Robert Wangermée, premier administrateur de la RTBF, est décédé à 98 ans

Le musicologue Robert Wangermée est décédé des suites d’une pneumonie ce lundi 22 juillet.

Il avait 98 ans. Ancien administrateur de la RTBF, il aura incarné les bouleversements institutionnels du secteur audiovisuel en Belgique.

Docteur en Philosophie et Lettres de l’Université Libre de Bruxelles et professeur honoraire, Robert Wangermée y crée le Centre d’Études de Sociologie de la Musique. Il devient aussi Critique de l’Académie royale de Belgique.

Robert Wangermée a fait également carrière dans l’audiovisuel. En 1946, il intègre l’Institut National de Radiodiffusion (INR, future RTBF). Il y devient directeur du service musical en 1953 et y crée le "troisième programme radio", spécialisé dans la musique classique (aujourd’hui Musiq’3). "Son héritage musical perdure encore aujourd’hui au travers de Musiq’3 qui continue d’offrir aux amateurs, aux passionnés une programmation musicale riche et à rendre accessible l’univers musical aux non initiés", pointe la RTBF dans un communiqué.

Il a par ailleurs été choisi comme l’un des Cent Wallons du siècle par l’institut Jules Destrée en 1995.

Bouleversements institutionnels

Il devient administrateur général de la RTBF de 1960 à 1984 et préside la commission de radio sonore au sein de l’Union Européenne de Radiodiffusion (UER), puis organise un groupe de réflexion sur l’évolution du service public audiovisuel sur le point de perdre son statut de monopole qu’il avait à l’époque.

"En 1960, l’INR devient la RTB, se souvient-il lors d’un entretien diffusé par l’Académie royale de Belgique. Et la RTB, c’est autre chose que l’INR. La RTB donne une préfiguration de l’évolution de la Belgique future. C’est la première institution qui a été scindée en deux organismes : un francophone et un flamand, chapeautés pendant encore un certain nombre d’années par un institut commun. Mais j’ai été désigné comme directeur général des émissions françaises de la RTB."

Sur le plan sociétal aussi, les années soixante constituent une époque de changements majeurs auxquels la RTB a pris part. "C’est le moment où l’on va introduire le Planning familial et la question de l’avortement. Je vous assure qu’au début des années soixante, il n’était pas toléré que la radio-télévision parle de ces problèmes. Et la RTB en a parlé, elle a joué un rôle moteur", se félicite-t-il.

De 1985 à 1997, Robert Wangermée préside le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) en Belgique francophone. Il a aussi dirigé le Conseil de la musique de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le Conseil de l’Éducation aux médias, ainsi que le festival de musique contemporaine Ars Musica. Il est en outre auteur de nombreuses publications et de travaux portant sur la musicologie, l’audiovisuel et la culture. "Comme musicologue et comme responsable et chercheur des médias, j’ai vécu une période d’évolution fantastique dans le domaine de la technologie et des bouleversements de la société, raconte-t-il. La technologie n’a jamais cessé d’être présente dans la réflexion générale sur l’art, la culture et la société."

La RTBF en deuil

Jean-Paul Philippot, l’actuel administrateur général ainsi que l’ensemble de la RTBF, adressent leurs condoléances à sa famille. "Robert Wangermée a consacré sa vie au média de service public dont il a toujours défendu l’indépendance. Passionné d’arts et de musique, il a été une pièce maîtresse dans la défense de la création belge francophone. Il a forgé des générations de professionnels qui continuent d’œuvrer pour la modernité du service public", a commenté l’administrateur de la chaîne nationale belge.

Du côté du Conseil d’administration, son président, Jean-François Raskin a tenu à "rendre hommage à un homme qui aura marqué d’une empreinte indélébile l’histoire de la radio-télévision de service public dans notre pays".

Julien Covolo

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