Sécheresse et agriculture : dans un futur au climat déréglé, "il faudra s'adapter et être plus résilients"

La chaleur, en cette fin de semaine, enveloppe et va encore envelopper le pays jusqu’à jeudi prochain.

La chaleur, en cette fin de semaine, enveloppe et va encore envelopper le pays jusqu’à jeudi prochain. Confrontés déjà à une sécheresse qui se fait sentir depuis des mois, les agriculteurs s’inquiètent.

Marianne Streel, présidente de la FWA, la Fédération wallonne de l’Agriculture, était l’invitée de Matin Première en ce vendredi 7 août caniculaire. Seulement la moitié des précipitations habituelles est tombée durant le dernier trimestre en Wallonie, constate l’IRM (Institut Royal de Météorologie).

Pour la production, la FWA, elle, table sur une diminution des récoltes de 20 à 30% cet été. Pour Marianne Streel, la sécheresse devient structurelle : "Depuis 2015, on a de la sécheresse à répétition. Et depuis 2017, on peut vraiment dire qu’il manque 6 mois de pluie 'normaux'. Et pour le moment depuis quelques jours, un problème supplémentaire, les hautes températures". Ce qui nuit au bien-être des animaux, notamment. Les stocks sont faibles, les moissons et les prévisions pour des coupes à venir s’annoncent sombres.

De plus, les stocks de nourriture disponibles pour l’alimentation des animaux destinés à l’hiver prochain sont déjà entamés. Les prairies étant en incapacité de nourrir les bêtes à cause de la sécheresse.


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C’est cette dernière qui pose problème, évidemment, et aussi le moment et la fréquence où les pluies tombent. "On est face à un grand dérèglement climatique avec des phénomènes plus forts et plus intenses. Mais ils peuvent l’être aussi dans le froid ou dans les précipitations. En automne ou en janvier-février dernier il a eu par exemple trop de précipitations. On va dire que les agriculteurs ne sont jamais contents, mais voilà…". Actuellement, c’est donc l’eau de surface qui fait défaut dans les cultures.

Et Marianne Streel de s’inquiéter : "Cela pose des problèmes économiques en plus dans une situation qui n’est déjà pas simple". Faudrait-il aller vers des plantes qui ont besoin de très peu d’eau pour pousser, comme des plantes africaines telles le Sorgo ? "Les maîtres mots sont adaptation, innovation. Pour cela on a besoin d’une recherche performante, d’une coopération entre agriculteurs et aller voir ce qu’il se passe ailleurs".


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Depuis 2015, les rendements agricoles sont, selon la FWA, hétérogènes. Il y a des hauts et des bas historiques. Les ravageurs, eux, se révèlent être davantage nuisibles (comme le scolyte dans nos forêts)


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Une des solutions ne serait-il pas de planter encore plus d’arbres et de haies, et de se diriger vers davantage d’agroécologie ? Pour Marianne Streel, la réponse est oui, et d’autres solutions peuvent être mises en place : "Nous pouvons par exemple faire sortir les animaux la nuit et les rentrer la journée. Brumifier l’eau des poulets. Le bien-être animal mais aussi des agriculteurs sont primordiaux. Il faut s’adapter et être plus résilient."


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Le moral des agriculteurs. "La passion nous tient encore. On aime le travail avec nos animaux, avec la terre. La situation économique n’est pas simple. Mais on a prouvé avec le covid qu’on était résilient, qu’on pouvait continuer le travail". Le circuit court a été plébiscité par nombre de consommateurs (Marianne Streel notant quand même que ce retour des consommateurs à la ferme s’est malheureusement amenuisé depuis quelques semaines). "Si on change nos cultures, il faudra aussi que culturellement, le consommateur s’adapte, ainsi que la filière." Et Marianne Streel de plaider également pour une réappropriation de la transformation de produit dans les filières wallonnes.

Dans le domaine des indemnisations, la sécheresse peut-elle être reconnue comme calamité ? La Fédération wallonne de l’agriculture pense que ce système, en place encore Wallonie, est un peu en bout de course. "Cela demande un budget énorme à la Région wallonne, qu’on se base sur des événements non répétitifs sur du long terme, il y a des conditions de plafond, le poids est très lourd administrativement." D’où des paiements faibles et qui arrivent seulement dans la poche des agriculteurs deux voire trois ans plus tard. Or les besoins pécuniaires des producteurs sont souvent immédiats…

Et Marianne Streel de plaider pour se réinventer, par exemple dans la mise en place d'"assurances multirisques climatiques".

L’agriculture du futur, plus résiliente, devra donc être, dans les années à venir, réinventée.

K.D.- RTBF

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