Procès du Musée Juif : Nemmouche et Bendrer au centre d'une arborescence avec les détenus radicalisés

Des membres de l’administration pénitentiaire française témoignent ce lundi devant la Cour d’assises de Bruxelles, dans le cadre du procès de la tuerie du Musée juif.

D’emblée, la présidente explique que le but de ces auditions est de confirmer que Medhi Nemmouche et Nacer Bendrer se sont radicalisés en prison. Une radicalisation qui n’a pas été contestée par les avocats de Mehdi Nemmouche.

Nemmouche est un homme intelligent qui a du charisme et il l'exerçait dans le sens de ses convictions religieuses

À la barre, l’ancien directeur de la prison de Salon-de-Provence détaille les signes de radicalisation observés chez Mehdi Nemmouche, lors de son séjour entre le 2 juin et le 2 décembre 2010 : signes vestimentaire ou physique, pratique de la prière, propension à vouloir imposer aux autres détenus sa pratique et sa vision rigoriste de la religion.

À l’époque, il établit un organigramme des prisonniers suspectés de radicalisation et de prosélytisme dans son établissement. Mehdi Nemmouche se trouve au sommet, le nom de Nacer Bendrer apparaît également. Devant la cour, l’ancien directeur fait pourtant une distinction entre ces deux personnalités : "Nemmouche est un homme intelligent qui a du charisme et qui l'exerçait dans le sens de ses convictions religieuses". La présidente lui demande alors si ce charisme a pu jouer sur Nacer Bendrer. Il répond alors : "C’est mon opinion. En détention, le comportement de Nacer Bendrer s’est sans doute calqué sur celui de Mehdi Nemmouche".

Selon l’ancien directeur, Nemmouche, avec Bendrer, a aussi influencé d’autres prisonniers : "Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer étaient notamment dans le bâtiment C avec un autre homme, d'origine portugaise, qui, par leur influence, a basculé dans un comportement rigoriste. Il s'est auto-circoncis, il ne voulait plus dormir sur son lit, etc. Également, un autre détenu qui avait une ordonnance de médicaments pour des problèmes psychiatriques avait subitement arrêté tout traitement. Des détenus eux-mêmes nous disaient subir des pressions de leur part pour ne plus écouter de musique".

Vous devriez me supprimer physiquement car je n’aurai de cesse d’éliminer le plus de personnes

C’est sur base de ces soupçons de radicalisation que Mehdi Nemmouche est transféré à la prison d’Avignon-le-Pontet, le 2 décembre 2011. Le directeur précise aussi qu’à l’époque la prison de Salon-de-Provence faisait l’objet d’une menace d’attentat. Des informations faisaient état d’une volonté de faire entrer des explosifs dans l’établissement. Cela a aussi pesé dans la décision de transfert. "Nous ne pouvions prendre aucun risque", ajoute-t-il.

Lors de l’annonce de son transfert, Nemmouche réplique à l'ancien directeur : "Vous les suppôts de votre République, vous devriez me supprimer physiquement car dès que j’en aurai l’occasion, je n’aurai de cesse d’éliminer le plus de personnes". Il ajoute que, s’il en avait l’occasion, "il tuerait un maximum d’impies, d’infidèles, d’apostats", qu’il rejoindrait le djihad et mourrait en martyr dans des attentats. Maître Courtoy, le conseil de Mehdi Nemmouche, a tenu à préciser que seul l’ex-directeur avait entendu ces propos : "revenons-en aux faits", a-t-il demandé. Le conseil estimera aussi que l’ancien directeur a menti lors de son audition.

Des signes de radicalisation chez Nacer Bendrer ?

Plus tôt dans la journée, des surveillants de la prison de Salon-de-Provence se sont succédés à la barre. Ils ont souligné quelques aspects plus positifs de la personnalité de Mehdi Nemmouche, qui tranchent avec les propos rapportés par l’ancien directeur. L’un se souvient d’un détenu "sans problème en général", un autre le décrit comme "calme, discret, plutôt intelligent, avec une conversation agréable". Ils ont par contre confirmé les signes de radicalisation détectés chez Mehdi Nemmouche, ainsi que sa capacité à convaincre d’autres détenus. Un ancien chef de détention précise qu’il "était le principal relais de radicalisation entre les différents bâtiments de la prison".

Concernant Nacer Bendrer, aucun des témoins entendus ce matin n’a de souvenir relatif à une éventuelle radicalisation. Interrogé sur ce point par la défense de Nacer Bendrer, l’ancien directeur précise que des informations fiables venaient pourtant des responsables de détention et poursuit : "l'arborescence n'a pas été faite sur un coin de table avec des noms qui nous passaient par la tête". Le procureur général évoque une explication possible : "ces témoins travaillent toujours au milieu de détenus, tous les jours. Ce qu'ils ont dit ce matin à l'audience sera connu avant même qu'ils n'aient fait le trajet retour". Il avait par ailleurs déjà rappelé les rapports d’incident rédigés à l’égard de Nacer Bendrer : "Il serait violent verbalement, ne ferait aucun effort de réhabilitation sociale, manquerait de maturité et serait très imprégné dans la délinquance". Une interprétation à charge selon les avocats de Nacer Bendrer qui citent, eux, d’autres rapports dans lesquels il est noté : "RAS, bon comportement en détention".

La petite amie de Nacer Bendrer à la barre

Appelée à la barre cette après-midi, la petite amie de Nacer Bendrer devait aussi contribuer à dessiner les contours de sa personnalité. À la question, êtes-vous mariés ou êtes-vous cohabitants légaux, Himène Nettah répond : "Pas encore". À propos de son compagnon, elle raconte :  "Ça fait 7 ans qu'on est ensemble. Il a des défauts, il est têtu. Mais il a aussi des qualités. Il est patient et ambitieux. On a des rêves ensemble : on veut être propriétaire comme tout le monde et on veut voyager". Elle précise qu’il a un CDI en tant que manœuvre dans la menuiserie.

Himène Nettah estime que Nacer Bendrer ne fait pas partie de ces jeunes radicalisés : "Quand je vois des émissions à la télévision, je vois que ce sont des personnes qui sont dans une secte, qui ne sont pas normales, qui sont capables de commettre des actes de barbarie". À ses dires, rien n’éveille ses soupçons. Ni le fait qu’il ne veuille pas qu’elle voit le trajet qu’ils font pour aller jusque chez lui. Ni le fait qu’il lui demande d’acheter un billet de train pour la Belgique (juste après un coup de fil de Nemmouche) alors qu’il n’y va jamais. Ni la présence d’armes dans son pavillon : "Il m’a dit que c’était pour les pigeons, je l’ai cru". "Je suis fière de lui. À sa sortie de prison, il nous a prouvé à moi et à sa famille qu'il était capable de se réinsérer et de trouver un emploi", concluera-t-elle.

RTBF

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