Profondeville 5170

Où se baigner ? Et est-ce risqué avec le Covid-19 ?

Il fait de plus en plus chaud et quoi de mieux que de se rafraîchir avec une petite baignade.

Mais où plonger et ne pas s’inquiéter dès qu’un baigneur boit la tasse ? Les piscines publiques sont toujours fermées chez nous. Est-ce parce qu’il y a un risque de contamination ?

"Il est impossible d’être contaminé par le Covid-19 dans l’eau que ce soit la mer ou la piscine car le virus est extrêmement dilué." 

Le docteur Yves Van Laethem, infectiologue, spécialiste en Médecine interne du CHU Saint-Pierre, porte-parole interfédérale est catégorique : " La transmission par l’eau n’a jamais été démontrée à ma connaissance. La principale voie de transmission se trouve dans les sécrétions respiratoires générées par la toux, les éternuements et le contact. La seule manière de le contracter, ce serait, si on ne fait pas attention à la distanciation sociale. Si les personnes présentes dans l’eau se rapprochent, parlent à proximité, jouent ensemble alors là, il y a danger mais comme sur la terre. Il faut garder donc ses distances. "

Chlore et UV

L'eau chlorée des piscines, est sûrement l’un des meilleurs remparts contre le Covid-19 !

Souligne Christophe Gantzer, directeur adjoint du Laboratoire de chimie physique et microbiologie pour les matériaux et l’environnement au CNRS de l’Université de Lorraine, dans une interview sur le site 20 minutes Paris. Il estime que " le risque de contamination est faible car le chlore rend inactif le virus. Dans le cas des piscines traitées au sel, l’inactivation du virus va prendre plus de temps qu’avec le chlore, mais il n’y a pas eu de démonstration de telles transmissions actuellement par cette voie-là ", rassure le chercheur. Au-delà du type d’eau utilisée, d’autres paramètres jouent sur la survie du virus. " La température est le paramètre majeur de l’inactivation des virus, quel qu’il soit, indique Christophe Gantzer. Plus la température monte, plus l’inactivation est rapide. " En plus d’être plus agréable, une eau chaude protège donc davantage qu’une eau froide.

Les UV inactivent assez rapidement le virus !

Les piscines extérieures, bénéficient d’un allié de poids dans la lutte contre le coronavirus, à savoir les ultraviolets (UV) émis par le soleil.

Depuis lundi, les piscines publiques en Espagne, Italie et Allemagne ont rouvert leurs portes. Selon l’agence Belga, " A Berlin, une douzaine de personnes faisaient déjà la queue lundi à sept heures devant une piscine municipale qui limite l’accès de son bassin de 50 mètres à 72 nageurs en même temps. " Au sud de l’Espagne, la piscine Ocean de Séville a décidé de rouvrir :"Nous avons réduit l’affluence à 30% et alors que la capacité normale est de 685 personnes, seules 208 au maximum peuvent y accéder, en vertu des règles en vigueur", explique à l’AFP son gérant. " Dans les piscines publiques et les parcs aquatiques italiens, c’est un espace d’au moins 7m² par personne dans le bassin", précise l’agence Belga.

Les risques dans les piscines publiques ne sont donc pas dans les bassins mais autour : douches, toilettes, caisse, vestiaires ou cafétéria.

Il faudra donc en cas de réouverture chez nous " garantir la distanciation des personnes ". On peut imaginer une cabine sur deux, une ligne d’eau sur deux, ou une douche sur deux… Il faut aussi toujours garder à l’esprit les mesures d’hygiène, éviter les cabines et les douches communes.

Le cabinet du Ministre wallon des infrastructures sportives, Jean-Luc Crucke, précise que la question des piscines est analysée par le GEES, le groupe de travail sur l’élaboration d’une vision stratégique de déconfinement actuellement. Les espaces sanitaires, vestiaires et autres équipements connexes indispensables à l’utilisation de ce type d’infrastructures sont sur la table. Lydie Denis, porte-parole chez Sciensano confirme

Fleuves, rivières, lacs, étangs ?

Quant à l’eau des rivières, des fleuves, des étangs ou lacs... 

Le volume d’eau est encore plus grand qu’en piscine et si le virus y pénètre, la dilution est aussi plus grande et le danger est encore plus négligeable.

Estime Yves Van Laethem " De plus, les UV du soleil neutralisent le virus. Le seul souci est que l’eau peut effectivement jouer un rôle dans la transmission des virus qui provoquent des infections gastro-intestinales comme les rotavirus, mais en ce qui concerne les virus respiratoires tels que le coronavirus, c’est impossible ", conclut-il.

