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Réseau hospitalier Bruxelles-Brabant wallon: rationaliser mais à quel prix?

C'est un pas de plus vers le projet de réseau hospitalier Bruxelles-Brabant wallon.

Hier, la Clinique Saint-Pierre d'Ottignies (Brabant wallon) et deux hôpitaux bruxellois (Cliniques universitaires Saint-Luc et Clinique Saint-Jean) ont signé une déclaration d'intention visant la création d'un réseau hospitalier locorégional. Derrière cette appellation se cache la formule choisie par la ministre fédérale de la Santé publique. Maggie De Block veut réformer le paysage hospitalier du pays. Objectif officiel: adapter l'offre de soins aux besoins des patients dans un monde où le profil des patients évolue fortement (vieillissement de la population, augmentation des maladies chroniques, évolution de la technologie médicale,...).

Anticiper un projet fédéral

En signant cette intention de partenariat, les 3 institutions hospitalières veulent anticiper un projet de réseau que le Fédéral n'a pas encore entériné officiellement. "Nous prenons les devants et nous préparons le terrain en vue de cette loi dont l'objectif est de rationaliser l'offre de soins pour les patients", explique le Docteur Philippe Pierre, Directeur général et médical de la Clinique Saint-Pierre d'Ottignies. "Le but, c'est aussi d'avoir des plus accessibles pour les patients en fonction de leur domicile. Cette loi a pris du retard et je ne sais pas quand elle sera promulguée, compte tenu de l'actualité politique (NDLR: élections de mai 2019). Mais nous avons déjà réfléchi à la manière de fonctionner au sein d'un partenariat entre plusieurs hôpitaux; ce qui n'est pas nécessairement une évidence".

Rationnaliser

Dans un communiqué commun, les 3 institutions affirment vouloir proposer une offre complète de soins généraux et universitaires. La collaboration se fera en tenant compte des spécificités de chacun. L'offre médicale complète, dit le communiqué, se développera sur base du réseau, en ce compris les investissements importants. 

"Nous serons des partenaires égaux, nous garderons notre autonomie et nos organes statutaires", commente le Docteur Pierre. Le projet prévoit de laisser la porte ouverte à d'autres institutions et/ou d'autres collaborations.

Pour certains professionnels de la santé, comme les mutuelles, rationaliser l'offre de soins doit s'accompagner de conditions pour que la réforme de la ministre n'entraîne pas d'effets secondaires. Il faut notamment préserver la liberté de choix du patient. D'aucuns exigent, par exemple, que le déplacement des patients vers les centres de référence soit organisés et pris en charge. Ou que les services hospitaliers de base soient bien répartis au sein du réseau.  

Des syndicats inquiets

Selon Philippe Pierre, le projet suivra une logique d'association et de collaboration, pas de fusions. Un point de vue qui n'est pas partagé par les syndicats. "A très court terme, je ne pense pas qu'il faille s'attendre à des fusions d'hôpitaux", explique Evelyne Majerat, secrétaire permanente CNE-secteur hospitalier. "Mais à terme, c'est un risque", poursuit-t-elle. "Rationaliser suppose souvent des conséquences sur l'emploi. A terme, je redoute la suppression de 10% des effectifs. Nous demandons à la ministre des garanties pour préserver l'emploi et ces garanties, nous ne les avons toujours pas! Mais le risque est réel. Notamment parce qu'on pourrait assister à l'externalisation de certains services. Des services annexes, comme les laboratoires, la stérilisation, l'entretien, la cuisine,... pourraient être assurés ailleurs et avec une protection sociale moindre pour les travailleurs (surtout en termes de rémunérations et de conditions de travail). 

Devoir bouger

Autre danger, selon les syndicats: la mobilité forcée pour certains patients et travailleurs. "La réforme de la ministre obligera des travailleurs à faire plus de km pour rejoindre leur poste de travail. C'est un phénomène que l'on a déjà observé à Nivelles, par exemple, après la fermeture de la maternité. Des sages-femmes ont dû quitter leur métier ou faire des déplacements plus importants pour assurer leurs tâches ailleurs. Mais certains patients aussi devront se déplacer plus loin si l'un ou l'autre type de soins est concentré sur un seul des sites du réseau. Qui plus est, il faudrait aussi revoir les normes d'encadrement des patients. Ces normes sont dépassées. Bref, la réforme de la ministre et les projets de réseaux nous inquiètent fortement".

Une autre source syndicale, qui préfère rester discrète en raison d'un climat social tendu, partage ces craintes. "A Ottignies, nous redoutons les conséquences de ce projet de réseau. Par ailleurs, nous sommes aussi confrontés au projet de déménagement du site ottintois vers Wavre". Ici aussi, les travailleurs redoutent l'impact éventuel sur l'emploi et la mobilité des travailleurs. 

De son côté, le Docteur Pierre se veut rassurant sur plusieurs points. "Le projet n'envisage pas de fusion. On ne parle pas de suppression d'emplois, à ce stade-ci. Par contre, à terme, l'offre de soins sera peut-être répartie différemment au sein du réseau. Nous n'en avons pas entendu parler jusqu'à présent, mais cela pourrait être le cas à l'avenir, pour une question de matériel. Cela dit, plusieurs collaborations existent déjà entre hôpitaux différents".

Rappelons que la ministre a demandé aux hôpitaux d'être prêts pour la réforme du secteur, au 1er janvier 2020. Entre-temps, il y aura peut-être encore quelques changements, en fonction du résultat des urnes et du futur paysage politique.          

Jean-Claude Hennuy

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