaines de clients et de travailleurs dans l'angoisse

Judith et Daniel espéraient terminer les travaux en avril et pouvoir profiter d’une maison totalement rénovée cet été.

Ils n’y seront probablement pas, obligés de vivre à plusieurs kilomètres de là. "On a fait appel à Selfmatic pour tout ce qui est chauffage et ventilation. Le principe est celui-ci. Vous achetez le matériel, et vous le posez vous-même. Selfmatic réalise la mise en service finale de l’installation, et permet de profiter d’une TVA à 6%". "Cela nous semblait très correct. Mon fils étant dans le bâtiment, il pouvait nous aider à poser ce matériel", poursuit Judith. Sauf qu’une partie seulement de la commande leur a été livrée. "On devait recevoir début janvier des radiateurs, des vannes thermostatiques, une vanne Wi-Fi…"

Tout est pourtant payé. Mais quand ils appellent pour prendre des nouvelles, "plus aucune réponse. Ni par téléphone, ni par mail. Au début, on s’est dit qu’ils étaient sans doute en inventaire", explique Daniel. "Je me suis rendu en personne au magasin de Saint-Ghislain. Sur la porte, une simple feuille annonçait qu’ils étaient fermés ce jour-là. J’ai pensé à la grippe. Mais non. Depuis, zéro nouvelle. Rien non plus sur leur site internet". Des témoignages comme celui-ci, nous en avons recueilli plusieurs, aux quatre coins de la Wallonie. Des clients sans nouvelle de la marchandise qu’ils ont commandée tentent d’interpeller les responsables de l’entreprise, depuis des semaines. Philippe, un Namurois, a créé une page Facebook, pour réunir un maximum de clients lésés, et partager les informations qu’ils glanent çà et là. "Pour ma part, j’attends une partie sanitaire, une partie électricité, chaudière et tout ce qui va avec pour le raccordement. Je me retrouve avec des surplus de marchandises que je ne saurai plus remettre chez Selfmatic pour un remboursement…"Sur la page Facebook, chacun partage son expérience et dévoile les sommes versées à l’entreprise. "Certaines personnes ont versé des acomptes de parfois 8000, 10.000 euros pour une chaudière dont ils n’ont pas vu la couleur ! On sait aussi, via des fournisseurs que Selfmatic leur doit de l’argent à eux aussi", résume Philippe.

"Ce qui me révolte particulièrement", précise Judith, "c’est d’apprendre qu’en novembre encore, Selfmatic a contacté des clients pour les encourager à verser de nouvelles tranches d’acompte. Alors que la société est, semble-t-il en difficulté depuis octobre ! Ils savaient. Mais ils ont quand même réclamé de nouveaux paiements ! Je suis en colère parce que je me dis que tout cela va toucher des gens qui, déjà, ne roulaient pas sur l’or. Si on opte pour un système comme Selfmatic, et qu’on s’amuse à poser son installation de chauffage soi-même même, c’est qu’on n’a pas les moyens de se payer une installation réalisée totalement par des professionnels ! Le temps passe. Nous avons besoin de radiateurs pour terminer notre projet. D’autres en ont besoin tout simplement pour se chauffer, en plein hiver. Qu’attend Selfmatic pour nous informer ?"

Nous avons contacté quelques travailleurs, employés sur des sites différents. "Nous avons reçu une prime de fin d’année, mais pas de salaire en décembre", explique l’un d’eux. "Un SMS nous est également parvenu, nous disant de ne plus venir travailler. Une bonne partie du personnel ne travaille plus, la communication est désastreuse. On parle de faillite imminente…"
 

L’entreprise est en phase de réorganisation judiciaire, depuis le 24 décembre. Un juge consulaire a été désigné. L’objectif est de tout tenter pour éviter la faillite, c’est une procédure "de la dernière chance" en quelque sorte. En général, les sociétés en réorganisation judiciaire poursuivent leur activité. Certaines parviennent à surnager, parfois à trouver un repreneur, mais le risque du dépôt de bilan est bien là. Dans le cas qui nous concerne, la faillite est même fort probable. Ce jeudi, devant la Troisième Chambre du Tribunal de Commerce de Bruxelles, les dirigeants ont demandé que l’on mette fin à cette procédure. En clair, que l’on passe tout de suite à la case "faillite". Les juges vont examiner cette demande. "S’ils accèdent à cette demande, ce qui n’est pas certain, la faillite pourrait être prononcée la semaine prochaine", indique la porte-parole du tribunal. Dans le cas contraire, la procédure de réorganisation judiciaire pourrait reprendre son cours.

En cas de dépôt de bilan, les travailleurs perdront leur emploi. "Nous, clients, ne nous faisons pas d’illusion", réagit Philippe. "S'il y a faillite, nous serons servis en dernier lieu, après tous les autres créanciers. On risque de ne pas revoir la couleur de nos acomptes pour une chaudière, des tuyaux, et bien d’autres choses encore". "Je pense que beaucoup de clients ignorent encore les difficultés dans lesquelles se trouve l'entreprise. Tout comme nous, il y a quelques semaines, ils pensent que leur commande suit son cours et pourraient bien tomber de haut, dans les prochains jours", conclut Judith.

Charlotte Legrand

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