Schaerbeek 1030

Schaerbeek: la statue de Léopold II aura également son panneau explicatif

La statue de la Léopold II qui trône au premier étage de l’hôtel communal de Schaerbeek, entre le cabinet du bourgmestre et la salle du collège, est majestueuse et en impose.

L’histoire du "Roi Bâtisseur" reste pourtant étroitement liée à celle de la colonisation du Congo et aux massacres des populations locales. A ce titre, la statue schaerbeekoise devrait prochainement être accompagnée d’un panneau explicatif afin de contextualiser le personnage.

C’est au départ une ligne dans l’accord de majorité 2018-2014 DéFI-Ecolo : "Développer un travail sur la mémoire de l’histoire de Schaerbeek dans tous ses aspects (histoire des migrations, décolonisation, lutte sociale, développement urbain)." L’idée : permettre aux Schaerbeekois et aux visiteurs de mieux saisir l’histoire de la commune, sous ses aspects glorieux et avec ses parts d’ombre. Le travail avait déjà débuté suite à une sortie médiatique du MRAX. En 2017, le Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Xénophobie réclame le retrait du buste de Roger Nols, bourgmestre de 1970 à 1989. Roger Nols, ancien résistant, devenu mayeur de la cité des Anes sous la bannière FDF avant d’épouser les thèses de l’extrême-droite et de rejoindre le Front national. En 1984, il reçoit même Jean-Marie Le Pen à Schaerbeek.

Ce retrait pur et simple exigé par le MRAX est refusé par le bourgmestre Bernard Clerfayt (DéFi). Celui-ci plaide plutôt pour une contextualisation : le buste doit rester mais la pose d’une plaque explicative est nécessaire afin de rappeler les dérapages racistes de Roger Nols. L’ULB et le Brussels Studies Institute (BSI) sont sollicités en ce sens. Mais le travail prend du temps : la commune veut une réflexion plus large sur toute l’histoire de Schaerbeek, permettant par après une communication auprès de ses habitants et des visiteurs.

Léopold II inaugura l’hôtel communal en 1887

Le 14 janvier dernier, le débat s’invite à nouveau au sein du Collège. Cette fois, il est aussi question de Léopold II et de sa statue dans l’hôtel communal. Le deuxième Roi des Belges a marqué l’histoire de Schaerbeek. C’est lui qui en personne inaugure l’hôtel communal le 21 juillet 1887 (avant l’incendie de 1911). Léopold II, le Roi Bâtisseur et urbaniste, qui fit acheter des arbres pour le futur parc Josaphat, inauguré en 1904. Mais plus d’un siècle plus tard, le règne de Léopold II pose toujours questions. "Il y a deux raisons qui poussent à contextualiser cette statue", explique Sihame Haddioui (Ecolo), échevine de la Culture et de l’Egalité des Chances à Schaerbeek. "D’abord le devoir de mémoire. Il faut expliquer, dire que ce Roi fait partie d’un épisode sombre de l’histoire de la Belgique. Il faut que ce soit inscrit quelque part. Ensuite, il faut pouvoir porter un regard critique sur cet épisode et ses conséquences passées (les milliers de morts) mais aussi actuelles. Un récent rapport d’UNIA pointe le lien entre cette propagande coloniale et les stéréotypes voire les représentations négatives que subissent aujourd’hui encore les personnes noires ou maghrébines de manière générale." Cette contextualisation doit servir de support pédagogique, ajoute l’échevine.

Sans statue, c’est plus compliqué d’expliquer

"Pourquoi ne pas demander le démantèlement de cette statue ? Contextualiser, ce n’est pas "invisibiliser". Avoir cette statue, c’est avoir un support. Sans statue, c’est plus compliqué d’expliquer", ajoute Sihame Haddioui. "Oui, il y a un lien assez prégnant entre l’histoire de Schaerbeek et Léopold II. Nous allons donc organiser, dans le cadre d’une semaine d’actions pour l’égalité des chances (NDLR : du 16 au 21 mars prochains), des visites "décoloniales" à travers Schaerbeek. C’est une démarche qui permettra de retracer l’histoire du passage de Léopold II dans Schaerbeek. Mais pas que lui. Je pense aussi à des maréchaux, des militaires qui ont donné leur nom à des rues." La commune travaillera en ce sens avec le Collectif Mémoire coloniale, qui organise conférences, formations et parcours guidés.

Le cabinet de la bourgmestre faisant fonction Cécile Jodogne, qui a repris en main le dossier, confirme l’entame d’une réflexion concernant la statue de Léopold II. "Nous avons commandé une recherche historique globale sur Schaerbeek auprès de l’ULB. Nous attendons le texte définitif concernant Roger Nols. Ce texte sera ensuite communiqué auprès du grand public. Sous quels supports ? En ligne, au travers d’une plaque, dans un livret, via un code QR ? Tout est possible. Mais cela devrait se faire cette année. Et dans le cadre de l’étude commandée auprès de l’ULB, la question "Léopold II" est également posée. Mais celle-ci ne se limite pas à Schaerbeek contrairement à Roger Nols."

L’hôtel communal fait régulièrement l’objet de visites portant avant tout sur les aspects patrimoniaux de l’édifice sis place Colignon. "Il est évident qu’il faudra également former les guides à ces aspects historiques liées aux personnalités de Roger Nols et Léopold II."

De précédentes initiatives

En Flandre, la plupart des statues à l’effigie de Léopold II sont pourvues de plaquettes explicatives faisant mention des atrocités commises lors de la colonisation du Congo.

En Région bruxelloise,

Karim Fadoul

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