Pierre Devolder, professeur à l'UCL : "Notre système de pension est très inégalitaire"

Un sujet qui nous concerne tous : la pension.

C’est un sujet sensible puisque de plus en plus de gens craignent que l’État ne soit à terme plus en mesure de financer toutes ces pensions. Sans verser dans le catastrophisme, c’est un fait, notre système de retraite va devenir financièrement insoutenable en raison du vieillissement de la population — ça, c’est plutôt une bonne nouvelle — et d’une augmentation du montant moyen des pensions, sans oublier, ajoute Pierre Devolder, professeur à l’UCL, que notre système est très inégalitaire. Il donne deux exemples. "Les inégalités en termes d’espérance de vie. Nous ne sommes pas tous les mêmes vis-à-vis de l’espérance de vie à la retraite, et donc un système tel qu’on l’a aujourd’hui, basé sur un âge uniforme de retraite, génère des inégalités importantes entre les personnes. C’est un premier exemple. Un second exemple est qu’on sait qu’on a trois systèmes très différents : les fonctionnaires, les salariés et les indépendants. Il y a des différences qui peuvent être justifiées, mais il y a d’autres différences qui sont plutôt les résultats du passé et qui doivent être revues à l’aune de la justice entre les citoyens".

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Ces constats ont conduit une commission d’experts à proposer la pension à points, sans succès, alors que la pension à points partait de l’idée qu’il faudra faire des efforts pour que le poids des pensions soit soutenable, mais que ces efforts — augmentation des cotisations et allongement des carrières par exemple — ne reposent pas exclusivement sur les jeunes générations. Un système qui n’a-t-il finalement pas été accepté chez nous à cause de la valeur du point. Vous accumulez des points pendant toute votre vie professionnelle, mais combien ce point vaudra-t-il 30 ou 40 ans plus tard et avec quelles garanties ?

"J’ai l’impression qu’il y avait un certain nombre de personnes qui, jusqu’à la veille de la retraite, ne savaient rien et tout d’un coup, le jour de la retraite, certains ont parlé de pension loterie, ce qui est évidemment largement caricatural, mais qui dénote un peu une impression de trop grande incertitude jusqu’au dernier jour et de risque absolu de l’État qui pourra un jour dire : demain, je divise par deux la valeur du point " explique Pierre Devolder.

Pour sortir de l’impasse, Pierre Devolder propose aujourd’hui une solution qui permet de préserver l’esprit de la pension à points tout en supprimant l’incertitude liée à la valeur de ce fameux point le jour de la retraite. Cette solution qu’il propose est un compte individuel pension libellé en euros. Chaque année, vous accumuleriez des droits. "Tout ce que vous avez acquis dans le passé reste acquis. C’est comme un compte courant de la banque. Vous ne savez peut-être pas demain les salaires qui vont s’ajouter, mais votre compte courant, lui, est protégé. L’originalité du système, je pense, est que le compte courant est exprimé en droits de pension, et pas en cotisations accumulées, donc vous savez exactement ce que vous aurez en euros d’aujourd’hui comme retraite sur le passé".

Si vous souhaitez en savoir plus sur cette proposition de Pierre Devolder, la revue Regards économiques de l’UCL en publie ce matin une version longue.

Olivier Arendt

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