Ottignies-Louvain-la-Neuve 1340

Sécheresse : des solutions pour lutter contre ce phénomène dans l'agriculture et la foresterie

"2011, 2015, 2017, 2018, 2019… Et maintenant 2020", lance Hugues Claessens professeur de sylviculture à Gembloux Agro-Bio Tech de l’Université de Liège.

"2011, 2015, 2017, 2018, 2019… Et maintenant 2020", lance Hugues Claessens professeur de sylviculture à Gembloux Agro-Bio Tech de l’Université de Liège. "Les sécheresses se succèdent et deviennent structurelles. Cela fait 20 ans que nous le savons mais force est de le constater, elles sont de plus en plus prononcées et régulières".

Les conséquences du manque d’eau sont visibles un peu partout autour de Gembloux où nous rencontrons ce spécialiste de la gestion des ressources forestières. Près d’un champ de betteraves décimé par la chaleur, une autre parcelle retient notre attention. Il s’agit d’une surface de céréales. Le blé vient d’être moissonné. Et les rendements ne sont pas trop mauvais. Peut-être grâce aux zones vertes situées au milieu du champ. "Cela fait plusieurs années que nous avons planté des haies, des zones boisées et des allées d’arbres qui consomment peu d’eau. L’objectif de ces plantations, qui sont intégrées au cœur de la parcelle, est notamment de lutter contre les sécheresses".

Un procédé connu et utilisé dans les pays chauds

Les zones boisées sont composées d’arbustes et de différentes espèces d’arbres. "Elles permettent de couper le vent qui favorise l’évaporation. C’est contradictoire mais l’enracinement de ces bandes végétales permet aussi à l’eau de mieux pénétrer et de s’infiltrer dans les sols. Celles-ci retiennent également les eaux dans le champ qui d’habitude ruissellent plus loin. Elles favorisent encore les zones d’ombre sur la parcelle ce qui permet de retenir la chaleur, et donc l’eau. Les haies et les arbres dans les champs sont utilisés dans d’autre pays, dans les pays de l’Est ou encore dans les pays chauds. Il s’agit d’une solution qui permet de lutter contre les sécheresses", explique le professeur gembloutois.

Pour Hugues Claessens, la végétation dans les champs rend de nombreux services. "De plus en plus de personnes sont conscientes que les sécheresses constituent un réel danger et que ces zones boisées sont utiles. On devrait en voir plus régulièrement à la campagne dans les vingt prochaines années. Autre solution : il faudra également utiliser plus d’essences forestières méridionales dans les parcelles car elles sont moins voraces en eau. Je pense aux châtaigniers, aux platanes ou encore aux noisetiers ou aux tilleuls".

Moins de mises à nu dans les forêts et favoriser d’autres espèces

La gestion de la forêt wallonne s’est complexifiée avec les récentes sécheresses et la crise des scolytes qui a décimé les épicéas. Les zones forestières couvrent un tiers du territoire. Elles sont composées à 40% de résineux et le reste par des arbres feuillus dont les plus nombreux sont le chêne (principalement) et le hêtre.

Les maîtres mots pour contrer les changements climatiques sont l’anticipation et l’adaptation. "L’idée retenue par les forestiers pour contrer les sécheresses est de diversifier et d’introduire des essences méridionales", explique Oliver Baudry expert indépendant du Brabant wallon. "Après les épicéas, ce sont les hêtres qui commencent à souffrir des printemps et des étés secs. Il est temps de réagir et de planter des espèces moins consommatrices d’eau. L’autre solution est de ne plus réaliser de grandes mises à nu des forêts. Car les sols de ces zones s’assèchent plus rapidement. Replanter dans ces zones à moitié boisées paraît être une solution d’avenir".

"De plus en plus de personnes sont conscientes des problèmes liés aux sécheresses chez nous", nous glisse Olivier Baudry. L’expert forestier veut rester positif car les forêts sont nécessaires à la production de matières premières durables et à la production d’oxygène.
 

Mathieu Baugniet

Retrouvez l'article original sur RTBF