Chez nous, les baignades dans les zones officielles ne sont pas encore autorisées annonce la Ministre Céline Tellier Ministre wallonne de l’Environnement  " Comme chaque année, le Service public de Wallonie procède à des analyses de qualité de l’eau avant le début de la saison balnéaire, qui démarre en temps normal le 15 juin en Wallonie.  Après examen des problèmes de qualité éventuellement détectés, la liste des zones de baignades déclarées ouvertes et fermées pendant la saison est établie par un arrêté ministériel et transmise à la Commission européenne. Ces analyses " de précampagne"sont en cours. Mais en plus de cet aspect environnemental, cette année, il faut ajouter les contraintes liées au COVID19 : à ce jour, le CNS n’a pas encore pris position sur la réouverture des zones de baignade ni sur la relance des activités touristiques. "

Catherine Latour, du Service public de Wallonie (SPW Environnement), précise que tout est mis en œuvre pour démarrer la saison 2020 à partir du 15 juin, mais vu les risques liés au Covid-19, notamment les risques liés au manque de distanciation physique, des aménagements seront probablement nécessaires sur les pelouses et dans les sanitaires, les douches et les cafétérias, et il est possible que le début de la saison soit retardé. Selon elle, les risques de contracter le virus en plein air sont minimes, si les distances entre personnes sont respectées; ce sont plutôt les infrastructures qui posent problème et surtout les toilettes où le risque de contagion est bien réel. Yves Van Laethem le confirme " lorsqu’après avoir été à selle, on tire la chasse, il y a un effet turbine qui fait l’effet d’un aérosol et le suivant peut inhaler le virus de cette manière. ".

A Huy, le club de natation en eau froide peut depuis le 18 mai nager dans la Meuse mais comme l’explique Marc Henneau, de Cool Huy  " on se bagarre depuis des semaines et le gouverneur Hervé Jamart nous a enfin donné l’autorisation." Mais à certaines conditions strictes " nous devons être un club de sport, uniquement nos affiliés y ont droit et l’entraînement ne doit compter que 20 nageurs, dont un entraîneur du club. Nous ne pouvons pas utiliser les infrastructures comme les douches et les vestiaires. Nous avons beaucoup de demandes de nouveaux nageurs que nous devons refuser mais entre clubs, nous nous serrons les coudes. Le Royal Cercle Natation de Theux va aussi pouvoir plonger dans les eaux de la Meuse."

A Lasne <

Mer

L’eau à la mer du Nord est encore très froide,17 °C mais certains s’y aventurent or il est encore interdit de s'y baigner.

La baignade en mer est interdite en l’absence de sauveteurs. En principe, un touriste peut être condamné à une amende.

" Mais pire, si vous avez des ennuis, il n’y a personne pour vous aider et cela pourrait très mal se passer. Nager sans surveillance est donc mortel. De plus, la natation n’est jamais autorisée dans les zones non surveillées. " explique An Beun, Secrétaire de l'IKWV, l’Intercommunale des services de sauvetage en mer du Nord. Ce ne sera qu’à partir du 27 juin que les postes de sauveteurs ouvriront sauf si le Conseil national de sécurité en décide autrement.

Aucune analyse spécifique du COVID-19 dans l’eau de mer en Belgique n’a été effectuée. Une étude a montré que le risque de contamination par l’eau de mer et le sable est très faible.

De plus, toutes les municipalités côtières élaborent leur propre plan pour leurs plages. Par exemple, Ostende fonctionnera avec un système de réservation, tandis que Blankenberge, non et permettra plus de gens. " Mais le conseil est toujours le même, la distanciation sociale.

Une étude de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer, Ifremer, conclut aussi que le virus ne survivrait pas dans l’eau de mer. Des tests ont été effectués sur des échantillons d’eau de mer sur toutes les côtes françaises, ainsi que dans des coquillages comme des moules et des huîtres, notamment dans des zones où les eaux usées se déversent massivement. Aucun des échantillons testés n’a présenté de trace du Coronavirus. Ces premiers résultats méritent d’être consolidés par de nouveaux, sur un plus long terme. Les prélèvements et analyses sur les différentes plages de la côte française vont donc se poursuivre " tous les 15 jours pendant encore plusieurs mois ", selon la chercheuse.

Et s’il vous donnait l’envie de plonger dans " un verre d’eau du robinet ", sachez que selon l’Organisation Mondiale de la Santé, le Coronavirus ne montre pas de résistance particulière aux traitements habituels de l’eau potable. Selon les connaissances scientifiques et épidémiologiques établies à ce jour, aucun cas de contamination n’est en lien avec l’eau du robinet. Aucune crainte donc au niveau de sa consommation. Où que vous soyez, en piscine, lac, fleuve, rivière, ou mer vous pouvez donc boire la tasse !  A l’heure actuelle, tout indique que vous ne risquez rien au niveau contamination du Covid-19.

Françoise Walravens

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